Cent soixante-deux morts. C'est le bilan, a minima, de l'attaque terroriste qui a frappé le Nigeria, le 3 février dernier, plus précisément à Woro dans l'Etat de Kwara où les recherches pour retrouver d'autres corps, se poursuivaient, selon plusieurs sources.
Une attaque meurtrière, considérée comme l'un des pires massacres depuis plusieurs mois, au regard de l'ampleur de l'horreur qui a mis le pays dans l'émoi et contraint le gouvernement à déployer des forces supplémentaires dans la région. Une attaque qui intervient aussi moins d'un mois et demi après les frappes américaines contre l'Etat islamique dans le Nord-Ouest du pays où Donald Trump estime que les chrétiens sont « persécutés » et victimes d'un « génocide » perpétré par des « terroristes ».
L'adversaire désigné par Washington, est décidé à faire feu de tout bois
Toujours est-il que dans la foulée de cette intervention militaire, le locataire de la Maison Blanche a procédé au déploiement, au Nigeria, de troupes américaines chargées d'assister l'armée du géant anglophone d'Afrique de l'Ouest dans la lutte contre les forces du mal. C'est dire si cette attaque meurtrière sonne comme un pied-de-nez à l'occupant du Bureau ovale.
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On est d'autant plus porté à le croire que depuis la disparition, en 2021, d'Abubakar Shekau, chef de la secte islamiste Bokom Haram, tué dans des combats entre groupes rivaux, la bête immonde avait considérablement perdu de sa voilure au point que les attaques terroristes avaient baissé en intensité, même si le mal restait persistant. Et l'hydre à têtes multiples paraissait d'autant plus s'être assoupie que depuis quelque temps, les rapts et autres enlèvements de masse qui sont plutôt l'oeuvre de bandits armés, étaient en passe d'éclipser les basses besognes des forces obscurantistes.
Mais avec cette recrudescence des massacres dans un contexte où l'insécurité au Nigeria, est devenue un sujet d'intérêt pour le maître de Washington dont le message laissait entendre que d'autres actions pourraient suivre, tout porte à croire que si elle n'a pas été blessée dans son amour-propre, la pieuvre tentaculaire a été piquée au vif par cette intervention militaire américaine qui se voulait à la fois un message de mise en garde et de fermeté à son égard.
Autant dire qu'au-delà de son opportunité, c'est une intervention qui a pu jeter de l'huile sur le feu dans un pays où les violences terroristes touchent toutes les couches de la population sans distinction de religion. La question qui se pose est de savoir si Donald Trump sera capable d'éteindre le feu qu'il a attisé.
Et, si la présence des forces américaines aux côtés de l'armée nigériane, permettra de venir à bout du fléau. La question est d'autant plus importante qu'au-delà du géant anglophone, c'est toute la sous-région ouest-africaine qui est sous la menace de ces bandes armées aux idéologies obscures qui sont loin de renoncer à leurs idées expansionnistes dans leur volonté de mettre toute la région sous coupe réglée.
Les massacres de Woro ne doivent pas rester impunis
Et tout porte à croire que l'adversaire désigné par Washington, a pris ses menaces au sérieux et est décidé à faire feu de tout bois. C'est dire si cette attaque meurtrière pourrait appeler d'autres actions d'éclats de la part des terroristes. C'est dire aussi si la réponse doit être à la hauteur de la menace. Cela dit, l'on attend de voir ce que feront Washington et Abuja qui ont décidé, depuis les frappes de Noël, de renforcer leur coopération militaire avec la fourniture d'armements par le premier, au second, et le partage de renseignements.
En tout état de cause, les massacres de Woro ne doivent pas rester impunis. Car, par cette attaque, les terroristes font la preuve qu'il faut encore compter avec eux. Et cela appelle de la part des autorités d'Abuja, une réponse vigoureuse à la hauteur de l'ampleur de l'horreur. Et cette réponse doit s'inscrire dans une vision globale et beaucoup plus holistique dans une sous-région qui semble plus que jamais dans le viseur des forces du mal.
Car, pas plus tard que le 4 février dernier, le Bureau de la lutte contre le terrorisme des Nations unies, tirait la sonnette d'alarme et mettait en garde contre la montée de la menace terroriste et la situation d'urgence en Afrique de l'Ouest. Affirmant que la menace reste multipolaire et de plus en plus complexe, avec des groupes terroristes qui « ont continué à s'adapter et à faire preuve de résilience malgré la pression soutenue exercée » sur eux.