Un document présidentiel camerounais daté de janvier 2026 lève le voile sur une commande publique d'une opacité troublante. Il accorde, par procédure de gré à gré, un marché de 21,4 milliards FCFA à l'entreprise Sunna Design pour installer 21 500 lampadaires solaires. Ce simple projet d'éclairage public expose avec une clarté crue les dérives de gouvernance qui minent la gestion des deniers publics.
Une arithmétique vertigineuse et des comparaisons accablantes
Le coût unitaire calculé avoisine le million de francs CFA par lampadaire. Ce chiffre devient un scandale financier lorsqu'on le compare à des projets similaires. En 2021, la même entreprise a réalisé une opération quasi identique au Togo pour un coût unitaire de 524 000 FCFA, incluant la maintenance.
Le prix au Cameroun est donc près de 90% plus élevé pour un équipement comparable. Cette disparité financière criante, sur des fonds publics, exige une justification transparente qui fait défaut.
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La quadrature du cercle procédural
Le marché a été notifié directement par le Secrétariat Général de la Présidence, sur sollicitation de la ministre Ketcha Courtès, court-circuitant les mécanismes ministériels habituels. Le recours au gré à gré, normalement une exception pour l'urgence ou l'unicité technique, semble être devenu une règle pour des projets majeurs.
Cette centralisation du pouvoir financier au sommet de l'État évite la mise en concurrence, prive l'État d'éventuelles économies et nourrit le soupçon systémique de favoritisme. La mention "Phase 1" laisse présager d'autres engagements colossaux via cette même voie détournée.
Le coût de l'opacité
Au-delà des chiffes, ce contrat symbolise un modèle économique à bout de souffle. Il décourage les entreprises locales compétitives, prive les caisses de l'État de ressources cruciales et sape la confiance des citoyens-contribuables. Lorsque la procédure supplante le résultat et que l'opacité remplace la reddition des comptes, le développement national lui-même s'éclipse. Jusqu'à quand les citoyens accepteront-ils de payer le prix fort pour des projets qui restent dans l'ombre ?