Érigé sur une superficie de 2 hectares sur les 3 affectés par les populations autochtones et la commune d'Oukout, le Collège d'enseignement moyen (Cem) de Boukitingho, à travers son club « Éco-école de Boukitingho », est un exemple abouti de bonne pratique écologique. Cet établissement du département d'Oussouye, presque désertique en 2018, est, aujourd'hui, transformé en un parc végétal par les élèves et le corps professoral qui en ont fait un incubateur agro-écologique et entrepreneurial.
De l'extérieur, on se croirait devant une école ordinaire comme on en trouve presque partout. La clôture cache le décor intérieur. Mais dès qu'on franchit le portail du Cem de Boukitingho, on est attiré par une douceur environnementale que l'on ne retrouve presque dans aucun établissement scolaire de la région de Ziguinchor. Dans la cour, le climat est tempéré par la diversité des espèces végétales dont des arbres fruitiers qui, en plus de procurer de l'ombre durant les heures de pause, améliorent la qualité nutritive des usagers.
Situé à quelques dizaines de mètres du village de Diakène, sur l'axe routier Ziguinchor-Cap Skirring, le Cem de Boukitingho est construit sur les terres du village éponyme. Il polarise cinq localités de la commune d'Oukout que sont Diantène, Diakène Diola, Diakène Wolof, Essaout et Boukitingho. Son effectif est de 263 élèves, encadrés par 13 enseignants, 3 surveillants avec à leur tête, un principal.
La vie socio-éducative dans ce Cem est une harmonie secrétée par une idylle avec la nature qui dure depuis maintenant sept années. « Cette histoire a démarré en octobre 2018. Je venais juste d'être affecté au Cem. Ayant constaté un manque d'espèces végétales, surtout fruitières, au sein de l'établissement, je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose pour améliorer le cadre de vie. Avec l'aval du principal, nous avons créé un club environnement qui est devenu, aujourd'hui, "Éco-école de Boukitingho" », renseigne Mamadou Lamine Djiba, professeur d'histoire et de géographie dans cet établissement, par ailleurs coordonnateur dudit club.
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Au départ, mentionne-t-il, ce n'était pas facile d'avoir l'adhésion des élèves. Seulement 10 d'entre eux, poursuit M. Djiba, avaient manifesté de l'intérêt. Ce sont eux qui ont apporté les graines de chez eux pour les premiers semis.
Plus de 300 espèces végétales entretenues
« Pour convaincre la masse, nous avons organisé une conférence avec l'écologiste Haïdar El Ali (ancien ministre de l'Environnement du Sénégal). Pour l'occasion, nous avons confectionné des t-shirts. L'activité a connu un succès et a incité les élèves à adhérer progressivement », explique-t-il. À ce jour, informe l'encadreur, plus de 90% des élèves sont membres du club « Éco-école de Boukitingho ». Cette adhésion massive a permis de multiplier, en un temps record, les plantations dans le périmètre de l'établissement.
Le club environnement « Éco-école de Boukitingho », actuellement présidé par Nafi Ba, élève en classe de 4e, assure, en parfaite collaboration avec le gouvernement scolaire, la gestion du cadre de vie, sous la supervision du coordonnateur. Ce travail, dans l'harmonie, a permis d'avoir plus de 300 espèces entretenues au sein du collège.
« Il y a des agrumes comme des citronniers, des limes de Tahiti, des mandariniers, des orangers de plusieurs catégories. Nous avons des papayers de plusieurs espèces, des bananiers, des avocatiers, des manguiers et plein d'autres espèces. Il y a aussi des produits maraîchers », mentionne Mlle Ba, qui signale que l'entretien de ce mini verger se fait pendant les heures de pause, quand un enseignant est absent ou encore pendant les cours expérimentaux de science.
Elle rappelle que dans la vision du club « Éco-école de Boukitingho », un volet non négligeable est inscrit en priorité : « le reboisement des espèces en voie de disparition ». Cette dernière est élue en se basant sur des critères de performance dans les études. Elle est appuyée dans sa tâche par des commissions, parmi celles-ci, la brigade verte et la commission récolte et vente. « La brigade verte est chargée de veiller au respect de la salubrité de l'établissement. Elle a le pouvoir de sanction contre tout élève qui jette du plastique au sein ou aux alentours du Cem. La sanction, c'est 10 arrosoirs remplis d'eau pour les plantes », souligne Mamadou Lamine Djiba.
Pour ce qui est de la commission récolte et ventes, ajoute-t-il, elle joue le rôle de commercial. « Elle assure la cueillette et la commercialisation de tous les produits, des pépinières aux fruits, en passant par les légumes », renseigne-t-il. Les bénéfices générés, précise M. Djiba, sont utilisés pour assurer la restauration des élèves pendant les périodes de devoirs, de compositions et des journées de sensibilisation sur la nutrition.
Une autonomisation visée pour soulager l'État
Ils servent aussi, ajoute-t-il, à aider dans la bonne marche de l'établissement. « Vous conviendrez donc, avec moi, qu'en plus de l'éducation environnementale, nous initions les élèves à l'entrepreneuriat », justifie le professeur Djiba. Il est, en effet, convaincu que tous n'auront pas la chance de faire de longues études. Par conséquent, certains pourront sortir de cet établissement avec le minimum nécessaire pour auto entreprendre.
Le club « Éco-école de Boukitingho » ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Il a des perspectives bien définies pour faire de l'établissement un exemple au Sénégal. « Nous avons deux bâtiments en construction, pour démarrer l'élevage de poules de races que nous allons croiser avec des poules locales. Cette volaille va se nourrir principalement avec des aliments que nous allons produire », note le coordinateur du club. Ce sera, étaye-t-il, à partir de la capture et de l'élevage de termites, riches en protéine et des compléments végétaux.
Cela permettra, souligne-t-il, aux enfants de se familiariser avec les techniques bio d'élevage de volaille. « Nous envisageons également d'exploiter les 10.000 m2 qui restent avec du maraîchage et des agrumes. Ceci pour générer encore plus de revenus pouvant nous permettre de prendre en charge tous les besoins du Cem et des élèves, afin de soulager les pouvoirs publics de toutes ces charges », dixit Mamadou Lamine Djiba. Mais, précise-t-il, sans jamais reléguer au second plan l'objectif principal de tout établissement qui est la réussite scolaire des élèves.