Ile Maurice: Resikle pou grandi

Donner une seconde vie aux bouteilles en plastique tout en offrant une nouvelle source de revenus aux femmes de Bambous La Valette : tel est l'objectif d'une initiative menée en collaboration par We-Recycle, Quartier de Lumière et Small Step Matters.

Dans le cadre d'une formation organisée le 26 janvier, le premier filament pour imprimante 3D fabriqué à partir de bouteilles en plastique recyclées a été produit par Kelly Faivre et Fleurette Milazar, deux bénéficiaires de La Ruche (Association Quartier de Lumière à Bambous La Valette). La naissance de ce fil minuscule s'est déroulée sous les yeux émerveillés de Stéphanie Jacquin, manager de We-Recycle, de Jeff Manal, responsable de La Ruche, et de Jérôme Marianne, formateur.

«Cela fait jaillir beaucoup d'émotions de voir la concrétisation de plusieurs mois de travail, depuis la conception du projet, sa présentation à Small Step Matters, le début des formations pour les femmes en décembre jusqu'à cet aboutissement très concret dans la matière», témoigne Stéphanie Jacquin.

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«Nous avons également eu la chance que le projet retienne l'attention d'un citoyen dès le premier jour de sa publication en ligne sur la plateforme SmallStepMatters.org et que cet unique donateur puisse financer la totalité du projet. Preuve que notre travail est de plus en plus connu et reconnu par le grand public.»

De leur côté, les femmes parties prenantes du projet ont fait preuve d'une grande motivation tout au long des sessions, tant pour la formation en entrepreneuriat que pour l'initiation technique à l'utilisation des machines. Elles ont également bénéficié des conseils de We-Recycle afin de sélectionner avec soin les bouteilles en PET compatibles avec ces équipements.

Sont inclus dans ce projet les contenants vides de liquides comestibles. Sont exclus, en revanche, les plastiques issus de shampoings, de gels douche et surtout les contenants de produits ménagers, susceptibles de générer des fumées toxiques.

Le processus de valorisation d'une bouteille comporte plusieurs étapes nécessitant patience et minutie. Il faut d'abord retirer le bouchon, décoller les étiquettes, puis utiliser un blower pour chauffer les cannelures et obtenir une bouteille d'aspect uniforme et plus lisse. Ensuite, à l'aide d'un cutter manuel préalablement réglé à la bonne épaisseur, la bouteille est découpée en une languette de 10 cm. «Il y a un réglage à effectuer, car les bouteilles de soda n'ont pas la même épaisseur que celles d'eau», précise Jérôme Marianne.

À l'aide d'un «cutter» manuel, la bouteille en plastique est découpée afin d'obtenir une languette de 10 cm

Vient ensuite la transformation finale : les languettes sont chauffées par une résistance à haute température (entre 230 et 260 degrés) et ressortent par une buse sous forme de filament, ensuite enroulé en bobine. «Une bouteille de 1,5 litre produit en moyenne 22 grammes de filament, qui peut être utilisé par des imprimantes 3D. Les usages sont multiples : objets décoratifs, pièces de rechange automobiles ou pour l'électroménager», détaille le formateur.

Dans quelques mois, les machines seront transférées de l'association vers les domiciles des femmes bénéficiaires. «Ce projet présente un fort potentiel, car de nombreuses femmes à La Valette ont des revenus instables, occupant des emplois occasionnels comme femmes de ménage ou évoluant dans l'économie informelle. Ce projet pilote devrait susciter l'intérêt d'autres femmes du quartier», explique Jeff Manal.

«À la suite du plan stratégique réalisé l'an dernier, notre association souhaite s'ouvrir davantage aux projets impliquant les adultes, alors que ces dernières années, notre énergie était principalement consacrée aux 93 enfants inscrits dans nos différents programmes éducatifs. Depuis quatre ans, La Ruche collabore en bonne intelligence avec We-Recycle sur des campagnes de sensibilisation, entre autres.»

Dans le cadre du projet Resikle pou grandi, l'ONG We-Recycle prévoit d'acheter les filaments au prix de Rs 230 le kilo. En huit heures de travail par jour (le temps de nettoyage des bouteilles n'étant pas inclus), une femme pourra produire jusqu'à 4 kg de filament, soit un revenu mensuel estimé à Rs 18 400, sur la base de 20 jours de travail par mois.

Au-delà de l'autonomisation économique des femmes, We-Recycle voit plus loin. «Grâce à ce projet communautaire, nous souhaitons que les femmes deviennent de véritables ambassadrices de la cause environnementale à l'échelle de leur quartier. Pour leur offrir une vision plus globale, nous les avons formées à différentes problématiques, notamment aux enjeux de santé liés à l'enfouissement des déchets, comme à Mare-Chicose. Nous avons également organisé des visites d'entreprises, telles que B.E.M Recycling et EN Recyclers», précise Stéphanie Jacquin, avant de conclure. «La persévérance et l'engouement des femmes de Bambous dans ce projet sont extrêmement encourageants pour notre association.»

Fort de ce projet pilote, une initiative similaire verra prochainement le jour dans la région de Bel-Ombre, avec une innovation supplémentaire : l'utilisation de vélos-cargo électriques pour sillonner les quartiers et collecter les bouteilles en plastique.

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