La rencontre a mis en évidence un malentendu central, né de l'usage imprécis de mots pour qualifier la situation financière du pays. En économie publique, il a été indiqué que, la notion de « dette cachée » ne correspond à aucune catégorie analytique reconnue. Le rapport de la Cour des comptes ne l'emploie d'ailleurs pas. Il est plus juste de parler de dettes contractées hors du circuit budgétaire classique, sans inscription préalable ni autorisation parlementaire. Cette précision n'est pas anodine. Elle déplace le débat d'une supposée dissimulation vers un problème plus profond de gouvernance et de fonctionnement des finances publiques.
Cette clarification a ouvert un débat sur la soutenabilité de la dette. Les économistes ont insisté sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un état figé, mais d'une dynamique liée à la capacité future de l'économie à produire de la richesse. Si certains ont jugé le niveau actuel préoccupant, en raison du poids croissant du service de la dette sur le budget, d'autres ont estimé qu'une dette élevée peut rester soutenable si la croissance repart, si les recettes fiscales progressent et si la discipline budgétaire est restaurée. Deux approches se sont ainsi opposées. L'une, immédiate et comptable, l'autre, plus globale et prospective.
Des divergences sont apparues autour de la question de la restructuration, notamment s'agissant de la dette bancaire. Pour les partisans de son inclusion, celle-ci fait partie intégrante de l'endettement de l'État et l'exclure reviendrait à déplacer le risque sans le traiter. Une restructuration partielle manquerait, selon eux, de crédibilité. À l'inverse, une mise en garde contre un choc systémique a été évoquée qui, en intégrant la dette bancaire pourrait fragiliser le système financier, provoquer une contraction du crédit et affecter directement l'économie réelle.
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La croissance a fait l'objet d'un large consensus. Sans elle, aucune stratégie de désendettement n'est viable. Les intervenants ont souligné les limites d'une austérité strictement budgétaire, jugée économiquement inefficace et socialement risquée. La croissance apparaît comme le principal vecteur pour élargir l'assiette fiscale et réduire mécaniquement le poids de la dette, à condition qu'elle soit durable, inclusive et soutenue par des réformes structurelles crédibles.
Dans ce contexte, la stabilité du franc CFA et le rôle de la Banque centrale ont été présentés comme des facteurs de résilience. Le cadre monétaire a permis de contenir les tensions, de limiter l'inflation et de préserver la confiance des partenaires extérieurs, offrant aux États une précieuse marge de temps. Mais ce répit reste fragile : la stabilité monétaire ne pourra durablement compenser des déséquilibres budgétaires persistants sans ajustements profonds.
Enfin, des intervenants ont rappelé que la crise actuelle, si elle est aiguë, n'est pas inédite dans ses mécanismes. Elle s'inscrit dans un schéma classique d'endettement excessif, alimenté par des déficits prolongés et une forte dépendance à l'emprunt. Ce qui la rend singulière tient à son contexte qui sont de fortes attentes sociales, une transition politique, des engagements hors circuit budgétaire et une accumulation rapide de dettes à court terme, autant de facteurs qui réduisent les marges de manoeuvre.
Dans ce débat, le terme « restructuration » est revenu avec insistance. Dans son sens le plus simple, il désigne un réaménagement des conditions de la dette. Ce n'est pas une faillite, mais un outil de gestion. Pourtant, dans l'imaginaire collectif, le mot reste associé à l'échec et à l'incapacité de payer. Cette confusion est largement nourrie par un déficit de pédagogie publique. Trop souvent, experts et décideurs échangent entre eux, dans un langage technique, laissant les citoyens face à des notions anxiogènes et imprécises. À défaut d'un effort de clarté et de dialogue, le débat économique se brouille et des concepts approximatifs continuent de s'installer durablement dans les esprits.