Afrique de l'Ouest: Mutations du terrorisme en Afrique de l'ouest - Quelles stratégies pour s'adapter : Experts et société civile appellent à un changement de paradigme

6 Février 2026

À l'occasion de son 10e anniversaire, le Timbuktu Institute a organisé, le mercredi 4 février 2026, un panel consacré à un thème brûlant d'actualité, au coeur des préoccupations sécuritaires régionales : « Mutation du terrorisme en Afrique de l'Ouest : quelles stratégies pour s'adapter ? ». Chercheurs, experts et acteurs de la société civile ont confronté analyses et diagnostic sur l'évolution du djihadisme dans la région et les réponses à y apporter.

Modérés par la journaliste Mame Diarra Diop, les débats ont réuni Bacary Samb, directeur du Timbuktu Institute, le Dr Lassina Diarra, spécialiste des dynamiques sécuritaires et judiciaires, et Alioune Tine, fondateur d'Africa Jom Center. Tous ont convergé sur un constat central, qui est le terrorisme en Afrique de l'Ouest a profondément changé de nature.

Dans son propos introductif, Bacary Samb a souligné que les groupes djihadistes ne se présentent plus comme des organisations idéologiques importées et verticalement structurée, à l'image d'Al-Qaïda. Ils s'enracinent désormais dans les conflits locaux, notamment fonciers et intercommunautaires, qu'ils instrumentalisent en leur conférant une coloration religieuse. Cette « endogénéisation » du phénomène constitue, selon lui, inflexion profonde, rendant illusoire l'hypothèse d'une victoire exclusivement militaire.

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« Nous sommes entrés dans une phase de maturation du conflit », a-t-il souligné, estimant qu'une victoire militaire totale est désormais illusoire, tout comme l'effondrement des États par les groupes armés. Cette nouvelle réalité impose, selon Bacary Samb, de dépasser le tout-sécuritaire pour envisager des solutions politiques, incluant la médiation et le dialogue, y compris avec des acteurs armés enracinés dans les sociétés locales.

Abondant dans le même sens, le Dr Lassina Diarra a insisté sur la nécessité de distinguer la lutte armée de l'éradication durable du terrorisme. Selon lui, la coopération internationale bien qu'utile en matière de renseignement et d'opérations militaires, n'a pas permis de traiter les causes profondes du phénomène. Pour le chercheur, l'échec réside moins dans « l'absence de l'État » que dans le manque de professionnalisme, de gouvernance et de réponses sociales adaptées.

Corruption, exactions, marginalisation des populations et dysfonctionnements institutionnels nourrissent les frustrations exploitées par les groupes extrémistes. « L'éradication relève avant tout de la responsabilité des États », a-t-il martelé, appelant à des politiques courageuses sur les plans social, économique et politique. Le Dr Diarra a également attiré l'attention sur les risques de radicalisation en milieu carcéral et sur la nécessité de renforcer la prévention idéologique, notamment par la promotion de référents religieux nationaux capables de faire barrage aux discours extrémistes venues de l'extérieur.

Gouvernance, jeunesse et crise de l'État social

Elargissant le débat, Alioune Tine a relié la progression du terrorisme à la crise de l'État social et à la marginalisation de la jeunesse. Il a décrit des trajectoires marquées par Selon lui, les politiques économiques libérales, combinées à la faiblesse des services publics, ont fragilisé le lien entre l'État et les citoyens, notamment dans les zones périphériques.

Il a décrit trois trajectoires chez les jeunes marqués par l'exil, la révolte ou l'enrôlement dans des groupes armés, nourries par le chômage, la fermeture des écoles et l'absence de perspectives économiques. Il a également plaidé pour une refondation de la coopération régionale et pour des dialogues nationaux inclusifs, associant pleinement la société civile et renforçant la décentralisation.

Au terme des échanges, un consensus s'est dégagé sur la nécessité d'adopter des stratégies endogènes, souples et mixtes, combinant réponses sécuritaires, prévention, développement local et dialogue politique. Les intervenants ont insisté sur l'importance de traiter en profondeur les causes sociales et politique de la violence, de restaurer la confiance entre l'État et les populations condition indispensable à une paix durable en Afrique

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