Cameroun: Pourquoi les lampadaires solaires à 1 million fcfa font polémique

3 Février 2026

Un projet d'éclairage public censé illuminer les 360 communes du Cameroun se retrouve sous le feu des critiques. Avec un coût unitaire avoisinant le million de FCFA, les lampadaires solaires du plan national d'éclairage public soulèvent une question simple : le pays paie-t-il le prix fort pour un projet d'avenir, ou subit-il les conséquences d'un marché mondial miné par la mauvaise qualité ?

Un projet aux ambitions multiples

Le gouvernement camerounais défend un projet structurant. La première phase de déploiement de 21 500 unités doit être suivie d'une seconde de 85 000, avec la construction d'une usine locale. L'objectif affiché est de faire du pays un hub régional, en créant des milliers d'emplois et en formant des centaines de techniciens. Le prix, selon les autorités, n'est pas seulement celui du matériel. Il inclut un transfert de technologie, une garantie de six ans, et une durée de vie promise de 20 à 25 ans. Un argument qui répond frontalement aux expériences désastreuses de nombreuses collectivités avec des équipements bas de gamme, souvent « Made in China », qui tombent en panne après quelques mois.

Le spectre de la qualité médiocre

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La défiance populaire puise sa source dans un marché international tumultueux. Pour remporter des appels d'offres, certains fabricants peu scrupuleux gonflent les spécifications techniques et utilisent des composants de piètre qualité : batteries recyclées, panneaux solaires peu efficaces, ou boîtiers en plastique non étanches. Un lampadaire solaire bon marché peut voir ses performances chuter drastiquement en deux ans, là où un produit haute qualité, avec des batteries LiFePO4 neuves et un boîtier en aluminium, peut durer plus de dix ans. La question du coût devient alors un faux débat : un équipement à 500 000 FCFA qui dure deux ans est bien plus onéreux à long terme qu'un modèle à 1 million qui fonctionne vingt ans.

Au-delà du prix : l'équation du développement

L'enjeu dépasse la simple facture. Pour les municipalités, l'éclairage solaire bien conçu élimine les coûts d'électricité et réduit la maintenance jusqu'à 60% comparé aux systèmes traditionnels. Il permet aussi d'éclairer des zones rurales non reliées au réseau, à un coût d'installation souvent inférieur car ne nécessitant pas de tranchées et de câblage complexes. Le véritable défi pour le Cameroun réside dans le contrôle technique et la transparence. Le projet sera-t-il accompagné d'un audit indépendant sur la qualité réelle des composants, garantissant que le pays investit dans des infrastructures durables et non dans de l'obsolescence programmée importée ?

Face à des expériences internationales contrastées, le Cameroun parviendra-t-il à transformer cette commande massive en levier de souveraineté technologique et de qualité, ou reproduira-t-il les erreurs coûteuses observées ailleurs ?

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