Ile Maurice: 191 an apre, Le Morne pa pliye

Le Morne a de nouveau vibré au rythme de la mémoire et du recueillement, hier, à l'occasion de la commémoration du 191e anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Fait notable cette année : la cérémonie s'est tenue dans l'après-midi face à l'imposante montagne classée patrimoine mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), symbole universel de résistance et de liberté.

Dès les premières heures, officiels, artistes ou encore membres de la société civile ont convergé vers ce haut lieu de l'histoire mauricienne. La cérémonie, organisée conjointement par le Nelson Mandela Centre for African Culture Trust Fund et le ministère des Arts et de la culture, s'est voulue à la fois solennelle, engagée et profondément ancrée dans l'actualité sociale du pays.

Parmi les personnalités présentes figuraient le Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, le vice-président de la République, Robert Hungley, le ministre des Arts et de la culture, Mahen Gondeea , sa junior minister, Véronique Leu-Govind, ainsi que le leader de l'opposition, Joe Lesjongard.

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Après le traditionnel dépôt de gerbes au pied du monument, les invités se sont dirigés vers la plage du Morne. C'est là que la cérémonie protocolaire a retenu l'attention, dans un décor naturel fort de symboles entre mer et montagne. Le volet culturel a marqué les esprits. Un spectacle mêlant slam, danses et expressions artistiques contemporaines a été proposé, mettant en lumière la transmission de la mémoire par la création.

Le slameur Cédric Begué, récent lauréat de la compétition nationale de slam sur l'esclavage, a ému l'assistance. À travers des mots puissants et engagés, il a rappelé les souffrances du passé, tout en interpellant sur les formes modernes d'aliénation.

Véronique Leu-Govind a, elle, rappelé que l'esclavage appartient officiellement au passé. Elle a cependant dressé un constat alarmant sur la société actuelle. «Il y a une nouvelle forme d'esclavage aujourd'hui et c'est la drogue. Elle détruit des familles. Des parents deviennent esclaves d'enfants drogués», a-t-elle lancé, appelant à une prise de conscience collective et à une responsabilité partagée.

Le ministre Mahen Gondeea a, pour sa part, critiqué l'ancien régime, qu'il accuse de n'avoir rien fait pour promouvoir et valoriser Le Morne à sa juste mesure. Promettant de «changer la donne», il a réaffirmé la volonté du gouvernement de redonner à ce site historique reconnu par l'UNESCO la place centrale qu'il mérite dans le récit national et dans le développement culturel du pays.

Moment fort de la cérémonie, le discours de Paul Bérenger s'inscrivait dans une perspective à la fois historique et militante. Lançant un appel à mieux connaître l'histoire pour renforcer les luttes d'aujourd'hui, il s'est attardé sur Haïti, pays qu'il dit avoir visité à trois reprises, retraçant le combat des esclaves et les injustices liées aux compensations accordées aux anciens propriétaires, jamais aux victimes. «Cette montagne est un symbole. Dimounn krwar bann esklav ti bann mouton. Pa bliye zot finn reziste isi ek a traver Lemond. Sakenn parmi nou bizin enn militan pou fer konn zistwar Moris», a-t-il martelé.

La commémoration du 191e anniversaire de l'abolition de l'esclavage au Morne s'est imposée comme un moment fort, rappelant que le devoir de mémoire reste indissociable des combats du présent.

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