Longtemps capturée à l'état sauvage, la grenouille pourrait bientôt devenir un produit d'élevage structuré en Côte d'Ivoire. À la croisée de la sécurité alimentaire, de la recherche scientifique et de l'entrepreneuriat vert, la raniculture s'impose peu à peu comme une filière émergente à fort potentiel.
Issue du latin rana (grenouille) et cultura (élevage), la raniculture regroupe l'ensemble des techniques d'élevage contrôlé des grenouilles, notamment à des fins alimentaires. En Côte d'Ivoire, la consommation de cet amphibien est bien ancrée dans les habitudes, surtout dans la région du Tonkpi. Toutefois, elle repose encore majoritairement sur la collecte en milieu naturel, avec des risques pour les écosystèmes.
Pourtant, les bases scientifiques existent. Des chercheurs ivoiriens, parmi lesquels les professeurs Assemien, Tohe, N'Guessan, ainsi que les docteurs Blé et Oungbe Kary Venance, ont conduit des travaux approfondis sur Hoplobatrachus occipitalis, une grenouille comestible très prisée. Nutrition, reproduction, domestication, parasitologie et études socio-économiques ont permis de mieux cerner le potentiel de cette espèce.
« La science a déjà fait sa part. Le défi aujourd'hui, c'est de passer de la recherche à la production organisée », explique le Dr Kary Venance Oungbe, expert en raniculture et fondateur de l'entreprise Anoures Expertise.
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En Asie, notamment en Chine, en Indonésie et en Thaïlande, la grenouille est élevée à grande échelle. En 2023, la Thaïlande a produit plus de 2 200 tonnes de viande de grenouille destinées au marché local et à l'exportation. « Ces pays prouvent qu'on peut concilier rentabilité, durabilité et adaptation au climat », souligne le Dr Oungbe.
Convaincu du potentiel africain, il milite pour la structuration de la filière à travers la formation des producteurs, l'installation de fermes spécialisées et l'adaptation des étangs piscicoles existants. « La raniculture peut créer des emplois ruraux, diversifier les sources de protéines animales et renforcer notre souveraineté alimentaire », insiste le spécialiste.
Président de l'Association des raniculteurs d'Afrique, l'Ivoirien appelle à un changement de regard : « L'Afrique doit croire en ses propres solutions. La grenouille n'est pas un animal marginal, c'est une ressource stratégique », conclut-il.
En filigrane, la raniculture invite ainsi la Côte d'Ivoire, et plus largement l'Afrique, à transformer une pratique traditionnelle en une industrie durable d'avenir, où innovation, science et sécurité alimentaire avancent désormais d'un même pas.