L'ambassadeur de la République du Congo en France, Rodolphe Adada, a reçu le 2 février à Paris dans la salle verte, le Pr Théophile Obenga, jour du 90e anniversaire de ce dernier pharaon, pour une nouvelle séance de présentation-dédicace du livre "Reconstruction du Nilo-Atlantique" paru aux Éditions Présence Africaine.
Pour entamer la rencontre chargée de symboles, Rodolphe Adada a reçu le dernier pharaon en ces termes : « En vous recevant si nombreux dans notre salle verte qui peine à contenir toute l'assistance, c'est un honneur. Un honneur dû à la personnalité tout à fait singulière du Pr Théophile Obenga. Je crois qu'il n'y a pas lieu de le présenter autrement, sauf qu'il n'est pas en terre inconnue ici. C'est un ancien ministre des Affaires étrangères de la République du Congo. Par extrapolation, il a commandé cette ambassade en tant que chef de la diplomatie congolaise. Pour toutes ces raisons, professeur, vous êtes ici chez vous ! Nous sommes venus nombreux pour vous écouter et je ne peux pas exagérer à fond de ce temps de parole ».
Avant sa prise de parole, le tandem constitué pour la circonstance par Rudy Malonga et Yvan Amar a permis de resituer le contexte et de rentrer dans le vif du sujet.
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Tout d'abord, en présence de Suzanne Diop, directrice des Éditions Présence Africaine, Rudy Malonga a rappelé combien un intellectuel africain, en pleine période coloniale, héritière du panafricanisme ainsi que des mouvements politiques et culturels noirs d'avant la Seconde Guerre mondiale, Alioune Diop, avait créé la première revue pérenne en 1947.
Il a rappelé également que la collaboration entre le Pr Théophile Obenga et les Éditions Présence Africaine remonte à 1974. Le maître de cérémonie a signalé que cette rencontre à l'ambassade du Congo s'est tenue à cinq jours d'intervalle par rapport à la date anniversaire de la mort de Cheikh Anta Diop.
Au nom de l'assistance, il était heureux d'avoir sous ses yeux une bibliothèque vivante où l'on peut encore obtenir une interactivité. Heureux de revivre cette séquence de la revue noire dans la Maison commune de l'ambassade du Congo à Paris, sous l'égide de l'ambassadeur Rodolphe Adada.
En tant que linguistique, Yvan Amar a décortiqué le nouvel ouvrage. Il a décelé que le Pr Théophile Obenga, linguiste, égyptologue, homme politique, revient sur une erreur fondamentale de la linguistique historique contemporaine.
Après avoir redéfini les bases de la linguistique, descriptive puis historique, il énumère les principales familles de langues vivantes dans le monde, en terminant par la famille chamito-sémitique ou famille afro-asiatique, qui regrouperait l'ancien égyptien pharaonique, les langues berbères et les langues sémites.
Mais, a-t-il dit, cette famille n'existe pas puisqu'on n'est jamais arrivé à identifier une protolangue, une langue de base qui préexisterait à toutes celles-ci pour en être l'ancêtre. Or c'est ainsi que l'on définit une famille de langues: toutes doivent descendre d'une autre qui les précède et les fait naître.
À la place de cette famille fantôme, Théophile Obenga propose de considérer la famille nilo-atlantique, qui regroupe toutes les langues africaines, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest du continent.
Pourquoi cette erreur de la linguistique occidentale? Probablement parce qu'un préjugé idéologique a voulu écarter la prestigieuse Égypte des pharaons de l'histoire de l'Afrique en la reliant au Moyen-Orient, au lieu de considérer l'Afrique comme une réalité géographique, culturelle et linguistique cohérente.
Entre autres échanges avec l'assistance, le Pr Théophile Obenga a répondu à la question de Gaylord Fortune Dépowel Pouabou, à savoir « Quelle leçon essentielle l'Afrique peut-elle retenir de l'ensemble de votre œuvre ? ».
Resituant le département de son interlocuteur, terre de Tchicaya U Tam'si , de Tchichellé Tchivèla, de Jean-Baptiste Tati Loutard , vaillants écrivains, il a répondu que parfois c'est après la mort que l'on mesure pleinement la portée de l'œuvre d'un auteur. Montaigne n'a eu sa statue devant la Sorbonne que bien après. Les écrits d'Homère et d'autres grands esprits du monde ont eux aussi été contestés...
Après le témoignage de l'association Diaspora Boundji pour l'action et le développement au Mwènè Nzalé, la rencontre-dédicace a fait place à la dégustation d'un gâteau d'anniversaire.