Congo-Kinshasa: Dialogue politique en RDC - Entre tabula rasa et cohésion nationale, une troisième voie est possible

Du Chaos de Sun City à la Résilience Institutionnelle d'Aujourd'hui : la voie de l'équilibre, fondée sur l'évolution de notre histoire, s'impose face à cette fausse dichotomie. Au cœur de la tourmente politique congolaise, l'hypothèse d'un dialogue national ressurgit comme une lame à double tranchant, révélant une fracture béante entre un pouvoir ancré dans ses institutions et une opposition qui rêve d'un grand reset.

Inspirée par le Dialogue Inter-congolais de Sun City en 2002-2003 - ce moment charnière où un Joseph Kabila, jeune président « de facto » âgé de 29 ans, héritait d'un pays en lambeaux, morcelé par la Deuxième Guerre du Congo et occupé par une mosaïque d'armées étrangères (Rwanda, Ouganda, Angola, Zimbabwe) - une frange de l'opposition, comme Moïse Katumbi, Martin Fayulu ou les exilés kabilistes, pousse pour un format refondateur inspiré de l'ancienne formule du DIC (Dialogue Inter Congolais).

Pour eux, le dialogue n'est pas un simple exercice de cohésion : c'est l'occasion de faire table rase des institutions actuelles, contestées depuis les élections de 2023, afin de rebattre les cartes de la gouvernance face à une crise perçue comme systémique - insécurité chronique dans l'Est, dysfonctionnements électoraux et fractures sociales, ignorant les évolutions historiques et politiques récentes.

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Mais le pouvoir, incarné par Félix Tshisekedi, rejette avec vigueur cette vision nostalgique et périlleuse, et il faut avouer que le parallèle historique entre la RDC de 2003 et celle de 2026 n'est pas valide !

Contrairement à l'ère Kabila de 2001, où la RDC était un puzzle éclaté sans souveraineté réelle, Tshisekedi dirige un État unitaire, avec une décentralisation administrative des provinces, doté d'une Constitution de 2006 opérationnelle, adoptée par référendum universel direct, d'institutions élues (même si contestées par certains) et d'une armée nationale unifiée, face à une menace externe ciblée (celle du Rwanda) plutôt qu'à une occupation généralisée.

Fort de cette légitimité électorale acquise en 2018 et renforcée en 2023 il conçoit le dialogue comme un outil de renforcement interne, pas comme un instrument de remise à zéro. Pas question de négocier un partage de pouvoir avec l'AFC/M23, cette rébellion proxy manipulée par le Rwanda, qui reproduirait le schéma funeste des infiltrations passées : un partage de pouvoir politique avec des personnalités à la loyauté douteuse, un brassage militaire avec des miliciens à la nationalité incertaine et à la loyauté changeante, souvent auteurs de crimes de guerre et contre l'humanité, tous au service de l'hégémonie pluri-décennale de Paul Kagame sur les richesses et le territoire congolais.

Cette dichotomie n'est pas anodine : elle oppose deux mondes, ancrés dans des réalités historiques radicalement différentes. En 2002-2003, les négociations de Sun City - auxquelles j'ai participé en tant que chef de délégation de l'opposition politique non armée étaient une nécessité vitale pour recoller les morceaux d'un pays disloqué par des invasions multiples et les séquelles destructrices de l'AFDL. Aujourd'hui, sous Tshisekedi, la RDC affronte une agression rwandaise persistante, reconnue et condamnée par la communauté internationale.

Les développements diplomatiques de 2025-2026 incriminent sans ambiguïté Kigali comme agresseur récidiviste : l'ONU indexe le M23, combattant aux côtés des forces rwandaises, de crimes de guerre et contre l'humanité, avec la présence directe de personnel rwandais au sein du groupe.

Les États-Unis, après avoir parrainé les Accords de Washington en décembre 2025, menacent le Rwanda de sanctions pour violations flagrantes, accusant un soutien continu au M23 malgré des engagements de retrait et de désescalade militaire.

L'International Crisis Group documente des déploiements de milliers de troupes rwandaises en RDC, au-delà de toute justification défensive contre le FDLR, visant une conquête territoriale et le pillage des ressources minières, tels que les minerais 3T (étain, coltan, tungstène).

D'un côté, une certaine opposition en exil invoque Sun City pour un pacte social radical, médié par la CENCO-ECC, dont les récentes déclarations minent la neutralité, afin de déconstruire un système qu'elle juge illégitime.

De l'autre, Tshisekedi trace des lignes rouges infranchissables - dialogue sur sol congolais, exclusion des criminels, refus de relativiser l'agression rwandaise reconnue par l'ONU, les États-Unis et la communauté internationale.

Dans ce bras de fer, des voix, comme celles de la Démocratie Chrétienne et des anciens représentants des chefs de délégation de l'opposition non armée à Sun City, plaident pour un dialogue national authentique, non pas comme un partage de pouvoir, mais comme un pilier pour reconstruire la cohésion interne et forger une stratégie de défense commune.

Cette position, ferme contre les « solutions de façade » et celles qui sous-estiment le contexte historique actuel, est pleinement soutenue par votre serviteur, Eugène Diomi Ndongala, qui y voit un écho à sa vision d'une RDC unie, souveraine et résiliente face à l'agression extérieure, mais assoiffée de démocratie et de bonne gouvernance.

Le risque est clair : un dialogue mal calibré pourrait rouvrir les plaies du passé, favorisant l'infiltration politique et militaire qui a si souvent miné la souveraineté congolaise, en favorisant les visées hégémoniques de nos agresseurs. En revanche, si bien organisé et conçu avec des acteurs responsables, ce dialogue pourrait devenir le ciment d'une résilience collective.

La balle est dans le camp des acteurs congolais : choisiront-ils la refondation disruptive, inspirée d'un passé qui ne correspond plus à l'actuelle dynamique politique et diplomatique congolaise, ou bien la simple consolidation défensive ? Nous proposons un choix ancré dans l'histoire récente de ce pays et sa volonté de progresser vers une démocratie gouvernante ancrée sur la bonne gouvernance.

L'histoire de la RDC, jalonnée de trahisons et de résistances, de falsifications de l'histoire et de visions opposées, attend sa prochaine page. Un philosophe et historien, George Santayana, a dit un jour : « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter ». Une troisième voie, empreinte d'équilibre, connaissance de l'histoire de ce pays et centrée sur la cohésion nationale, le respect de l'ordre constitutionnel, le rejet des compromissions faciles avec les acteurs de la géo criminalité, le renforcement du processus de démocratisation ainsi que la bonne gouvernance, est bien possible.

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