On doit saluer l'effort de pédagogie du ministre Osman Mahomed. Rares sont les membres du gouvernement qui prennent le temps d'expliquer une réforme technique, d'en détailler les mécanismes, d'en affronter les critiques, puis d'aller répondre directement aux questions des lecteurs et internautes. Son passage dans Décryptage, au QG de l'express hier, n'était pas un exercice de communication. C'était un rappel à l'ordre.
Car derrière le retour du permis à points, il n'y a pas une lubie bureaucratique. Il y a une réalité brutale : nos routes tuent. Chaque année, on empile les statistiques. Chaque année, on s'indigne quelques jours. Puis on passe à autre chose. Mais les chiffres ont cette capacité perverse de neutraliser la tragédie. Derrière chaque décès, il y a une famille brisée. Derrière chaque blessé grave, une trajectoire de vie interrompue.
Jean Todt parlait d'une «pandémie silencieuse». Maurice en est l'un des foyers. Avec un taux de mortalité routière autour de 10-11 pour 100 000 habitants, nous sommes loin des pays qui ont fait de la discipline routière une politique publique sérieuse.
Le permis à points arrive donc à point nommé.
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Il enterre enfin le Cumulative Road Traffic Offence (CRTO), bricolage inefficace hérité du passé, amendé à répétition sans jamais produire les effets attendus. Les chiffres sont sans appel : entre 2013 et 2015, sous l'ancien système de permis à points, les décès avaient reculé de 13 %. Depuis l'abandon de ce dispositif, les disqualifications se sont multipliées... sans que la mortalité ne baisse.
La différence est simple : le permis à points agit sur la psychologie du conducteur. Il introduit ce que le ministre appelle le fear factor. Pas la peur aveugle, mais la conscience permanente qu'un comportement irresponsable vous rapproche de la perte de votre permis. Conduire n'est pas un droit. C'est un privilège.
Le nouveau système est plus large, plus précis, plus moderne. Trente-trois infractions sont désormais concernées, regroupées autour de quatre causes majeures d'accidents : vitesse, distraction, défaut de retenue (ceinture, siège enfant), et conduite dangereuse. Les points s'accumulent sur 36 mois. À 16 points, c'est la disqualification. Pour les apprentis conducteurs, le seuil est encore plus bas. Une nouveauté importante : la possibilité de «racheter» jusqu'à trois points via un cours de réhabilitation, à condition d'avoir déjà accumulé au moins dix points. Une logique corrective plutôt que purement punitive.
Autre rupture : la digitalisation. Chaque conducteur pourra consulter son solde via une plateforme sécurisée. Fini l'oubli commode. Votre historique vous suit.
Ceux qui crient à la «machine à cash» devraient relire le texte : aucune amende n'a été augmentée dans le barème des infractions courantes. L'objectif n'est pas de remplir les caisses de l'État. Il est d'écarter les récidivistes de la route - temporairement ou durablement - et de forcer un changement de comportement.
Mais soyons clairs : cette réforme ne fonctionnera que si elle est appliquée. Sans contrôles factices. Sans complaisance. Sans radar qui s'éteint à l'approche d'une échéance électorale. Sans tolérance folklorique pour l'alcool au volant ou les rodéos à motos.
Et c'est là que nous sommes tous concernés.
Car pendant que l'État renforce l'arsenal légal, certains continuent de confondre nos routes avec des circuits de Formule 1. Dépassements suicidaires, téléphones en main, accélérations dans les zones résidentielles, mépris total pour les piétons. Ces chauffards ne sont pas des abstractions statistiques. Ils sont nos voisins. Nos collègues. Parfois nous-mêmes.
Le permis à points est un signal. Un ultimatum collectif.
Reste l'essentiel : l'exécution. Police, tribunaux, systèmes informatiques, formation, suivi des données - tout devra fonctionner ensemble. Sans cela, la loi rejoindra le cimetière des bonnes intentions.
Ce texte peut sauver des vies. À condition que chacun comprenne enfin que conduire engage une responsabilité sociale.