Ile Maurice: Les changements climatiques font suer nos amis les bêtes

Les conditions climatiques influencent aussi le monde animal. Si certaines espèces sont naturellement adaptées aux variations de température ou de pluviométrie, les changements environnementaux et les phénomènes extrêmes exercent aujourd'hui des pressions croissantes sur la faune.

Vikash Tatayah, directeur de la conservation à la Mauritian Wildlife Foundation, explique que pour les animaux endémiques, ces variations font partie des conditions auxquelles ils sont habitués. «Ces espèces ont évolué dans les Mascareignes pendant des milliers d'années. Les variations à court terme de température, d'humidité ou de pluviométrie ne posent généralement pas de problème, car ces animaux sont adaptés à ces conditions», précise-t-il.

Le véritable enjeu réside dans la dégradation de l'écosystème. «Aujourd'hui, notre environnement n'est plus le même qu'auparavant, quand l'écosystème était en meilleur état. Cela crée des pressions supplémentaires sur la faune», souligne-t-il.

Les changements climatiques à long terme et les phénomènes extrêmes représentent également un défi pour les animaux. Les sécheresses prolongées ou les pluies intenses, qui deviennent plus fréquentes, peuvent perturber la reproduction et le développement des jeunes animaux.

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«Par exemple, sur la côte est, l'intensité des pluies a augmenté au cours des cinquante dernières années. Pour la crécerelle mauricienne, ces épisodes prolongés ont un impact direct sur le nourrissage des jeunes dans le nid. Si la pluie est intense pendant une journée, les parents peuvent encore nourrir les petits le lendemain sans problème. Mais si ces épisodes durent trois ou quatre jours, les jeunes ne sont pas correctement alimentés pendant une période critique de leur développement. Cela peut affecter leur croissance et avoir des conséquences à long terme sur leur vie», explique Vikash Tatayah.

À court terme, les périodes de chaleur normales, comme celles que nous connaissons actuellement, n'ont généralement pas d'effet significatif sur ces oiseaux, car elles restent dans la moyenne de conditions auxquelles ils sont adaptés.

Vincent Florens, écologue et Associate Professor au Department of Biosciences and Ocean Studies, à l'université de Maurice, complète ce point en soulignant que toute espèce, surtout native dans une région donnée, est généralement adaptée à la variation naturelle des facteurs environnementaux dans son habitat, y compris la température, l'humidité entre autres, cela à travers la sélection naturelle qui a agi sur ses ancêtres.

«Dans ce contexte, même si de fortes températures par exemple peuvent affaiblir, voire causer la mort d'un animal, ce n'est pas vraiment un problème pour son espèce qui de toute façon doit essuyer une mortalité naturelle.»

En revanche, fait-il ressortir, le problème surgit quand les fluctuations de facteurs environnementaux dépassent les amplitudes naturelles, poussant les animaux à être exposés à des conditions auxquelles ils ne sont pas forcément bien adaptés. A titre d'exemple, le réchauffement climatique anthropique, soit celui causé par l'activité humaine, induit des vagues de chaleur record et là, on peut observer de fortes mortalités qui peuvent mettre les espèces impactées en danger, comme ce qui se passe en ce moment même en Australie où des milliers de chauves-souris meurent dans la vague de chaleur frappant le sud-est du pays.

Autre exemple, le blanchiment des coraux au cours d'épisodes d'excessives chaleurs, qui peuvent entraîner la mort des coraux et enclencher des effets néfastes en cascades sur le milieu marin, pouvant se faire ressentir des années et même des décennies après un seul épisode de température excessive. Mais à cela, explique l'écologue, il faut ajouter que même si les conditions environnementales ne dépassent pas la variabilité naturelle, les extrêmes de ces conditions sont devenus aujourd'hui plus problématiques et létaux qu'avant pour les espèces, surtout natives.

«Cela parce que l'humain a profondément changé l'environnement de beaucoup de façons. Un exemple simple est la fragmentation des habitats. Avant, les animaux pouvaient migrer facilement à travers leurs habitats quand certaines conditions devenaient moins propices à leur survie. Aujourd'hui de telles migrations sont devenues beaucoup plus difficiles voire impossibles dans certains cas, parce que les lambeaux d'habitats laissés par la déforestation massive qu'a connue l'île - plus de 95 % d'habitat naturel terrestre détruit - sont aujourd'hui isolés les uns des autres, ce qui entrave les migrations, par exemple vers des zones plus fraîches en altitude pour échapper et survivre à de trop fortes chaleurs.»

Les animaux d'élevage, tels que les bovins, la volaille et les porcs, sont tout aussi sensibles aux conditions climatiques. Les variations climatiques affectent non seulement leur bien-être, mais aussi la quantité et la qualité de leur production. Les conditions climatiques peuvent entraîner une baisse de l'appétit, une diminution de la production de lait ou d'oeufs, un ralentissement de la croissance, ainsi qu'un affaiblissement du système immunitaire. Dans certains cas, une exposition prolongée à la chaleur ou à l'humidité excessive peut provoquer des pertes.

Production d'oeufs en baisse

«Par exemple, chez les truies, certaines peuvent souffrir ou mourir lorsqu'il fait trop chaud. Le stress thermique peut également réduire la qualité et la quantité de lait, affectant la croissance des porcelets», illustre Michael Marguerite, éleveur et président de la Mauritius Pig Marketing Cooperative Federation. «Même si les porcs tolèrent la chaleur, il faut leur fournir beaucoup d'eau et veiller à les mouiller régulièrement, ce qui nécessite plus de soins. Il est aussi préférable de les nourrir tôt le matin ou en fin de journée, quand il fait moins chaud», ajoute-t-il.

«Chez les poules pondeuses, la production d'oeufs diminue sous l'effet de la chaleur ou de l'humidité excessive. Le climat influence leur comportement et leur rythme naturel de ponte, les stressant et perturbant leur production. Le manque de lumière et de ventilation accentue également ce stress», signale-t-il. Chez les bovins, ces conditions peuvent diminuer la production de lait et affecter la fertilité, ralentissant la croissance des animaux et rendant les vaches plus vul- nérables aux maladies.

Bien que les épisodes de chaleur et d'humidité affectent également les animaux domestiques, ceux-ci disposent généralement d'un maître, d'abris et de soins adaptés, ce qui les protège mieux que les espèces sauvages ou d'élevage. Même les insectes, comme les cafards ou les fourmis, deviennent plus visibles avant ou pendant les périodes cycloniques, cherchant refuge ou nourriture, ce qui rappelle que tous les animaux, du plus petit au plus grand, sont sensibles aux variations climatiques.

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