Six ans après le déclenchement de la plus grande crise sanitaire mondiale du XXIᵉ siècle, l’Afrique apparaît aujourd’hui mieux armée pour faire face aux futures pandémies. Si la COVID-19 a mis en lumière les fragilités des systèmes de santé à l’échelle mondiale, elle a également servi de catalyseur à des réformes profondes sur le continent africain, soutenues par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et ses partenaires.
Dans un communiqué officiel rendu public le 02 février, l’OMS a exposé les défis majeurs que le continent à relever face à la Pandémie. Depuis 2020, des investissements majeurs ont permis de renforcer les capacités nationales de prévention, de détection et de réponse aux urgences sanitaires.
De nombreux pays africains se sont dotés d’agences nationales de santé publique capables de coordonner les réponses aux épidémies, d’améliorer la surveillance des maladies et d’assurer une meilleure préparation en cas de crise. Ces progrès s’inscrivent dans le cadre du renforcement du Règlement sanitaire international et des nouveaux mécanismes mondiaux adoptés après la pandémie.
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L’Afrique a également connu une avancée significative dans le domaine de la surveillance épidémiologique et génomique. Grâce au Réseau international de surveillance des agents pathogènes et au soutien de l’OMS, plusieurs pays africains disposent désormais de capacités de séquençage leur permettant d’identifier plus rapidement les variants et les agents pathogènes à potentiel pandémique. Cette montée en puissance technologique représente un changement majeur pour un continent longtemps dépendant de laboratoires situés hors de ses frontières.
Selon l’OMS, la réponse aux récentes flambées d’Ebola et de la maladie à virus Marburg illustre concrètement ces avancées. Alors que ces maladies provoquaient autrefois des crises prolongées et meurtrières, les épidémies survenues récemment en République démocratique du Congo, au Rwanda, en Tanzanie et en Éthiopie ont été contenues rapidement, avec une propagation limitée et une baisse notable de la létalité. Ces succès reposent sur un leadership national renforcé, appuyé par l’expertise technique et opérationnelle de l’OMS.
Parallèlement, l’Afrique s’impose progressivement comme un acteur clé de la production de solutions médicales. Le hub de transfert de technologie de l’ARN messager établi au Cap, ainsi que les programmes de formation associés, marque une étape stratégique vers une production locale et plus équitable de vaccins et de traitements. En développant ses propres capacités industrielles et humaines, le continent réduit sa dépendance extérieure et renforce sa souveraineté sanitaire.
Les mécanismes de financement internationaux ont également joué un rôle déterminant. Le Fonds de lutte contre les pandémies, cofondé par l’OMS et la Banque mondiale, soutient de nombreux projets africains visant à moderniser les laboratoires, former les personnels de santé et améliorer la coordination entre les secteurs. Ces investissements contribuent non seulement à la sécurité sanitaire, mais aussi à la stabilité économique et sociale des pays bénéficiaires.
Toutefois, l’OMS met en garde contre une fragilité persistante de ces acquis. La baisse des financements dédiés à la santé mondiale et le recentrage de nombreux États sur des priorités sécuritaires pourraient compromettre les progrès réalisés. Pour l’Organisation, les pandémies doivent être considérées comme des menaces directes pour la sécurité nationale et collective, justifiant des investissements durables et prévisibles.
À l’heure où les États membres de l’OMS s’apprêtent à finaliser un accord mondial sur les pandémies, l’expérience africaine démontre que des progrès rapides sont possibles lorsque la solidarité internationale s’allie à un engagement politique fort au niveau national. Si des défis subsistent, le continent africain ne se présente plus comme un simple terrain de vulnérabilité, mais comme un acteur central de la sécurité sanitaire mondiale en construction.