Sénégal: Positive Black Soul (PBS) - Les racines d'une philosophie inoxydable

8 Février 2026

Le PBS (Positive Black Soul) est un groupe r... non, pas de rap ! Il a dépassé le cadre de la musique et s'est imposé comme une communauté qui a ses racines à Dakar, ses fruits en Afrique et son ombrage hors du continent. Rewind...

« Un stylo, du papier, je place mon tempo. Bientôt trois heures du mat, je fouille dans mon cerveau. La nuit porte conseil et tous mes sens, je les éveille... ». Poésie ? Hip-Hop ! Et si, poésie. C'est Didier Awadi qui déroule et donne ainsi le rythme de « Je ne sais pas ».

Sur YouTube, la vidéo en noir et blanc témoigne de l'empreinte du temps. La chorégraphie dessine l'esthétique des clips hip-hop des années 90. La voix de Duggy Tee, qui tient le refrain, rappelle qu'un (Awadi) et un (Duggy Tee) font trois : deux, plus l'esprit Positive Black Soul ! Et l'esprit PBS, c'est aussi ce mélange réussi entre beat typique du rap et instruments traditionnels. Tu l'entends, le tama, qui dit « l'esprit PBS sait ce qu'il fait en harmonisant modernité et tradition », lorsque les lyrics répètent « Je ne sais pas » ?

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Les deux « original boy town » ne savaient pas encore, en faisant exploser leur passion autour d'un magnétophone dans une chambre de Sicap, que ces quatre murs allaient vite devenir très petits pour la contenir. Leurs mots résonneront jusqu'au palais de la République. 1996, le Président Abdou Diouf les reçoit.

Le message n'a pas atteint que les oreilles du Sieur élancé qui a remplacé Senghor. Il a conquis des coeurs au Mali, en Côte d'Ivoire, à Madagascar, au Sénégal bien sûr, ailleurs en Afrique et dans le monde. Didier Awadi se remémore les témoignages d'autorités de différents pays, ainsi que d'autres lambdas. Faut-il, sachant cela, souligner encore que le PBS a inspiré plus d'un futur rappeur. Et qu'on a sauté à s'user les bottes sur la section « party, party, party! » de Duggy Tee à la fin de « Je ne sais pas ».

Les deux derniers Mohicans

« Get up, get down, to the nubian sound », chantera-t-il encore. Et Nubian sound, issu de l'album « New York - Paris - Dakar » (record de ventes du groupe, avec environ 100.000 exemplaires écoulés, selon Awadi), vient porter aux oreilles des mélomanes l'idée sur laquelle est bâtie la philosophie du monument du hip-hop africain.

Parce qu'il a une philosophie à laquelle il reste fidèle, le PBS ne craint pas le temps qui passe. Fans de Cheikh Anta Diop, de Malcolm X et attentifs à tout ce qui gravitait autour du panafricanisme, ses membres ont vu dans la musique une extension de leur engagement. Cette philosophie, confie M. Awadi, « c'est l'idéal panafricain », conçu comme un sacerdoce, « pour une jeunesse africaine décomplexée, qui regarde le monde avec beaucoup d'ambition ».

C'est donc sur ce fondement que se tient Duggy Tee lorsqu'il lance son « Get up, get down », qui a retenti entre Dakar, Paris et New York. Mais avant la fusion des talents dans l'unité du groupe et la conquête du monde, il y a eu la rencontre étincelante. On est en 1989, Didier fête son anniversaire au Sahel, Duggy Tee fait partie des invités. Des choses se passent et l'évidence s'impose : mêmes centres d'intérêt, même aspiration panafricaine, le tout sous fond de compatibilité musicale... le reste appartient à l'Histoire ! Avaient-ils d'ailleurs le choix ?

Chacun d'eux appartenait à un groupe « rival ». Les autres membres des groupes respectifs étant partis poursuivre leurs études à l'extérieur, il fallait que les deux derniers Mohicans se retrouvent. Turbo (nom de Duggy lorsqu'il était plus dans le breakdance) se rappelle : « Il fallait être un peu smart. Le rap n'avait pas vraiment de force. On se retrouvait juste dans un coin entre initiés ». Pour l'imposer, « il fallait qu'on regroupe nos forces et nos talents ». Et, quelle époque ! « À ce moment-là, souligne Duggy Tee, pour faire du rap, honnêtement, il fallait montrer que t'en avais dans la tête ».

Parce que c'était « le rap conscient, très high », adossé à « une belle écriture, une belle plume », sans oublier « le côté poétique, le côté street, le côté panaf », engagé... ». D'originaux intros comme celui de « Def lo xam », des joyaux multiculturels comme celui qui se sent dans « Thiéré mboum », des symboles typiquement sénégalais comme « Ataya » orneront les chapitres de l'histoire des deux derniers Mohicans du Sahel. La légende se racontera dans des albums tels que « Salaam », « Daw thiow », « Boul falé », « New York - Paris - Dakar ».

