Le Tribunal Criminel Spécial a frappé fort hier soir. Angono Joseph Liboire, maire RDPC de Biwong-Bane, a été placé sous mandat de dépôt et écroué à la prison centrale de Kondengui. L'écharpe tricolore contre les barreaux : le symbole est violent pour cet élu de la région du Sud dont le règne local s'achève dans les geôles de la justice camerounaise.
Un catalogue de charges accablantes
Le dossier instruit par le Tribunal Criminel Spécial ne laisse aucune place au doute. Angono Joseph Liboire fait face à trois chefs d'accusation majeurs : complicité de détournement de biens publics, détournement de fonds publics et blanchiment de capitaux. Un triptyque qui résume à lui seul la gestion controversée de la commune de Biwong-Bane sous sa mandature.
Mais au-delà des malversations financières présumées, c'est le profil violent du maire qui a précipité sa chute. Les faits reprochés dressent le portrait d'un homme dont les méthodes musclées détonent avec la dignité attendue d'un élu de la République.
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Des violences en série
L'inventaire des violences imputées à l'édile est édifiant. En 2021, deux huissiers de justice sont victimes d'agressions caractérisées alors qu'ils exercent leurs fonctions. L'année suivante, c'est au tour du député Josué Mbeyo'o de subir une altercation physique avec le maire. Plus récemment, un journaliste rapporte avoir été menacé par l'élu.
Ces comportements de détournement des codes républicains révèlent un tempérament incompatible avec l'exercice de responsabilités publiques. Lorsque la force remplace l'argumentation, la fonction d'édile devient une imposture.
Une commune exsangue et révoltée
À Biwong-Bane, l'arrestation du maire résonne comme un soulagement pour une population à bout. Depuis des mois, la gestion municipale suscitait une contestation croissante. Les élus locaux eux-mêmes avaient rejoint la fronde populaire, témoignant d'un divorce consommé entre l'édile et ceux qu'il était censé servir.
Le climat délétère qui régnait dans cette commune de la Mvila trouvait sa source dans une double défaillance : l'opacité financière et l'autoritarisme du premier magistrat. Quand la confiance disparaît, seule reste la révolte.
Kondengui, antichambre du jugement
La prison de Kondengui accueille désormais celui qui régnait hier encore sur Biwong-Bane. Cette détention provisoire marque une rupture symbolique : la fin apparente de l'impunité pour les gestionnaires locaux accusés de dilapider la fortune publique.
L'instruction qui s'ouvre devra établir la réalité et l'ampleur des détournements présumés. Les enquêteurs devront notamment mesurer la profondeur du gouffre financier dans lequel la commune aurait été plongée sous la gestion d'Angono Joseph Liboire.
La justice à l'épreuve de la crédibilité
Cette affaire dépasse le cas individuel d'un maire controversé. Elle interroge frontalement la capacité de la justice camerounaise à aller au bout de la reddition des comptes, même lorsque les prévenus sont membres du parti au pouvoir.
Le RDPC, dont Angono Joseph Liboire porte les couleurs, observe désormais l'un des siens passer du statut d'élu local à celui de détenu. Cette séquence judiciaire constitue un test pour l'indépendance du Tribunal Criminel Spécial et sa volonté de sanctionner sans distinction les abus de pouvoir.
L'opinion publique en sentinelle
L'affaire est désormais sous les projecteurs. Entre enjeux financiers et violences physiques, elle cristallise les attentes d'une population camerounaise lasse de l'impunité des élus. La suite de la procédure dira si cette arrestation marque un véritable tournant ou un simple coup d'éclat sans lendemain.
Car au-delà du cas Biwong-Bane, c'est la crédibilité de tout le système de contrôle des finances publiques locales qui est en jeu. Combien d'autres maires gèrent-ils leurs communes comme des fiefs personnels, à l'abri du regard de la justice ?
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