Au port, maillon vital de l'économie antsiranaise, les tensions persistantes entre groupes de manœuvres minent la cohésion sociale et perturbent le bon fonctionnement des opérations. Rivalités internes, problèmes de représentation et luttes d'influence exposent une crise silencieuse aux conséquences économiques et sociales, dans un contexte déjà marqué par la précarité du travail portuaire.
Eux, ce sont des travailleurs non spécialisés, souvent polyvalents, regroupés au sein d'associations ayant pour rôle d'assurer des activités supplémentaires comme garde-coupée, sécurité, nettoyage du bateau, durant la saison thonière, pendant laquelle des bateaux thoniers font escale au port d'Antsiranana pour approvisionner l'usine Pêche et Froid de l'Océan Indien. Ils sont embauchés par les armateurs qui exigent une certaine pratique à bord.
Ces journaliers s'octroient le privilège, en fin de journée, de ramasser gratuitement le maximum de poissons non commercialisés, avec l'autorisation des responsables des cuves.
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Mais, ces derniers temps, le bras de fer s'intensifie entre ces manœuvres, même si, en 2020, une structure officielle dénommée CMPDS, ou Coordination des Manœuvres dans le Port de Diego-Suarez, a été créée, visant à rétablir l'ordre et à uniformiser les pratiques. La gestion des associations des manœuvres du port est devenue de plus en plus compliquée par la multitude de revendications venant de parts et d'autres.
Dissolution
Des dockers non membres de la structure exigent la dissolution de cette structure et la refonte complète du système de gestion. La répartition du travail, jugée inéquitable, l'accès aux rotations ainsi que des désaccords liés à la représentativité des manœuvres auprès des responsables du port sont à l'origine du conflit. Affirmant être des forces de changement «Mpitolona» engagées dans la refondation nationale, ils ont tenu un meeting à la place du 13 Mai, en septembre dernier, pour manifester leur mécontentement.
De leur côté, les membres de la CMPDS ont répliqué que leur organisation est légalement constituée et pleinement autonome, disposant de statuts et de règlements intérieurs. Tout en affirmant cette indépendance, la coordination souligne qu'elle travaille en collaboration avec les autorités administratives à Antsiranana, avec lesquelles des dispositifs d'organisation ont déjà été arrêtés.
Face à cette situation, les autorités locales ont tenu, le 12 décembre dernier, une réunion d'urgence avec ces deux protagonistes pour trouver des solutions appropriées à leurs revendications respectives.
Il avait notamment été convenu d'un système de rotation équitable : lorsqu'un navire est pris en charge par la CMPDS, le suivant devait revenir au comité manifestant, en attendant une organisation définitive. La mise en place d'un comité ad hoc avait également été actée.
Cependant, selon les manifestants, aucun changement concret n'a suivi cette décision, la situation restant inchangée après cette réunion. Ils dénoncent une pression injustifiée, estimant que la CMPDS a engagé unilatéralement des élections pour désigner un coordonnateur. Pour ce camp, les élections du 31 janvier ont été imposées de force, risquant de provoquer des troubles.