Ile Maurice: Les réformes ne peuvent pas, par définition... plaire à tout le monde !

La réforme électorale ne peut se traiter en quelques lignes, mais quelques lignes suffiront pour souligner qu'en cette période trouble, la réforme électorale ne peut occuper seule l'actualité réformatrice QUE SI on ne s'éparpille pas, en conséquence, en discussions oisives qui font oublier que la priorité nationale reste d'ordre économique !

Là-dessus, je rejoins largement Rama Sithanen (l'express, 28 et 29/01/2026). Faisons simple ! La réforme électorale devrait se concentrer sur le financement et la transparence des comptes des partis politiques, sur une dose de proportionnelle (pour assurer une représentation des partis moins clivante), mais largement maintenir le First Past The Post (FPTP) pour générer des gouvernements «stables», sur la représentation féminine (même si je suis fondamentalement contre les fourches Caudines des quotas), sur la fin du Best Loser System (BLS) et, tant qu'on y est, la transformation ou l'élimination de la clause 5 de la First Schedule, si nécessaire.

Mais la proposition d'un recensement préalable m'interpelle fortement! D'autant qu'un recensement, ça va prendre beaucoup de temps. Le recensement de 1972 est caduc et inutile.

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D'accord ! Mais sur quels critères ferait-on un recensement préalable qui serait maintenant utile à la réforme électorale ? Des critères religieux ? (la dernière «photo» date de 2022 ...), des critères ethniques ? (Comment faire ? Tests ADN de tous ?), les quatre critères BLS iniques que l'on veut pourtant enterrer pour de bon ? (absurde !), des critères castéistes ? (vous croyez ?), d'autres critères qui «atomiseraient» notre société plutôt que de la fédérer ? (télégous, tamouls, créoles, marathis, francos, shias, sunnites et métis de toutes sortes!)

On ferait un recensement pour assurer moins de «déséquilibres de représentation», me dit-on ? Ne sait-on pas déjà que les femmes et les jeunes sont les plus massivement sous représentés ? Corrigeons cela avant de s'embourber dans des considérations qui émietteront encore plus notre société qui a pourtant déjà eu 60 ans pour mûrir et s'affranchir du divide and rule de nos colonisateurs honnis!

Recensement, d'accord. Mais... éventuellement. PAS en préalable !

Il y a quelques semaines déjà, dans l'express du 14 janvier pour être exact, une correspondante, Ms V. Kothari, constatant les défis grandissants de nos sociétés face à la solitude, suggérait non pas d'autres lois et programmes, mais un investissement de soimême. Un jour par mois. L'idée m'avait retenu l'attention. Le débat a tourné, en partie, autour du nombre de jours soutenable alors que les réalités économiques sont exigeantes.

Ce que l'on peut imaginer c'est que cet investissement de temps citoyen, s'il est sincère et intègre, pourrait désamorcer une large partie des dysfonctionnements sociaux qui semblent prendre corps autour de nous et qui, à terme, peuvent mener au dysfonctionnement ultime de l'explosion sociale.

Je ne sais pas si une telle initiative freinerait les vagues d'échec scolaire (3 credits, vraiment ?), d'incivilité, de toxicomanie, de marginalisation, d'argent «facile», de consumérisme effréné, de délinquance, de violence domestique, mais ça vaudrait sûrement la peine d'essayer ?

A ma grande surprise, le mal ne serait pas nécessairement lié aux pratiques de nos sociétés individualistes, qui favorisent les tentations de l'argent facile (jeu, trafics divers...), qui accumulent des inégalités économiques qui interpellent de plus en plus (lire Oxfam) et qui déforment nos réalités grâce aux réseaux sociaux, aux deep fakes, aux vérités alternatives et à l'IA.

Dans l'édition annuelle de Noël de The Economist, une édition que je vous recommanderais fortement chaque année, un article édifiant évoque aussi le problème de la solitude. J'y ai puisé de larges extraits pour la kronik du jour...

Basée sur un rapport de l'OMS de juin dernier couvrant 150 000 individus dans 150 pays et utilisant les données de sondages Gallup (*), la région souffrant le plus de solitude est étonnamment... l'Afrique, pourtant la région qui héberge la notion d'Ubuntu qui proclame que «les personnes sont des personnes, seulement à travers d'autres personnes» !

En Afrique, le pays subissant le plus les affres de la solitude, c'est notre voisin, Madagascar, où 48 % de la population s'étaient sentis «isolés et seuls» la veille, en 2025 ! (À l'autre extrémité de ce tableau, la Finlande, à 10 %.)... À l'intérieur d'un pays, les conclusions sont semblables: les plus riches sont moins seuls... Soit ils peuvent se payer des réseaux, soit on les attend partir... ?

