La capitale camerounaise étouffe sous des montagnes de détritus. Face à cette urgence sanitaire, la réponse des autorités interroge : la distribution de pelles et de brouettes par le ministère de l'Administration territoriale est-elle une solution ou un cache-misère médiatique ? Cette action, au coeur d'une vaste polémique, soulève des questions fondamentales sur l'efficacité des politiques publiques et la réelle volonté d'en finir avec l'insalubrité urbaine.
Une opération coup de poing aux moyens obscurs
Le ministre Paul Atanga Nji a lancé l'opération « Yaoundé ville propre », distribuant du matériel de nettoyage aux mairies. Mais l'essayiste Aristide Mono questionne férocement l'origine des fonds. « Est-ce qu'au MINAT, il existe une ligne budgétaire dédiée à la gestion des déchets ? », interroge-t-il, suggérant que ces actions ponctuelles pourraient relever plus d'un « coup médiatique » que d'une stratégie cohérente. Dans une ville qui aurait besoin de 16 milliards de FCFA pour un système pérenne, les brouettes semblent un pansement dérisoire.
Un problème structurel aux conséquences sanitaires graves
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Le problème est profondément enraciné. La société Hysacam, chargée de la collecte, est débordée. Les habitants, désemparés, brûlent leurs ordures ou créent des décharges sauvages, alimentant un cercle vicieux. Les conséquences sont alarmantes : ces dépotoirs sont des nids à maladies, favorisant la propagation du choléra, de la typhoïde et causant de graves problèmes respiratoires. La crise sanitaire est déjà là.
Le mirage des solutions simplistes
Le débat dépasse la simple logistique. Il touche à la compétence des institutions et à la définition des priorités nationales. La question n'est pas de savoir si les râteaux sont utiles, mais si cette communication politique autour d'objets symboliques ne détourne pas l'attention des vrais leviers : investissement massif dans la filière, éducation civique et redevabilité des gestionnaires publics. Yaoundé n'a pas besoin d'un lifting, mais d'une révolution dans sa gouvernance locale.
Face à l'ampleur du désastre, les citoyens peuvent-ils encore croire à la promesse d'une capitale propre, ou doivent-ils se résigner à vivre dans une « ville poubelle » ?