Guinée: Guinée - Pour créer son parti présidentiel, Mamadi Doumbouya mise sur un vieux routier, Bah Oury

1 Février 2026

En confiant au premier ministre, Bah Oury, la mission de structurer la mouvance Génération pour la Modernité et le Développement, le président Mamadi Doumbouya s'appuie sur une figure politique expérimentée, présente sur la scène nationale depuis plus de trois décennies, pour poser les bases d'un cadre politique en vue des prochaines échéances électorales.

Il y a des décisions politiques qui ne relèvent ni du hasard ni de la simple gestion du temps. En chargeant le premier ministre, Bah Oury, de structurer la mouvance Génération pour la Modernité et le Développement (GMD), le président Mamadi Doumbouya ne se contente pas de créer un simple parti présidentiel. Il pose un geste calculé, qui en dit long sur sa stratégie de sortie de transition et sur sa lecture du paysage politique guinéen.

Bah Oury n'est pas un novice parachuté dans l'arène. Sexagénaire, cet ancien banquier traîne une longévité rare dans un environnement où les carrières politiques s'étiolent souvent vite.

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Il est, qu'on le veuille ou non, l'un des derniers survivants politiques d'une génération entrée en scène au début des années 1990, lorsque la Guinée s'ouvrait au multipartisme. Depuis 1992, il a connu l'opposition radicale, la prison, l'exil, les alliances improbables, les ruptures brutales et, enfin, l'exercice du pouvoir. Peu d'acteurs politiques guinéens peuvent aujourd'hui revendiquer une telle continuité sur près de quatre décennies, sans disparition prolongée du radar politique.

En lui confiant la structuration de la GMD, Mamadi Doumbouya semble avoir fait un choix lucide : celui de l'expérience contre l'improvisation, de la mémoire politique contre l'illusion de la table rase. Car bâtir un parti présidentiel n'est jamais une pratique improvisée et hasardeuse. Au contraire, c'est une opération hautement politique, qui suppose de connaître les territoires, les hommes, les susceptibilités, les fractures anciennes et les fidélités silencieuses. Autant de savoirs qui ne s'acquièrent ni dans les communiqués ni dans les bureaux climatisés.

L'appel lancé par Bah Oury à la dissolution des mouvements ayant soutenu Mamadi Doumbouya, lors de l'élection présidentielle de décembre dernier, au profit d'un grand parti traduit une volonté claire de mettre fin à la dispersion. Derrière le discours sur l'inclusivité et le caractère fondateur du projet GMD - Bâtir Ensemble, se dessine une logique classique de ressemblement et de consolidation de toutes les forces politiques se réclamant du président de la République. Une logique assumée certes, mais risquée, car elle exige une autorité politique à la fois forte et raffinée pour éviter frustrations, marginalisations et autres départs.

Ce choix stratégique résonne étrangement avec un précédent historique que la Guinée connaît bien. En 1992, le général Lansana Conté avait confié à Elhadj Biro Diallo, disparu en 2025, la mission de bâtir le Parti de l'Unité et du Progrès (PUP). Là aussi, il s'agissait de donner un bras politique solide à un pouvoir en quête de légitimation électorale. Pour y arriver, la tâche avait été confiée à un homme d'expérience, compagnon de l'indépendance, capable d'affronter une opposition populaire et structurée. L'histoire montre que cette stratégie avait permis au régime de s'implanter durablement, sans pour autant éteindre les contestations.

Mais l'histoire, précisément, ne se répète jamais à l'identique. Le contexte de 2026 n'est plus celui de 1992. Les attentes sociales sont plus fortes, l'opinion publique plus exigeante, les réseaux sociaux plus implacables. En donnant la priorité à la construction du parti présidentiel en ces temps durs, le pouvoir prend le risque d'apparaître déconnecté des urgences quotidiennes : cherté de la vie, précarité, accès aux services de base. Le pari politique ne peut réussir que s'il s'accompagne d'une réponse crédible à ces souffrances.

Au fond, la mission confiée à Bah Oury dépasse sa personne. Elle pose une question centrale : la Guinée est-elle en train de préparer une fin de transition vers un ordre politique structuré, ou de reproduire les schémas classiques de captation du pouvoir par un parti dominant ? Bah Oury, fort de ses quarante années de combat politique, sait mieux que quiconque que la frontière est mince.

.En choisissant cet homme de l'histoire, Mamadi Doumbouya parie sur l'expérience, la continuité et la maîtrise des équilibres politiques. Reste à savoir si ce pari sera validé par l'histoire ou s'il se heurtera, une fois encore, aux imprévisibles embûches du marigot politique guinéen.

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