Les épreuves sont les preuves

Le mythe sera figé dans des featurings comme ceux avec Ky-Mani Marley, Ma Sané, Mc Lida, Mc Solar, Krs One. Le legs, quant à lui, se transmettra en français, en anglais, en wolof...

Et Wolof Ndiaye avait dit : « Lou teug tass », qu'on pourrait rendre par « rien n'est éternel ». Le PBS, Duggy Tee notamment, a repris ce dire comme titre dans l'album « Daw thiow ». Même si la voix reconnaissable parmi mille empilait les mots pour remplir le vide laissé par la disparition du père, ce « Lou teug tass » a quand même quelque chose de prémonitoire. Séparé assez tôt du père, Amadou Barry le sera, aussi, du frère d'art. L'histoire du groupe ne sera pas un long fleuve tranquille, malheureusement.

Ou, heureusement, puisque les moments d'épreuves ont permis à Nubian Duggy Tee et Awadi « Supa Ndaanaan » de donner des preuves de leur attachement à la philosophie qui les a initialement liés. Et à la fin, c'est toujours Salaam.

Ce qui n'a pas manqué de marquer les fans. « Le PBS représente une époque, une école, un modèle de persévérance, mais surtout de longévité. C'est-à-dire que la constance qui a encadré l'évolution de ce groupe est extraordinaire. C'est aussi un exemple de résilience, car en dépit d'une séparation douloureuse, Duggy et Awadi ont pu se retrouver et c'est une belle chose pour la culture sénégalaise et principalement les arts urbains ».

Le sens de la responsabilité historique

Témoignage de Thierno Souleymane Diop Niang, pour qui « inoxydable » est le meilleur qualificatif pour parler du groupe des « papis ». L'un des papis, Awadi, de confirmer : « On ne pense pas à nos personnes, on pense au projet Positive Black Soul, à la philosophie Positive Black Soul, qui est beaucoup plus importante que la personnalité d'Awadi, beaucoup plus importante que la personnalité de Duggy Tee.

C'est pour ça que même quand il nous arrive, comme tout le monde, d'avoir des nuages dans le couple, la philosophie est tellement plus forte, le projet est tellement plus fort que nos personnes, que nous sommes obligés de mettre de côté nos égos pour continuer à défendre ce projet qui nous passionne ». De toutes les façons, poursuit-il, le PBS n'appartient plus au PBS. Il appartient à Jacqueline Fatima Bocoum, à Ousmane Noël Mbaye, à d'autres qui sont maintenant rappeurs confirmés, à d'autres fonctionnaires et individus évoluant dans divers domaines. PBS, un groupe de hip-hop ?

« Un mouvement », pour Awadi. Ainsi, hors Galsen, « vous verrez que les gens ont adhéré. Ça permet à des groupes de naître un peu partout en Afrique, de continuer d'exister, d'avoir une base idéologique forte ». L'idéologie résidant au temps, « la forme artistique ou folklorique peut disparaître, mais l'esprit philosophique, l'âme, restent ». Jacqueline Fatima Bocoum, Ousmane Noël Mbaye... parce que le PBS, c'est d'abord et surtout un rapport quasi sacré à l'écriture.

« Un stylo, du papier, je place mon tempo »... oui, mais lorsque, comme Didier Awadi, on naît dans une famille d'enseignants, les copies se corrigent sans complaisance. Lorsque, comme Duggy Tee, on a promis à sa mère de délivrer de bons messages à travers sa musique, on est obligé d'être méticuleux en écrivant. Lorsqu'en tant que groupe, on présente ses textes aux grands frères intellos, disciples de Cheikh Anta ou se réclamant de la gauche, ils doivent respirer la rigueur.

Lorsqu'on a un staff soucieux du respect qui répète « non sama rakk, tu ne peux pas dire ça », il faut y mettre les formes. Aussi jeunes et fougueux soit-on ! Parce que l'esprit PBS, aussi, c'est le « sens de la responsabilité historique ». Et lorsque tous ces paramètres sont réunis, il n'y a pas de raison pour que les textes, même écrits des décennies plus tôt, ne transpirent pas la fraîcheur ! Bien sûr, c'est pour le regretter que le « Supa Ndaanaan » souligne que des choses dénoncées au tout début persistent. À l'université, par exemple.

Mais, sans doute, il y a plus de satisfaction que de regret. La preuve, ce que Didier Awadi disait de l'album « Salaam » : « C'est l'album qui a ouvert les portes au rap africain, tout simplement. Tous les jeunes qui nous ont écoutés se sont rendu compte que c'était possible de venir d'un quartier de quelque part en Afrique et de faire une vraie carrière internationale ».

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