Ile Maurice: La ministre de la Justice malgache attendue avec une délégation anticorruption

La ministre de la Justice de Madagascar, Fanirisoa Ernaivo, était attendue à Maurice hier pour une visite officielle qui s'annonce particulièrement suivie dans les milieux judiciaires et diplomatiques. Cette mission, placée sous le signe du renforcement de la coopération judiciaire entre Antananarivo et Port-Louis, intervient dans un contexte régional marqué par une multiplication d'enquêtes liées aux crimes financiers - blanchiment d'argent et corruption - qui concerne l'homme d'affaires Mamy Ravatomanga.

Par ailleurs, une délégation de trois officiers est déjà là depuis le 31 janvier. Elle est composée de Jean Arsene Tsaraleha, directeur de cabinet du ministère de la Justice malgache, son directeur de la communication, Onitia Ramanana, Harry Laurent Rahajason, ancien ministre de la Communication et de la culture, aujourd'hui directeur de la communication de la présidence de la Refondation de la République de Madagascar et ancien directeur général du groupe Sodiat. Il a expliqué le but de leur visite : «Nous laisserons la justice mauricienne suivre son cours et nous prendrons le relais après pour que Mamy soit jugé à Madagascar où il doit aussi répondre à la justice.»

Selon des informations concordantes, la ministre Fanirisoa Ernaivo est accompagnée d'une délégation de 14 officiers, dont des enquêteurs spécialisés du Bureau indépendant anticorruption (BIANCO) et des magistrats du Pôle anti-corruption (PAC). Leur séjour sur l'île devrait durer trois à quatre jours, qui seront marqués par des échanges techniques et institutionnels avec plusieurs acteurs clés du judiciaire mauricien. Cette visite reflète une volonté croissante des États de l'océan Indien de consolider leurs mécanismes de collaboration face à des réseaux de criminalité économique devenus transnationaux, où les flux financiers, les structures offshore et les circuits bancaires dépassent largement les frontières nationales.

Le dossier Ravatomanga en toile de fond

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Au cours de cette mission, Fanirisoa Ernaivo devrait rencontrer plusieurs responsables mauriciens de premier plan, dont l'Attorney General, Gavin Glover, des représentants de la Financial Crimes Commission ainsi que d'autres institutions engagées dans la lutte contre les crimes économiques. Les discussions porteront notamment sur les modalités de coopération judiciaire, l'échange d'informations, l'assistance mutuelle dans les enquêtes sensibles ainsi que la coordination dans le traitement des dossiers impliquant Mamy Ravatomanga.

Toutefois, les autorités malgaches tiennent à souligner que cette démarche se fera dans le strict respect des principes fondamentaux de souveraineté et d'indépendance de la justice mauricienne. «Il n'est pas question de s'ingérer dans les procédures en cours à Maurice. Les enquêteurs mauriciens mèneront leurs investigations jusqu'au bout, sans interférence extérieure», confie une source proche du dossier. La délégation malgache souhaiterait néanmoins apporter certains éléments judiciaires détenus par Maurice, dans le cadre des accords de coopération existants.

Cette visite intervient alors que plusieurs affaires sensibles retiennent l'attention, au premier rang desquelles figure celle du puissant homme d'affaires malgache, Mamy Ravatomanga, dont le nom est associé à des accusations provisoires de blanchiment d'argent et d'entente délictueuse. Arrêté en octobre 2025, le magnat fait face à trois charges provisoires devant la justice mauricienne, deux liées au blanchiment et une troisième concernant une présumée organisation frauduleuse.

Selon les premiers éléments communiqués, il lui est reproché d'avoir détenu des sommes considérables sur plusieurs comptes bancaires, soupçonnées de provenir d'activités illicites. Les autorités malgaches estiment que ces fonds pourraient être liés à des opérations de détournement, de trafic d'influence ou de corruption, dans un système plus vaste de transferts financiers suspects. La justice malgache aurait, dans ce contexte, sollicité une coopération renforcée, notamment via l'émission d'un mandat d'arrêt international et l'implication d'Interpol.

Au-delà de la procédure en cours à Maurice, Antananarivo souhaite que Mamy Ravatomanga puisse répondre à des accusations dans son pays d'origine. «Nous comptons récupérer ce monsieur, car il doit répondre devant notre justice à Madagascar aussi», indique une source malgache. L'objectif affiché de la délégation est donc double : consolider la coopération institutionnelle avec Maurice tout en préparant, à terme, les conditions d'une prise en charge judiciaire du dossier par Madagascar.

Cette démarche s'inscrit dans un contexte où plusieurs dossiers économiques sensibles font l'objet d'une attention accrue des autorités malgaches, notamment dans le cadre d'une politique affichée de lutte contre la corruption. Dans un communiqué relayé par les autorités judiciaires malgaches, il est indiqué que Mamy Ravatomanga aurait commis des crimes financiers nationaux entre 2009 et 2025, qui ont débouché sur des opérations présumées de blanchiment de capitaux et de fraude économique.

La justice malgache évoque également des liens possibles avec d'autres affaires, notamment le trafic de bois précieux, des flux illicites de fonds et des transactions commerciales suspectes. Des mesures de saisie auraient déjà été enclenchées à Madagascar sur des biens immobiliers et plusieurs comptes bancaires. L'Agence de recouvrement des avoirs illicites serait également mobilisée dans le cadre de cette procédure.

Au-delà du cas Ravatomanga, la venue de Fanirisoa Ernaivo illustre une volonté régionale de renforcer les outils de coopération face à la criminalité financière. Partage d'informations, assistance judiciaire mutuelle, extradition et suivi des avoirs suspects figurent parmi les enjeux majeurs de cette mission.

Dans un océan Indien confronté à l'essor de réseaux criminels transfrontaliers, cette visite apparaît comme une étape importante vers une réponse plus coordonnée. La mission de la ministre malgache pourrait ainsi marquer un tournant dans les relations judiciaires entre Maurice et Madagascar à un moment où les affaires de corruption et de blanchiment occupent une place centrale dans l'actualité régionale.

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