Or, l'absence d'intimité, de soutien, de respect, et d'un sens que l'on contribue à quelque chose ou que l'on est utile, est risquée. Une étude de 2010 estimait que l'isolation sociale réduisait l'espérance de vie par autant que 15 cigarettes quotidiennement ! L'analyse de meta-data de millions d'humains arrivait à la conclusion qu'être isolé augmentait les probabilités de mortalité de 14 %... Comme le souligne le rapport de l'OMS, les connexions humaines ne sont pas juste souhaitables, elles sont aussi essentielles à la cohérence sociale.

La pauvreté ne cause pas nécessairement la solitude, mais il n'y a aucun doute que l'argent affecte comment et à quelle cadence on socialise. Quand on tire le diable par la queue et l'eau, seau par seau, de la rivière, les chances sont que l'on voie ses voisins en situation semblable, plus souvent (et encore !) que les autres. Quand on possède un microwave plutôt que d'avoir à aller «chercher du bois», on a plus de possibilité de se connecter avec d'autres et d'être moins seul.

Et The Economist de citer deux exemples probants de tentatives réussies de contrer l'isolement. À Frome, petit village coquet du Somerset, deux médecins privés notaient que la solitude avait tendance à rendre leurs patients plus malades ET qu'ils prenaient plus de rendez-vous, au moins en partie pour avoir quelqu'un à qui parler !

Ces médecins réaménageaient donc leur cabinet médical et commençaient à prescrire «plus de contact social», entraînant des milliers de villageois à se transformer en Community Connectors - des personnes qui orientaient les voisins vers des activités sociales ou des contacts qui pouvaient visiter et aider.

Résultat ? Entre 2013 et 2017 les admissions imprévues à l'hôpital de Frome baissaient de 14% alors qu'elles augmentaient de 30 % pour le Somerset entier. Des centaines d'autres villes et villages ont depuis tenté de reproduire le modèle...

Au Zimbabwe, on démontrait ce que l'on pouvait faire même en pays «pauvre». Des centaines de bancs publics étaient ainsi installés ou convertis en friendship benches, à la sortie des cliniques et des hôpitaux. Des dames, libérées de leurs tâches de mère, étaient entraînées à s'asseoir, écouter, offrir conseils et encouragements.

Ces dames, affectueusement appelées «grand-mères», en sus d'aider les autres, se découvraient elles-mêmes de nouvelles façons de se rendre utiles, et un nouveau sens de mission. Fondamentalement, on rejoint l'idée de base de Ms Kothari (**). On ferait bien d'y réfléchir et, au minimum, de tenter l'idée au plus vite, au moins sur une base pilote. Cela aurait au moins le mérite de sortir de la routine actuelle qui n'augure rien de bon...

Qui va empêcher Nigel Farage de dénoncer l'accord de rétrocession des Chagos à Maurice ? Ceux qui ont conspiré, avant 1966, pour évacuer «Tarzan» des Chagos et ne jamais respecter les résolutions onusiennes contre le démembrement des États à leur indépendance ?

Qui va empêcher Donald Trump de contredire sa propre position d'approbation d'il y a quelques semaines en décrétant maintenant qu'une telle mise en ordre est un acte «of great stupidity» ? Ceux qui se sont entendu dire, répondant à l'appel des États-Unis après 09/11, sous la clause 5 du traité de l'OTAN, qu'ils s'étaient quelque peu «cachés» en Afghanistan, laissant pourtant 1 160 morts sur le carreau ?

Il ne reste plus que le sens éventuel de dignité et de rationalité de Starmer face aux arguments hystériques qui évoquent encore la «menace» chinoise ! Or, qui croit vraiment que la Chine qui, rappelons-le, faisait un ballon météorologique traverser à haute altitude, les États-Unis, de l'Alaska à la côte Est au début de 2023 et encore en 2024, aura besoin de la permission du PMO pour espionner Diego ?

Qui peut vraiment croire que le pays (et le président ! ) qui jugeaient TikTok, comme une menace sécuritaire pour l'Amérique dès 2020, pouvaient pourtant s'en accommoder jusqu'à cette année-ci, c'est-à-dire jusqu'au moment où les «camarades» donateurs, père et fils Ellison, en prenaient le contrôle ? (***) Vous croyez que Pékin attend les Chagos pour espionner les plus de 750 bases américaines installées dans 80 pays ?

Les enfants du bon dieu sont-ils vraiment les canards sauvages de Farage ?

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