Ce vendredi, le complexe de Côte-d'Or s'illuminera à l'occasion des National Sports Awards. Sous l'égide du ministère de la Jeunesse et des Sports, la cérémonie célèbrera la performance et l'excellence sportive. Sur le papier, le message est bien rodé : le sport serait l'antidote ultime aux fléaux de la société. Mais derrière l'éclat des trophées, une ombre persiste -- celle d'une jeunesse qui, loin des pistes et des stades, s'égare dans les méandres des drogues synthétiques.
Le constat est brutal. Les données d'Afrobarometer, réseau de recherche indépendant ayant sondé 1 200 citoyens en 2024, le confirment : la drogue est désormais la deuxième préoccupation majeure des Mauriciens, juste après le coût de la vie. Certes, les autorités ne sont pas restées inertes. La création de la National Agency for Drug Control (NADC) et les saisies records témoignent d'une volonté d'agir.
Mais suffit-il de muscler la répression lorsque c'est le tissu social lui-même qui se déchire ?
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Depuis des décennies, on nous répète que le sport protège. Et il serait irresponsable de nier son rôle. Injecter davantage de moyens dans les fédérations, élargir l'accès aux infrastructures, renforcer la pratique à l'école : ce sont des leviers essentiels. Mais comment le sport peut-il rivaliser avec le poison lorsque certains enfants choisissent le «simik» avant même d'avoir eu la chance de toucher un ballon ? Est-ce l'oisiveté, l'ignorance, ou un désespoir plus profond encore ?
La vérité dérange : la consommation n'est que la partie émergée de l'iceberg. Notre société, obsédée par les résultats et la réussite à tout prix, a progressivement relégué l'essentiel - son humanité - au second plan. Quand la cellule familiale s'effrite sous la pression économique, quand l'ingratitude et l'indifférence deviennent des normes, le synthétique trouve un terrain fertile.
Le trafic prospère précisément là où le facteur humain n'est plus qu'une variable négligeable.
Éradiquer ces fléaux relève peut-être de l'utopie. Mais les faire reculer exige bien plus que des budgets ministériels ou des infrastructures flambant neuves. Cela impose un retour aux sources : remettre l'humain au centre de nos priorités collectives.
Ce vendredi, à Côte-d'Or, nous applaudirons les champions - et ce sera pleinement mérité. Mais n'oublions pas que la plus grande victoire ne se jouera pas sur un podium. Elle se mesurera à notre capacité collective à ne plus laisser nos enfants croire que leur seul horizon est une dose de néant. Tout est à revoir.