Alors que le monde se tourne vers les énergies propres, les minéraux tels que le lithium, le cobalt et le manganèse sont devenus aussi importants que l'était autrefois le pétrole. L'Afrique détient d'importantes réserves de ces minéraux critiques. Pourtant, ils sont principalement exportés sous forme de matières premières, puis reviennent sous forme de technologies vertes coûteuses fabriquées dans des usines à l'étranger.
La présidence sud-africaine du G20 a mis en place un nouveau cadre pour les minéraux critiques. Ce cadre vise à aider les pays africains riches en minéraux à tirer davantage profit de la transformation et de la fabrication locales. Les géoscientifiques Glen Nwaila et Grant Bybee expliquent ce qu'il faut faire pour extraire les minéraux en toute sécurité et transformer les richesses souterraines en valeur économique en Afrique.
Que sont les minéraux critiques et quelle place occupent-ils dans les ressources africaines ?
Le cobalt, le manganèse, le graphite naturel, le cuivre, le nickel, le lithium et le minerai de fer sont tous essentiels à la fabrication de panneaux solaires, d'éoliennes, de batteries pour véhicules électriques et d'autres équipements liés aux énergies vertes.
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L'Afrique abrite d'importantes réserves de minéraux critiques. Le continent détient 55 % des gisements mondiaux de cobalt. Il abrite 47,65 % de tout le manganèse mondial et 21,6 % du graphite naturel.
Environ 5,9 % du cuivre, 5,6 % du nickel, 1 % du lithium et 0,6 % du minerai de fer mondial se trouvent en Afrique.
L'Afrique du Sud possède entre 80 % et 90 % des métaux du groupe du platine dans le monde et plus de 70 % des ressources mondiales en chrome et en manganèse. Ces métaux sont essentiels pour fabriquer les composants pour les technologies d'énergie propre et l'électronique.
L'Agence internationale de l'énergie prévoyait en 2025 que la demande en lithium serait multipliée par cinq entre 2025 et 2040. La demande en graphite et en nickel doublera. Entre 50 % et 60 % de cobalt et d'éléments de terres rares supplémentaires seront nécessaires d'ici 2040. La demande en cuivre augmentera de 30 % au cours de la même période.
Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontées ces ressources précieuses ?
Dans beaucoup d'économies africaines, les minéraux critiques sont exportés à l'état brut ou semi-transformés, pour être utilisés dans la production de diverses technologies d'énergie verte. Les pays africains importent ensuite ces technologies, passant ainsi à côté des emplois et des industries qui pourraient être créés s'ils fabriquaient eux-mêmes des composants liés aux énergies vertes.
La transformation des minéraux et éléments critiques en Afrique permettrait de créer environ 2,3 millions d'emplois sur le continent. Cela augmenterait le PIB continental d'environ 12 %. Cela contribuerait à résoudre un problème de chômage chronique. Par exemple, l'Afrique du Sud affiche un taux de chômage de 31,9 %. Chez les jeunes âgés de 15 à 34 ans, le taux de chômage atteint 43,7 %.
Quelles solutions sont proposées ?
Le nouveau cadre pour les minéraux critiques du G20 définit des règles et des normes claires afin de garantir une plus grande valeur ajoutée au niveau local (par exemple en transformant les minéraux là où ils sont extraits au lieu de les expédier à l'état brut). C'est ce qu'on appelle la promotion de « la valorisation locale à la source » ou « la création valeur et la rétention de valeur ».
Le cadre soutient la diffusion de l'exploitation minière, du transport, de la transformation et de la vente dans différents pays.
Cela permettra de réduire la dépendance à l'égard d'un seul pays ou d'une seule entreprise. Cela favorisera également la mise en place de chaînes d'approvisionnement plus fiables, moins susceptibles d'être perturbées.
Le cadre propose également que l'exploitation minière des minéraux critiques soit soumise à des règles strictes et équitables qui protègent les populations, les économies et l'environnement, conformément aux lois et politiques propres aux pays africains.
Il vise également à créer une carte claire (ou un inventaire) de l'emplacement de tous les minéraux critiques sur le continent, afin que l'exploration (en particulier dans les zones sous-explorées) puisse se faire sans nuire aux communautés ou à l'environnement.
Il encourage les nouvelles idées, les nouvelles technologies et les formations afin que les gens puissent acquérir les compétences nécessaires pour travailler dans les industries des énergies vertes.
Bien qu'il s'agisse d'un document volontaire et non contraignant, il est essentiel en tant que guide des meilleures pratiques.
En quoi le rôle des géoscientifiques est-il essentiel ?
Les géosciences influencent la vie quotidienne, ce qui n'est pas évidente pour la plupart des gens. Les hydrogéologues contribuent à garantir que les villes, les fermes et les mines disposent d'une eau fiable et propre sans nuire à l'environnement. Les géophysiciens sont capables de « voir » sous terre à l'aide d'outils spécialisés pour trouver des minéraux. Ils déterminent également les endroits où il est sûr de construire des routes, des tunnels et des centrales électriques, et surveillent les risques naturels tels que les tremblements de terre.
Il existe beaucoup de domaines dans les géosciences. Les géométallurgistes cherchent à déterminer comment traiter plus efficacement les roches extraites, en utilisant moins d'énergie et d'eau et en produisant moins de déchets. Les scientifiques spécialisés dans les géodonnées transforment les images satellites et les données terrestres en cartes qui sont utilisées pour planifier les villes et s'adapter au changement climatique. Les géologues spécialisés dans les ressources estiment la quantité de minéraux ou de métaux précieux pouvant être extraits, ainsi que les risques associés.
Les géologues ingénieurs contribuent à la sécurité des bâtiments, des tunnels, des barrages et des installations de traitement des déchets miniers. Les géologues environnementaux surveillent les sols, l'eau et l'air afin de s'assurer que le développement ne nuit pas aux personnes ni à l'environnement.
Les vastes réserves de minéraux critiques de l'Afrique ne peuvent créer des emplois, favoriser la croissance économique et le développement durable que si les pays disposent d'un nombre suffisant de géoscientifiques bien formés pour les trouver, les extraire et les traiter. Leur expertise permet de transformer les ressources souterraines en véritables opportunités économiques.
L'Afrique continue de former beaucoup de géoscientifiques talentueux. Ceux-ci travaillent dans les chaînes de valeur des minéraux critiques et apportent une contribution précieuse. Cependant, des compétences plus avancées en science des géodonnées, en géométallurgie, en modélisation prédictive et en leadership sont nécessaires. À l'heure actuelle, d'importantes lacunes subsistent en Afrique.
Pour combler ces lacunes, les gouvernements africains, les universités, les partenaires industriels et les collaborateurs internationaux doivent investir de toute urgence dans des programmes d'éducation et de formation ciblés. Ceux-ci devraient se concentrer sur la formation en science des géodonnées avancée, en géométallurgie, en modélisation prédictive, en science des systèmes minéraux et en développement du leadership. Des partenariats doivent être mis en place avec des entreprises privées. Les étudiants doivent participer à des échanges de connaissances internationaux.
Les entreprises minières doivent être incitées à partager leurs connaissances afin que les professionnels africains soient formés pour effectuer eux-mêmes des travaux de haute valeur dans le domaine des géosciences et de l'exploitation minière.
Cela permettrait à l'Afrique non seulement d'extraire, mais aussi d'exploiter pleinement ses richesses minérales souterraines. Cette croissance favoriserait une croissance économique inclusive, la création d'emplois et une transition énergétique juste.