Émile François Gomis alias Franc, 32 ans, s'est imposé comme un Vip redouté dans toute l'arène. Travailleur, discipliné et doté d'un mental d'acier, il a construit la réputation d'un lutteur quasi invincible, capable de renverser les adversaires les plus coriaces. Le 15 février, il se prépare à affronter Tapha Tine, déterminé à préserver son invincibilité.
Les témoins des débuts du jeune Émile François Gomis racontent son histoire comme s'ils l'avaient archivée dans un coin secret de leur mémoire. Leurs récits ont la force d'un film couronné de tous les prix : un scénario limpide, des images ardentes, une émotion qui saisit. Déroulons ce film vieux de plusieurs années.
Un soleil cru écrase la terre rouge des Parcelles assainies de Dakar. Les coups sourds se succèdent. Les grappes de jeunes s'animent. La poussière s'envole au rythme des pas impatients. Dans ce vacarme familier de l'école de l'Unité 7, un adolescent silencieux reste à l'écart. Presque invisible. Mais les yeux fermement fixés sur Moussa Dioum, l'idole du quartier.
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Dans la foule dense, personne ne prête vraiment attention à ce garçon frêle, discret, appliqué, qui observe chaque geste, chaque posture, chaque souffle. Pourtant, c'est lui qui, quelques années plus tard, deviendra Franc, l'une des forces les plus redoutables et les plus dévastatrices de ce sport. Aujourd'hui, Émile François avance dans l'arène comme un homme vêtu de certitude.
Franc n'est pas devenu champion par hasard. Odinga, son ami d'enfance, se rappelle encore ce petit qui traînait dans son atelier de couture avant de le suivre aux séances du soir. « Il ne parlait pas beaucoup, mais il observait tout. Il avait cette manière de fixer les lutteurs, comme s'il apprenait déjà leurs secrets », raconte-t-il.
La passion du jeune Émile s'affirme vite. Il s'imprègne des gestes des aînés, copie les clés techniques et comprend les codes. Et avant même de s'en rendre compte, il est happé par ce monde, comme si sa place avait été réservée depuis longtemps.
Son premier combat en « mbapatt », contre Bali Bali qu'il domine, ne paie pas. Il empoche 5.000 FCfa. Mais, pour Mor Diouf, qui avait organisé le duel, quelque chose était déjà visible. « Quand il s'est installé pour entrer dans l'enceinte, il avait une façon de respirer, de se concentrer... On aurait dit un professionnel », se souvient-il.
Ces tournois de fortune forgent le caractère du futur champion. Il apprend la résistance, la ruse, l'endurance. Il prend également goût au bruit de la foule, à la pression.
Plus tard, un long séjour à Joal parachève son apprentissage. Au contact de Modou Diokh, frère de son préparateur mystique, il écume les tournois, s'endurcit, se renforce. « Mon idole, c'est Yékini », avoue-t-il.
L'invincible des Vip
Décembre 2013 marque un tournant. Le promoteur Prince organise ce soir-là un gala de lutte avec frappe, mais Franc y dispute son premier combat contre Guèdj Mamboulane. Il gagne.
De 2015 à 2020, sa progression devient un phénomène : Diarra 2, Reumz, Serigne Ndiaye 2, Thiatou Yoff, Ndiaga Doolé, Mbaye Tine 2, Nguer, Bébé Saloum... Tous tombent.
Son duel contre Tyson 2 (19 juin 2021) annonce son entrée dans le cercle des grands. Celui contre Sokh, un an plus tard, le propulse dans une nouvelle dimension. Ce soir-là, l'Arène nationale de Pikine, pleine comme un oeuf, tremble sous les chants. Lorsqu'il terrasse son adversaire, le public comprend qu'un champion vient de s'installer pour longtemps.
Le départ de Parcelles Mbollo, négocié à 500.000 FCfa, est un pari. Lorsque Franc rejoint Jambars Wrestling Academy en 2019, c'est bien plus qu'un simple changement d'écurie : c'est l'entrée dans une stratégie de conquête minutieusement pensée.
À ce moment-là, Jambaar Productions, conscient du potentiel brut de son protégé, décide de lui ouvrir des portes que beaucoup ferment aux jeunes lutteurs. Il cible d'abord un duel contre Sokh, avec une mise de 8 millions de FCfa de chaque côté.
Dans le même temps, une autre piste se dessine : un choc contre Quench, négocié avec Gaston Productions. Mais ce projet ne verra jamais le jour.
Car une voix s'impose alors dans les décisions : celle de Père Bâ, président de Jambars Wrestling Academy et gardien du destin sportif de Franc. Visionnaire, il refuse catégoriquement ce combat contre Quench. Il veut quelque chose de plus ambitieux.
Un duel Vip capable d'ébranler le paysage de la lutte sénégalaise et de donner à Franc l'impulsion qui manque encore à sa carrière. Pour lui, un seul adversaire a le profil idéal : Bombardier, le B52 de Mbour, ancien « Roi des arènes » et montagne d'expérience.
Un défi aussi prestigieux que risqué. Père Bâ sait que jouer petit n'a aucun sens. Il dit être prêt à perdre 25 millions si nécessaire, tant qu'il offre à Franc l'opportunité de se mesurer à une légende vivante.
Cette prise de position tranche, surprend, déstabilise même. Mais elle finit par s'imposer comme une évidence. Jambaar met alors tout son poids et ses ressources dans la balance. Il casse littéralement sa tirelire pour matérialiser ce combat hors norme, convaincu que certains risques méritent d'être pris lorsque le talent demande à exploser.
Le jour venu (1er mai 2024), Franc ne se contente pas de saisir sa chance, il la transforme.
La montée en puissance
Face à Bombardier, il livre une prestation qui renverse la table, repousse les limites et change définitivement sa perception auprès du grand public comme des promoteurs.
À partir de là, Ndiago'Or n'est plus un simple espoir talentueux, il entre dans la catégorie des lutteurs qui pèsent, qui comptent, qui brassent des millions.
Le compère de Gora Sock n'est plus seulement un combattant redoutable, mais aussi un nom qui attire, qui rassure, qui vend.
En 2024-2025, il enchaîne deux nouveaux succès éclatants face à Ama Baldé (16 février) et Eumeu Sène (3 août). Ces performances retentissantes lui valent d'être sacré Meilleur lutteur en frappe lors des Lutte Tv Awards, le 11 octobre 2025, avant d'être à nouveau distingué par l'Association nationale de la presse sportive (Anps), qui le couronne meilleur lutteur en frappe de l'année.
À ce stade, son bilan devient impressionnant : quinze combats, quinze victoires, aucune défaite. Des statistiques qui n'appartiennent qu'aux monstres sacrés.
Et si aujourd'hui Franc peut prétendre aux plus grands défis, c'est parce que Jambaar et Père Bâ ont osé. Oser investir, oser perdre, oser croire.
Et parce que lui, dans l'arène, a répondu présent, transformant chaque pari en preuve, chaque risque en victoire, chaque combat en marche supplémentaire vers le sommet.
Le 15 février 2026, il affrontera Tapha Tine. Un duel de titans, négocié à près de 100 millions de FCfa pour Franc.
Il s'entraîne en France et aux Parcelles, loin du tumulte. Son destin, aujourd'hui, se joue dans les arènes. Mais il s'est construit bien avant, dans l'ombre, là où naissent les champions.