À une semaine de la publication des résultats du «Higher School Certificate» (HSC), Rodrigues s'interroge déjà sur les moyens d'améliorer les performances dans les autres cycles du secondaire.
Cette année, le taux de réussite au «School Certificate» (SC) s'établit à 55,7 %, en net recul par rapport à 2024 où il atteignait 64,2 %. Pour Colson Hall, président de la Rodrigues Secondary School Employees Union, il est urgent d'assumer les responsabilités collectivement et de repenser le modèle éducatif, rappelant que Rodrigues n'est pas Maurice.
À quoi attribuez-vous la baisse du taux de réussite du SC 2025 à Rodrigues ?
Il serait prétentieux de prétendre connaître avec certitude la cause exacte de cette baisse. Toutefois, plusieurs facteurs contributifs peuvent être identifiés. Le premier concerne les changements opérés dans le système éducatif. Le système national actuel semble de plus en plus déconnecté du système international, notamment des standards requis pour accompagner efficacement les élèves dès le Grade 10.
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Cette déconnexion est encore plus marquée à Rodrigues,où la communication entre Cambridge, le Mauritius Examinations Syndicate (MES), la Private Secondary Education Authority (PSEA) et les instances locales à savoir la Commission de l'éducation, la REDCo et l'administration des collèges reste fragile et parfois inefficace.
À cela s'ajoutent des ajustements de syllabus insuffisamment maîtrisés, un manque de manuels scolaires dans certaines matières durant une grande partie de l'année, ainsi qu'un usage parfois inapproprié des livres fournis gratuitement aux élèves. Un autre facteur non négligeable réside dans l'écart entre la réalité socio-éducative de l'île et le modèle académique proposé.
Les collèges à forte vocation académique parviennent généralement à obtenir de meilleurs résultats en termes de pourcentage de réussite tandis que les établissements accueillant un public moins académique voient rapidement leurs élèves décrocher du programme.
D'autres éléments doivent également être pris en compte, notamment le niveau d'implication des éducateurs, des parents et des chefs d'établissement. C'est à travers une mobilisation collective et la création d'une véritable culture de l'apprentissage que des améliorations durables pourront être envisagées.
Quels dysfonctionnements concrets observez-vous aujourd'hui dans les écoles et collèges de Rodrigues ?
Je me concentrerai principalement sur les collèges, même si les éducateurs du pré-primaire et du primaire nous sollicitent régulièrement pour les représenter. L'un des dysfonctionnements majeurs concerne la communication.
La chaîne de communication est longue, fragmentée et, de ce fait, largement inefficace. Cette lourdeur se fait sentir à plusieurs niveaux : pour l'obtention des manuels scolaires, l'organisation des formations ou encore l'accès aux formateurs et aux personnes ressources.
À Rodrigues , les démarches administratives liées à l'éducation semblent systématiquement plus complexes. L'accès aux ressources pédagogiques, y compris aux équipements pour les laboratoires de sciences, relève souvent d'un véritable parcours du combattant, même lorsque les demandes sont formulées bien en amont.
À cela s'ajoutent des contraintes logistiques majeures : il arrive que le port bloque l'acheminement de matériel pourtant déjà acheté, impactant directement le bon déroulement des activités pédagogiques.
Sur le plan institutionnel, on observe également un manque de dispositifs structurés permettant de créer des passerelles entre l'enseignement académique et la réalité du terrain. Les espaces et moments dédiés à une approche pédagogique plus concrète et contextualisée font défaut, ce qui accentue la distance entre les apprentissages scolaires et le vécu réel des élèves.
Les conditions de travail actuelles des enseignants permettent-elles encore d'assurer un enseignement de qualité ?
Il faut d'abord dénoncer le climat actuel, qui s'apparente de plus en plus à une forme de chasse aux sorcières, où chacun cherche à désigner un responsable de la baisse des résultats.
Le syndicat s'indigne de cette approche, car si nous sensibilisons nos membres, c'est aussi parce que nous faisons face à de réels problèmes humains sur le terrain. Le manque d'éducateurs, notamment dans les scarcity areas, pèse lourdement sur la qualité de l'enseignement.
