En Ouganda, le sort d'un prêtre catholique détenu depuis deux mois inquiète jusqu'aux Églises à l'étranger. Un réseau panafricain de responsables et d'intellectuels catholiques a publié samedi 31 janvier un communiqué demandant la libération « immédiate », et estime que cette affaire s'inscrit dans un climat de restrictions visant la société civile.
Le père Deusdedit Ssekabira a été enlevé début décembre, détenu au secret plusieurs semaines, puis présenté à la justice. D'abord soupçonné « d'activités subversives », il est désormais poursuivi pour blanchiment d'argent. Ses proches pointent surtout les conditions de son arrestation.
Selon la défense, le père Deusdedit Ssekabira a été emmené de son lieu de travail par une trentaine d'hommes en tenue militaire, puis il est resté 21 jours sans contact avec ses proches et sans accès à ses avocats.
Au tribunal, il est désormais poursuivi pour blanchiment d'argent : il est accusé d'avoir fait transiter environ 500 millions de shillings, issus de sources illégales, entre 2023 et 2025.
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Une détention politique ?
Pourquoi ce revirement ? Son avocat Alexander Lule y voit une dimension politique : « D'abord, le président Yoweri Kaguta Museveni est sorti de sa réserve en disant : "Je ne libère pas le père Ssekabira, car j'ai des informations selon lesquelles il est en lien avec Kyagulanyi". Kyagulanyi, c'est Bobi Wine, le principal opposant. Même si ce n'est pas une infraction en soi, il nous dit n'avoir absolument rien à voir avec Kyagulanyi. »
Pour son avocat, le père Deusdedit Ssekabira est profondément marqué depuis cette épreuve. « On l'a maintenu dans le noir. Il avait perdu la notion des jours et du temps : il ne savait même plus si c'était le matin ou le soir, poursuit-il. Quand on le voit, physiquement, il va bien. Mais psychologiquement, il porte cette souffrance : il dit avoir été torturé. Et quand on lui parle, au bout d'une ou deux minutes, il s'effondre. Il me dit : "Maître, je suis en train de mourir. Je ne devrais pas être ici. Tout ça, ce sont des accusations, c'est faux." Vous voyez, c'est un homme brisé. »
Une audience est prévue le 10 février pour examiner une éventuelle remise en liberté provisoire.