L'ancien président centrafricain, François Bozizé, en exil en Guinée-Bissau, pourrait être jugé par contumace, offrant enfin aux victimes de longues années d'injustice la perspective d'un procès et d'une reconnaissance de leurs souffrances.
La Chambre d'instruction de la Cour pénale spéciale (CPS) a saisi la Chambre d'assises qui devrait annoncer prochainement la tenue d'une première audience. François Bozizé est poursuivi pour des actes commis dans la prison civile de Bangui et au Centre d'instruction militaire de Bossembelé, où il aurait fait interner, torturer et assassiner ses opposants. Ses trois coaccusés sont déjà incarcérés et leurs dossiers prêts à être jugés. Pour les victimes, la perspective d'une audience représente un soulagement.
Maximilien Proson, ancien détenu, se remémore : « Il faut que lui-même soit jugé et condamné. Nous qui ne sommes rien, on est venu nous arrêter sans procédure pénale, on nous a transférés et incarcérés dans la prison de Bossembélé pendant une année et demie ». Il ajoute avoir perdu sa famille et son travail : « Jusqu'à présent, ma vie n'est plus ce que j'ai eu à vivre auparavant ».
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De son côté, Francisco Ouilibona, commerçant emprisonné à Bossembelé en 2010, explique : « Dans mon procès-verbal, ils ont tenté de falsifier les faits, m'attribuant certains propos que je n'ai jamais tenus. J'ai refusé, mais le substitut du procureur m'a condamné. J'ai perdu mon capital et ma famille ».
Un jugement par contumace probable
Les autorités bissau-guinéennes refusent d'extrader François Bozizé, malgré le mandat d'arrêt international délivré par la CPS. Gervais Bodagaye, chef de la division communication de la CPS, précise : « François Bozizé sera jugé dans une affaire jointe. La Cour pénale spéciale va commettre un avocat d'office chargé de présenter des éléments permettant de décharger l'accusé ».
Les victimes continuent d'espérer que les autorités bissau-guinéennes reviennent sur leur décision, permettant à Bozizé de comparaître personnellement et d'assurer la transparence du procès.
Le jugement par contumace, bien qu'inédit, reste une étape décisive pour la justice en Centrafrique, marquant un moment crucial dans la lutte contre l'impunité et offrant enfin aux victimes la reconnaissance de leurs droits et souffrances.