Situé à la lisière des rizières du village de Bakoum, le quartier Moricounda 2 qui s'étend jusqu'à la route de Marsassoum, reflète presque l'image d'un ghetto. Dominées par des habitats précaires, par l'absence de passages réglementés, d'eau potable, les populations de ce quartier de la commune de Sédhiou déplorent l'absence d'équité.
Debout à la limite de sa maison, Sambou Sagna, l'air pensif, observe minutieusement les parois de son puits d'une profondeur de plus d'une dizaine de mètres. Parcourant la clôture de fortune de sa demeure, il s'arrête par moment, pendant quelques minutes, tentant d'ajuster les piquets qui ont cédé sous l'effet du dernier hivernage. Visage ferme et peu loquace, Sambou Sagna, qui s'est installé à Moricounda 2, un quartier populaire de la commune de Sédhiou, depuis cinq années maintenant, est en réalité déçu et découragé.
L'élargissement du canal qui a emporté une partie de sa parcelle hante son sommeil. Cet homme, qui craint de perdre un jour sa maison, multiplie les initiatives en posant des sacs de sable, des troncs d'arbre, des gravas, pour atténuer la force de l'eau, et faciliter le déplacement des enfants et des femmes qui passent devant son portail pour se rendre à l'école ou au marché.
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Des voies entrecoupées Dans la tête de ce quinquagénaire, tous les moyens sont bons pour rétablir les passages interrompus. « Regarde, pointant le doigt, j'avais mis beaucoup de sable, et construit une dalle solide, histoire de préserver mon puits, mais cet effort est vain. Tout est parti. Il va falloir tout reprendre à zéro », affirme-t-il, la mine triste. Un peu plus loin, au centre des habitations, l'heure est aussi à la restauration des voies entrecoupées par le drainage des eaux pluviales.
Les jeunes investissent les parties difficiles d'accès, érigeant de petits pontons. Tricycles, brouettes, charrettes sont mobilisés pour collecter le sable et joindre les passages coupés en deux. « Ici, les gens sont obligés de faire le grand tour pour accéder à l'autre bord du quartier. Il fallait vite trouver une solution précaire. C'est pourquoi, nous nous sommes mobilisés pour remblayer la partie coupée », résume Malang Dakhaba, un jeune maçon au coeur de cette initiative.
Ayant donné son accord pour un récital de Coran chez les voisins, Ibrahima Cissé a pris le soin de s'excuser pour livrer ses sentiments sur le quotidien des populations. Élu délégué de quartier de Moricounda 2, il y a maintenant cinq ans, le notable est plusieurs fois témoin d'évènements malheureux dans ce quartier où le déplacement est quasi impossible la nuit, aussi bien pendant l'hivernage qu'en saison sèche. Ibrahima Cissé se rappelle les conditions difficiles dans lesquelles le corps d'un vieil homme a été transféré à l'hôpital nuitamment, alors qu'il venait de décéder.
« C'était en période d'hivernage, il fallait déposer le corps à la morgue de l'hôpital régional. Nous avons porté le défunt titubant dans les eaux et la boue pour atteindre la route, et le mettre dans le véhicule. Tout cela, parce qu'il n'y a pas de possibilités pour les ambulances de franchir la route pour descendre dans le quartier », raconte-t-il.
Néné Guissé est l'une des voies féminines qui portent dans le quartier de Moricounda 2. Active, animée de la volonté d'oeuvrer pour le bien être des habitants, cette « Badiénou Gox » (marraine de quartier) qui s'était engagée à sensibiliser les femmes sur les vaccinations des enfants, s'est transformée en matrone au fil des années. À Moricounda 2, les cas d'accouchement à domicile n'ont pas baissé.
Une situation favorisée par le refus des véhicules d'accéder à la zone. Néné Guissé s'est même heurtée à un médecin qui déplorait les accouchements à domicile. « Il n'avait pas compris le calvaire que nous vivons ici. Pas de route, pas de véhicule, c'est notre dur quotidien », témoigne-t-elle. Cette année, elle a relevé trois faits d'accouchement à domicile. « Pour la plupart des cas, on essaie de négocier les taxis, mais ils refusent. Cela va vite parfois. Souvent, je suis dans l'obligation de mettre le nouveau-né dans une bassine pour l'amener à l'hôpital », raconte Néné, la voix pleine d'énergie.
Espoir d'un alignement « Il y a une semaine, une dame a accouché à domicile », abonde Mariama Diémé, habitante de Moricounda et enseignante à l'école 8 de la localité. Les véhicules sollicités n'ont pas voulu tenter le trajet de peur de se retrouver coincer. « C'est difficile de vivre à Moricounda. Les motos taxi nous boycottent pendant la saison des pluies. Les femmes marchent pour aller au marché. La terre est argileuse. Il est difficile de se mouvoir », s'emporte l'enseignante.
Les habitants ne veulent pas rester coincer à cause des problèmes liés à l'aménagement. Dans ce quartier, où aucune planification n'a été établie au préalable, on tente de se rattraper. Les notables, jeunes, femmes et religieux se sont concertés pour procéder à l'alignement des habitations. « C'est un début pour soulager les populations. Nous attendons l'arrivée du géomètre pour faire le point », s'impatiente Ibrahima Cissé, assurant, par la même occasion, que juste pour le moment, deux maisons devront être rasées.
Le futur plan d'alignement nourrit l'espoir chez certains foyers. Si le processus d'électrification et de branchement du réseau d'adduction d'eau est interrompu faute de feuille de route claire, Malang Dakhaba espère que ce croquis, une fois validé, sera un point de départ pour améliorer le vécu des citoyens de cette périphérie. Même son de cloche pour Sambou Sagna.
« Je sais bien que le danger côtoie mes enfants. J'ai alerté, j'ai convié les médias pour faire entendre ma voix. Je me suis aussi ouvert au chef de quartier pour qu'une solution soit trouvée, ne serait-ce que pour les services sociaux de base comme les routes, l'eau ou encore l'électricité, mais c'est toujours le statu quo », se plaint-il. Les travaux de l'alignement sur le terrain sont faits récemment. Le géomètre retenu, quelques semaines plus tôt, avait procédé à la cartographie des lieux.
À Moricounda 2, les habitants sont pressés de voir le nouveau plan d'aménagement. Une carte administrative certes importante, mais loin de la réalité de ce quartier qui a plus besoin d'actions concrètes pour offrir aux populations un bon cadre de vie.