Invité de l'émission Décryptage diffusée hier, le ministre du Transport terrestre, Osman Mahomed, s'est longuement exprimé sur la situation préoccupante du transport public, marquée par une recrudescence d'agressions visant les employés du secteur. Une actualité, ravivée par une série de vidéos virales impliquant un receveur d'autobus de la Compagnie nationale de transport (CNT), qui a remis au centre du débat la question de la sécurité dans les autobus.
La polémique a d'abord éclaté autour d'une altercation entre des élèves du collège Lorette de Saint-Pierre et un receveur d'autobus, scène filmée et largement relayée sur Facebook. Mais l'affaire a pris une tournure plus grave hier, lorsqu'une nouvelle vidéo est apparue sur les réseaux sociaux. Celle-ci montre des parents d'élèves agressant le même receveur, suscitant une vague d'indignation.
Les faits se sont produits le mercredi 4 février, après les heures de classe, à St-Julien d'Hotman. Le receveur, qui assurait une ligne de transport pour des collégiens de l'Est, aurait été pris à partie par des parents mécontents. Ces derniers sont montés à bord de l'autobus et s'en seraient pris verbalement puis physiquement à l'employé, lui reprochant de ne pas avoir autorisé leurs enfants à monter dans le véhicule.
Selon le receveur, l'autobus était déjà en surnombre, avec environ 84 élèves à bord, une situation qui ne lui permettait pas d'accueillir davantage de passagers sans compromettre la sécurité de tout un chacun.
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Après l'incident, l'autobus s'est dirigé vers le poste de police de St-Pierre, où le receveur a relaté les faits avant de reprendre sa route. Une plainte formelle a été déposée le jour même au poste de police de Lallmatie. Le receveur affirme également avoir été délesté d'environ Rs 1 000 de sa recette. De son côté, la CNT a ouvert une enquête interne.
Réagissant sur sa page Facebook, le ministre Osman Mahomed a indiqué attendre un rapport complet du directeur général de la CNT sur ce qu'il a qualifié de «mauvais feuilleton». Lors de son intervention dans Décryptage, il a insisté sur la nécessité de dépasser l'émotion et les polémiques pour s'attaquer aux causes profondes des tensions récurrentes dans le transport public. «On ne peut pas continuer à gérer ces situations au cas par cas. Il faut des solutions durables et un cadre légal plus robuste», a-t-il souligné. Cette position est largement partagée par les représentants syndicaux.
Avinash Goopynauth, membre exécutif du National Transport Corporation Employees Union au dépôt de Rivière-du-Rempart, tire la sonnette d'alarme. «Les mentalités ont changé. La loi doit être plus efficace. Combien de personnes ont agressé des travailleurs du transport mais la loi n'a jamais été appliquée», déplore-t-il.
Selon lui, les employés du transport font face quotidiennement à des insultes, des menaces et parfois des agressions physiques, dans un climat où la peur de la loi s'est estompée. Avinash Goopynauth regrette également que, dans cette affaire, l'accent ait été mis sur la visite du ministre au collège, sans que la version du receveur agressé ne soit suffisamment entendue.
«Le bus à ce moment-là était rempli. Il ne pouvait pas prendre plus de passagers, car c'est aussi une question de sécurité», rappelle-t-il. Le syndicaliste affirme que les employés espèrent voir les agresseurs arrêtés et traduits en justice. «Bizin trape ferme e pa donn kosion», martèlet-il, tout en disant attendre de voir quelles actions concrètes seront prises par les autorités avant de décider de la marche à suivre.
Interrogé sur les moyens de mieux protéger les employés du secteur, Osman Mahomed a annoncé l'entrée en vigueur prochaine du Bus Services Bill, un texte de loi présenté comme un tournant majeur pour redresser durablement le transport public routier à Maurice. Ce projet de loi vise à offrir un nouveau socle juridique au fonctionnement des services d'autobus, en plaçant la sécurité, la qualité de service et la fiabilité au coeur du système. Le Bus Services Bill prévoit des obligations claires pour les opérateurs et leurs employés, tout en définissant précisément les droits et responsabilités des passagers.
Parmi les principales mesures figurent l'introduction de codes de conduite pour les conducteurs, receveurs et usagers, la simplification des procédures de permis, ainsi que l'encadrement formel de fonctions clés telles que les stand regulators et les traffic officers. Le texte prévoit également la mise en place d'un système de gestion de flotte, l'installation de GPS et de caméras CCTV dans les autobus - notamment pour la protection des employés -, un dispositif permettant aux passagers de suivre les horaires en temps réel, ainsi qu'une modernisation du paiement avec l'introduction progressive de tickets sans cash.
Autre volet sensible : le ministère du Transport et la National Land Transport Authority auront accès aux comptes des opérateurs afin de renforcer le contrôle financier et les audits, dans un souci de transparence et de bonne gouvernance. Pour le ministre, il s'agit d'un pas indispensable pour restaurer l'ordre, dans un secteur essentiel au quotidien de milliers de Mauriciens. En attendant, le permis à point est entré en vigueur le 31 janvier et la police a transmis un premier bilan.