Ile Maurice: Les marchés financiers partent en vrille

Les marchés financiers sont entrés dans une ère d'extrême volatilité. Il ne suffit parfois que d'une étincelle, d'une information savamment distillée pour que les investisseurs s'affolent et qu'on se retrouve face à un minikrach avec des billions de dollars s'évaporant. On en a eu la démonstration le vendredi 30 janvier, avec les cours de l'or et de l'argent fondant comme neige au soleil après l'annonce du président américain, Donald Trump, de la nomination de Kevin Warsh comme président de la Réserve fédérale en remplacement de Jerome Powell.

Anticipant une politique monétaire plus restrictive et le maintien des Fed Funds au moins jusqu'au prochain semestre, les investisseurs, s'appuyant sur des algorithmes prédictifs, se sont laissé embarquer dans une forme de psychose, provoquant une chute de 12 % de la valeur de l'or et de 36 % de celle de l'argent.

Pourtant, la veille, les analystes prédisaient que le prix de l'or allait dépasser le seuil de 6 000 dollars l'once. Ainsi, après avoir atteint des sommets historiques à plus de 5 600 dollars l'once, le métal jaune a connu une correction de sa valeur et s'échangeait en début de semaine autour de 4 700 dollars l'once. Alors que le cours de l'argent se situe à 83 dollars l'once, contre 120 dollars la semaine dernière.

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Les analystes estiment qu'en l'espace d'une journée, pas moins de 7 400 milliards de dollars se sont envolés en fumée après ce Black Friday. Ce mouvement de panique était-il justifié surtout quand on sait que Donald Trump est en faveur d'une politique de dollar faible et que l'inflation pourrait, en fin de compte, ne pas être la priorité de Kevin Warsh ?

D'ailleurs, dès le lendemain de la pagaille provoquée par l'annonce de la nomination de Kevin Warsh, Donald Trump a balancé qu'il «traduirait en justice» le nouveau Chairman de la Fed s'il n'abaissait pas les taux d'intérêt. Autrement dit, tout cet élan de panique n'a servi à rien.

Le principal enseignement qu'on peut tirer de ce triste épisode, c'est que nous sommes entrés dans une ère de pure spéculation. Si les investisseurs se sont rabattus sur l'or, c'est parce qu'ils ne font plus confiance aux monnaies traditionnelles, notamment le dollar.

Du coup, au lieu d'investir dans l'économie réelle ou dans le marché des obligations, les investisseurs institutionnels se sont rabattus sur les métaux précieux, surtout l'or, considéré comme une valeur refuge par excellence. Mais voilà, la nervosité qui anime aujourd'hui Wall Street est telle que même le métal jaune est susceptible d'être balayé comme un fétu de paille au gré des stratégies politiciennes de la Maison-Blanche.

Dans cet environnement incertain, bien malin celui qui pourra prédire quelle sera la stratégie monétaire adoptée par la Fed dans les mois à venir et quelle incidence aura-t-elle sur le taux de change du dollar et le cours de l'or. Se réunissant sous la présidence de la Gouverneure de la Banque de Maurice, Priscilla Muthoora Thakoor, le mercredi 11 février, le comité de politique monétaire aura une nouvelle fois la lourde mission de trancher sur le Key Rate.

Ces derniers mois, beaucoup d'analystes ont changé de fusil d'épaule, appelant à une détente monétaire pour dynamiser l'économie. Cette stratégie n'est toutefois pas sans risque. D'une part, nul ne sait quelle sera la stratégie de la Fed. Ainsi, il se peut que Kevin Warsh garde les taux d'intérêt sur les obligations américaines inchangés pendant un certain temps.

Ce faisant, on pourrait accélérer la dépréciation de la roupie vis-à-vis non seulement vis-à-vis des devises fortes comme l'euro ou la livre sterling, mais aussi face au dollar. D'autre part, une telle stratégie serait inflationniste et amoindrirait un peu plus le pouvoir d'achat des Mauriciens. Qu'on se le dise, le taux d'inflation de 3,7 % est loin de refléter l'inflation réelle.

Se disant «data-driven», Priscilla Muthoora Thakoor va sans doute peser le pour et le contre avant de prendre une décision sur le Key Rate, actuellement à 4,5 %.

Par ailleurs, il serait intéressant qu'au lieu de commenter stricto sensu la politique monétaire que la Gouverneure fasse aussi le point sur le balance sheet de la Banque de Maurice qui a sans doute été amélioré après la flambée jusqu'à fin janvier de l'or. Ou encore qu'elle commente l'avenir de la Mauritius Investment Corporation.

On sait que l'institution a déjà recouvré une partie de ses investissements, de l'ordre de Rs 56 milliards. Une fois récupéré, cet argent sera-t-il détruit ou retiré de la circulation ? Pour le moment, il y a beaucoup de questions d'intérêt public qui restent, fort regrettablement, sans réponse.

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