Après le retrait du M23, Jean-Jacques Purusi, le gouverneur du Sud-Kivu, affirme que sécurité et services publics reprennent enfin à Uvira.
Le 2 février, à Doha, au Qatar, la République démocratique du Congo et l'AFC-M23 ont signé une déclaration de principes définissant des engagements. Parmi les conditions majeures : un cessez-le-feu effectif et le retrait des forces étrangères présentesdans l'est du pays.
Mais sur le terrain, dans cette région toujours sous tension, les effets concrets de cette signature restent difficiles à percevoir. Jean-Jacques Purusi, gouverneur de la province du Sud-Kivu, est revenu dans la ville d'Uvira il y a moins de trois semaines, après que les rebelles du M23 s'en soient retirés. Nous l'avons interrogé sur l'impact réel de cette avancée diplomatique dans sa province.
Vous êtes de retour à Uvira depuis plusieurs jours. Comment se déroule la reprise ?
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L'armée nationale congolaise ainsi que la Police nationale sont désormais présentes dans la ville et dans ses environs.La sécurité est rétablie : il n'y a plus de coups de feu, plus de personnes circulant avec des armes. Les communautés vivent ensemble, dans une certaine harmonie, et les services de l'État fonctionnent de nouveau. Les banques ont rouvert, les écoles également. Nous remercions tous les acteurs qui contribuent au retour de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans l'ensemble de la sous-région, particulièrement dans l'Est du Congo.
La rébellion affirme pourtant s'être retirée, alors que des combats sont encore signalés à Minembwe et dans d'autres localités comme Point Zéro. La zone est-elle réellement sous votre contrôle aujourd'hui ?
Il faut rappeler que ces zones ont été occupées par le M23 et par plusieurs groupes armés soutenus par le Rwanda, notamment les FNL, les Red-Tabara et d'autres mouvements. Ces groupes opèrent toujours aux côtés du M23 et continuent d'effectuer des incursions dans le territoire d'Uvira.
Les accords de paix, qu'ils aient été signés au Qatar ou à Washington, prévoient clairement que le M23 doit se retirer dans les zones qu'il occupait avant ces discussions, notamment à Kamanyola ou à Bijombo, par exemple. Ces entités sont à une quinzaine ou vingtaine de kilomètres d'Uvira. Nous demandons aux acteurs internationaux, garants de ce processus, de prendre les mesures nécessaires et d'imposer des sanctions contre ceux qui violent ces accords, en particulier le M23 soutenu par le Rwanda.
Un protocole d'accord a été signé au début de la semaine à Doha entre la RDC et le M23. Concrètement, quelles sont les retombées sur le terrain ?
L'accord signé à Doha n'apporte pas encore de solution définitive, mais il redonne de l'espoir. Chaque fois queles deux parties se rencontrent pour avancer dans le processus de paix, c'est un signal positif. La frontière terrestre entre le Burundi et la RDC n'est pas encore rouverte, mais nous recevons de nombreuses sollicitations pour que cela se fasse rapidement. En revanche, dès la signature, nous avons rouvert les activités sur le lac Tanganyika.
Les échanges ont repris, ce qui crée de l'emploi et relance le commerce. Nous encourageons donc la poursuite du dialogue. Cela doit cesser : la population est épuisée par 30 ans de guerre. Dans toute la sous-région, les habitants réclament la paix. Il y a trop de morts, trop de blessés, trop de déplacés -- pour rien.
Une dernière question. Vu la distance géographique, avez-vous le sentiment que ce qui se passe à l'Est ne suscite pas suffisamment d'attention à Kinshasa ?
Pas du tout. L'unité a toujours fait la force de ce pays. Il existe aujourd'hui des éléments qui cimentent réellement la cohésion nationale. L'armée, par exemple, joue un rôle essentiel : sur le front, ici à Uvira comme ailleurs à l'Est, les jeunes militaires viennent du Kasaï, du Bas-Congo, de l'Équateur, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu... de partout. Cette diversité fait notre force.