Parmi les citoyens qui ont eu affaire à la police ou à certains services publics, nombreux déclarent avoir dû verser des pots-de-vin.
Key findings
- Une faible majorité (53%) des Sénégalais estiment que le niveau de la corruption a diminué dans leur pays au cours des 12 derniers mois.
- Parmi les leaders et institutions évalués, les policiers/gendarmes, les agents des impôts, les conseillers municipaux, les juges et magistrats, les fonctionnaires ainsi que les hommes et femmes d'affaires sont les plus perçus comme corrompus par les citoyens sénégalais.
- Parmi les répondants qui ont eu affaire à la police ou à certains services publics au cours des 12 derniers mois, environ un quart déclarent avoir versé des pots-de-vin pour éviter des ennuis avec la police (25%) et pour obtenir un document d'identité (26%). De même, 21% ont dû payer pour recevoir une assistance policière, et 11% pour obtenir des soins médicaux.
- Environ deux tiers (66%) des Sénégalais soutiennent que les médias devraient constamment enquêter et publier sur la corruption et les erreurs du gouvernement.
- Près de sept répondants sur 10 (69%) disent que les citoyens ordinaires risquent des représailles ou d'autres conséquences négatives en dénonçant la corruption.
- La majorité (68%) des Sénégalais se déclarent satisfaits de la manière dont le gouvernement lutte contre la corruption au sein de l'administration publique.
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La corruption constitue l'un des obstacles majeurs au développement dans le monde. Elle affaiblit les institutions démocratiques, compromet la stabilité politique, freine la croissance économique et porte atteinte aux droits humains. Pour ces raisons, la lutte contre la corruption demeure une priorité mondiale et durable afin de consolider la démocratie et promouvoir un monde pacifique, libre et prospère (Diagana & Diagne, 2023).
Au Sénégal, la corruption est généralement décrite comme un phénomène ancien, complexe et évolutif qui affecte l'ensemble des sphères de la vie politique, économique et sociale. Malgré une modeste progression par rapport à 2023, le pays demeure classé dans la zone rouge selon l'Indice de Perception de la Corruption (Transparency International, 2025). Conscient de l'ampleur du problème, l'Etat sénégalais s'est doté dès 1981 d'un cadre juridique spécifique, en inscrivant le délit d'enrichissement illicite dans le code pénal et en créant une juridiction spécialisée, la Cour de Répression de l'Enrichissement Illicite (Mbaye Jacques, 2015).
Plus récemment, le Sénégal a renforcé son dispositif de lutte à travers le lancement de la Stratégie Nationale de Lutte contre la Corruption 2020-2024, qui a marqué un tournant important en mettant l'accent sur la prévention, la coordination et la répression. Cette dynamique s'est accompagnée d'un renforcement du cadre institutionnel et juridique, notamment avec la création et la consolidation d'organes spécialisés tels que l'Office National de Lutte contre la Fraude et la Corruption (OFNAC) et la Commission Nationale de Lutte contre la Corruption (N'dimon, 2025). Ces réformes ont favorisé une plus grande transparence dans la gestion des finances publiques, la publication régulière des rapports de l'OFNAC et de la Cour des Comptes, l'élargissement des pouvoirs d'enquête de l'OFNAC et l'amélioration du dispositif de déclaration de patrimoine (République du Sénégal, 2019). Elles ont ainsi contribué à renforcer la gouvernance publique, même si des défis persistent, notamment en matière d'application effective des mesures adoptées.
C'est dans ce contexte que s'inscrit la présente dépêche qui analyse les résultats d'un module du questionnaire Afrobarometer consacré à l'évaluation des perceptions et des expériences de corruption au Sénégal.
Une faible majorité de Sénégalais estiment que le niveau de la corruption a diminué dans leur pays au cours des 12 derniers mois, et plus de deux tiers se disent satisfaits de la manière dont le gouvernement lutte contre ce fléau au sein de l'administration publique. Toutefois, la corruption reste largement perçue comme répandue dans plusieurs institutions clés, notamment au sein de la police et de la gendarmerie, de l'administration fiscale, du conseil municipal, du milieu des affaires, de la justice et de la fonction publique.
Cette perception est renforcée par les expériences concrètes des citoyens. Parmi ceux qui ont eu affaire à la police ou à certains services publics au cours de l'année écoulée, nombreux déclarent avoir dû verser des pots-de-vin.
Face à cette situation, les Sénégalais affichent une forte attente en matière de transparence. La plupart estiment que les médias devraient enquêter et publier en permanence sur la corruption et les erreurs du gouvernement. Cependant, cette volonté de dénoncer les abus se heurte à un climat de crainte, puisque près de sept citoyens sur 10 pensent que les personnes ordinaires s'exposent à des représailles en cas de signalement d'actes de corruption.
Ndiongue Mbow Ndiongue Mbow est titulaire d'un master en évaluation d'impact des politiques publiques à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.