À plusieurs reprises, nous avons rencontré la REDCo, les représentants de la Commission de l'éducation, le ministre de l'Éducation ainsi que les fonctionnaires de la PSEA. Une rencontre avec la nouvelle administratrice était également prévue lors de la récente visite du ministre à Rodrigues, malheureusement annulée pour des raisons de santé. D'autres échanges sont toutefois prévus prochainement. Ces démarches traduisent l'urgence de se recentrer, et surtout de s'adapter aux contextes et réalités locales.
L'éducation n'est pas une forme de sorcellerie : elle repose sur des principes clairs qu'il faut savoir appliquer et adapter. Cela suppose de repenser, réadapter et réorganiser les méthodes pédagogiques pour qu'elles correspondent mieux à la réalité des élèves.
Aujourd'hui, sans accabler davantage les autorités, il faut reconnaître que les éducateurs sont dépassés, surmenés et travaillent dans des conditions loin d'être idéales. Or, une classe doit être vécue. L'apprentissage passe aussi par l'émotion, par l'expérience, et parfois, par des solutions simples, voire improvisées, pour maintenir le lien entre l'élève et le savoir.
Qui doit assumer la responsabilité de ces résultats jugés préoccupant, et quelles actions immédiates attendez-vous des autorités éducatives ?
La responsabilité est collective. Personne ne doit se dédouaner. Les élèves, les parents, les proches, les éducateurs, les recteurs, managers, les autorités locales, la PSEA, le MES, le ministère de l'Éducation ainsi que les assesseurs de Cambridge ont tous un rôle à jouer.
Face à une situation aussi préoccupante, le syndicat appelle les gouvernements local et national à assumer pleinement leurs responsabilités. Au coeur du système éducatif se trouvent les élèves. Or, ces dernières années, l'éducation a été soumise à des changements successifs, souvent dictés par des alternances politiques.
À Rodrigues, le passage du pré-vocationnel - qui permettait aux élèves de se former dès le plus jeune âge dans des domaines pratiques tels que l'agriculture, la couture ou la pâtisserie à l'Extended Programme, puis au Foundation Programme s'est fait sans réelle adaptation au contexte local. Ces transformations se révèlent inadaptées, tant pour les élèves que pour les enseignants. On ne change pas une équipe qui gagne : on la renforce de manière cohérente et durable.
Les politiques éducatives actuelles n'offrent que peu de marge de manœuvre aux acteurs de terrain. Il est donc temps de repenser le modèle en profondeur. Créons une éducation rodriguaise, pensée pour Rodrigues. Rodrigues n'est pas Maurice et ne le sera jamais. Offrons à ce peuple digne un système éducatif à la hauteur de ses réalités, de son identité et de ses ambitions.
«O & A Levels 2026 » : Combien ça coûte et comment s'inscrire au MES
Le MES annonce l'ouverture des inscriptions aux examens de Cambridge GCE Ordinary Level (O Level) et Advanced Level (A Level) pour la session de mai/juin 2026, à compter du jeudi 5 février 2026. Cette procédure concerne exclusivement les candidats privés et se déroulera en présentiel au siège du MES, à Réduit. Les inscriptions se feront selon un calendrier établi par ordre alphabétique des noms de famille, du 5 au 11 février, avec une journée supplémentaire dédiée aux candidats du GCE A Level le jeudi 12 février.
Les guichets accueilleront le public de 9 à 12 heures, puis de 12 h 30 à 14 heures. Des inscriptions tardives seront possibles les 18 et 19 février, moyennant des frais additionnels. Concernant les coûts, une redevance initiale de Rs 526 est exigée tant pour le O Level que pour le A Level. À cela s'ajoutent des frais par syllabus : Rs 3 905 pour le O Level et Rs 7 918 pour le A Level.
Le General Paper d'anglais au niveau A est fixé à Rs 5 097, tandis que les frais pour inscription tardive s'élèvent à Rs 416. Le MES invite les candidats à consulter son site web pour avoir la liste complète des matières, les syllabus et les consignes spécifiques. Les candidats de moins de 18 ans devront également fournir des documents obligatoires, dont un acte de naissance, des photos certifiées et une preuve d'adresse.