Le bilan de l'éboulement survenu mercredi 28 janvier dans le périmètre minier de Kasasa, à Rubaya (territoire de Masisi), prend des proportions catastrophiques. Dans une déclaration conjointe publiée samedi 31 janvier, la société civile du Nord-Kivu et des organisations féminines locales rapportent au moins 300 morts et une centaine de disparus. Face à l'exploitation illégale pratiquée sous le contrôle des rebelles, les forces vives exigent la fermeture immédiate des sites.
La catastrophe, provoquée par de fortes érosions, a enseveli des centaines de creuseurs artisanaux, mais aussi des commerçants, des femmes et des enfants présents sur le site. Plusieurs victimes ont été emportées par les eaux en crue des rivières Mumba, Osso et Rushoga, rendant les recherches particulièrement difficiles.
Un mépris flagrant des normes environnementales
Pour Telesphore Mitondeke, président de la coordination territoriale de la société civile de Masisi, ce drame était prévisible. Il pointe du doigt une exploitation anarchique qui ne respecte aucune disposition du Code minier congolais.
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« L'exploitation dans plusieurs carrés miniers, notamment le périmètre 4731 de Rubaya, est opérée sans aucune étude d'impact social et environnemental. Nous demandons l'arrêt immédiat de toute exploitation illégale dans les zones sous occupation jusqu'au rétablissement complet du cadre légal », martèle-t-il.
Rubaya : Entre mine de sang et financement de la guerre
Ce nouveau drame rappelle tristement l'éboulement de juin 2025 sur le même site, qui avait déjà fait des centaines de victimes. Au-delà de l'aspect sécuritaire, c'est l'enjeu financier qui est dénoncé.
Selon plusieurs sources, le site de Rubaya, actuellement sous occupation du mouvement rebelle AFC/M23, constitue une source majeure de financement pour la rébellion.
Taxes illicites : Les rebelles prélèveraient des taxes générant jusqu'à un million de dollars par mois.
Travail forcé : Les conditions de sécurité des mineurs sont totalement sacrifiées au profit de la rentabilité de guerre.
La société civile appelle les autorités nationales et les organisations internationales à agir pour couper les circuits de financement du conflit et protéger les populations civiles contre ces « mines de la mort ».
Kinshasa accuse
Dans un communiqué publié samedi 31 janvier, le gouvernement de la RDC a accusé Kigali, qui soutient la rébellion du M23, de tirer profit de l'exploitation illégale du coltan dans les zones occupées, notamment à Rubaya, avec des volumes estimés entre 112 et 125 tonnes par mois, une véritable économie de guerre, selon les autorités.
Kinshasa dénonce également les défaillances des mécanismes internationaux de traçabilité, ainsi que la responsabilité de certains acteurs économiques qui continuent d'acheter ces minerais malgré les alertes officielles. Les autorités congolaises rappellent que ces pratiques constituent de graves violations du droit international.
Elles annoncent la poursuite de la documentation du dossier, en vue d'engager des actions devant les juridictions compétentes, et réaffirment leur détermination à rétablir l'autorité de l'État et à mettre fin à l'exploitation illégale des ressources naturelles.