Mali: Le journaliste Youssouf Sissoko emprisonné pour un article critique sur le président du Niger

Au Mali, le directeur de publication du journal « L'Alternance », Youssouf Sissoko, a été arrêté et placé sous mandat de dépôt ce jeudi 5 février. Il est poursuivi notamment pour « offense à un chef d'État étranger » après la publication d'un article mettant en doute des déclarations du président nigérien Abdourahamane Tiani. Le Niger est un allié du Mali au sein de l'AES (Alliance des États du Sahel).

Youssouf Sissok a été conduit à la maison centrale d'arrêt de Bamako. Selon plusieurs membres de son entourage et des organisations maliennes de journalistes, Youssouf Sissoko est poursuivi pour « atteinte au crédit de l'État », « offense à un chef d'État étranger » et « diffusion de fausses informations ».

Sollicité par RFI, le procureur du pôle judiciaire anti-cybercriminalité, à l'origine de la procédure, n'a pas donné suite. Plusieurs organisations maliennes de presse sont mobilisées, mais n'ont pas souhaité commenter à ce stade.

Incompétence ou mensonge

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Lundi dernier, L'Alternance titrait en Une : « Le général Tiani sous le coup de l'émotion accuse Macron, Ouattara et Talon », en référence aux propos tenus par le président nigérien contre les présidents français, ivoirien et béninois, après l'attaque de l'aéroport de Niamey la semaine dernière. Attaque revendiquée par l'État islamique au Sahel.

« Soit ses services de renseignement sont d'une incompétence abyssale, soit il ment délibérément. (...) la seconde option semble la plus vraisemblable », peut-on encore lire dans l'article signé par Sambou Sissoko, un analyste politique ouvertement opposé aux régimes militaires de l'AES et qui vit en exil hors du Mali.

Reprise

D'abord diffusé sur les réseaux sociaux par son auteur, puis repris par le journal L'Alternance, l'article démonte de façon très argumentée mais aussi très critique la rhétorique complotiste du général Tiani et les objectifs politiques qu'elle sert.

Le procès de Youssouf Sissoko a été fixé au 9 mars.

Répression

Avant lui, depuis le début de la Transition il y a cinq ans et demi, d'autres journalistes maliens ont été arrêtés et, pour certains, condamnés après des articles ayant déplu aux autorités maliennes de Transition.

Plusieurs médias nationaux ont également été suspendus. Les journalistes maliens qui ne se sont pas exilés pratiquent largement l'auto-censure pour éviter les problèmes. Enfin, plusieurs médias internationaux ont été interdits dans le pays : RFI et France 24 dès 2022, mais aussi TV5 ou encore Jeune Afrique, dernier exemple en date, le mois dernier.

Les personnalités politiques et les militants de la société civile tenant des propos jugés trop critiques connaissent la même répression.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.