Cote d'Ivoire: De l'effervescence d'Abidjan aux silences nocturnes de Kouto

8 Février 2026

Quitter Abidjan à l'aube, avaler des centaines de kilomètres d'asphalte, traverser forêts, savanes, villes et villages, affronter la fatigue, la panne et l'attente..., avant d'atteindre Kouto, à l'extrême nord de la Côte d'Ivoire. Ce long périple, vécu par la délégation sénégalaise de la commune de Niamone, venue prendre part au Festival Porlahla, est bien plus qu'un simple voyage : c'est une traversée humaine, un récit d'endurance et de fraternité, où la route devient mémoire.

Dans la matinée glaciale du mardi 3 février, Abidjan se réveille encore engourdie par la pluie tombée la veille. Une pluie douce, presque bienveillante, comme pour préparer les esprits à l'épreuve qui attend la délégation sénégalaise de la commune de Niamone. Direction Kouto, au nord de la Côte d'Ivoire, dans la région de Korhogo, à près de 800 kilomètres de la capitale économique ivoirienne. Vers 8 heures passées de quelques minutes, tout est fin prêt.

Le bus, bien climatisé et confortable, stationne devant le portail de notre hôtel, dans la commune de Marcory. Les salutations sont brèves, les visages concentrés. Le voyage promet d'être long, très long. Abidjan s'efface peu à peu derrière nous : Marcory, Grand-Bassam, Cocody, etc., la ville tentaculaire cède la place à de larges axes routiers. La route est belle, lisse, rassurante. Elle déroule ses kilomètres avec générosité, permettant au chauffeur de maintenir une allure régulière.

À mesure que nous avançons, les paysages changent, s'ouvrent, respirent. À 12 h 36 mn, Yamoussoukro nous accueille. L'ancienne capitale politique impose toujours le respect, notamment avec sa majestueuse basilique, monument démesuré posé au coeur de la savane, témoin d'une ambition architecturale unique en Afrique de l'Ouest. À peine le temps d'admirer, de souffler et de se réorganiser, la route reprend ses droits.

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De la savane au doute, quand la fatigue s'invite

Plus les kilomètres s'accumulent, plus la fatigue gagne les corps. Dans le bus, le silence s'installe peu à peu. Les paupières se ferment. Les conversations s'éteignent. Le sommeil devient un refuge. Même Samuel Badiane, jeune animateur du groupe, réputé pour son énergie inépuisable, finit par céder. « C'est trop loin. Quand on quittait la capitale, on nous disait que c'était un peu loin. Moi, je trouve que c'est trop loin. J'ai l'impression que ce voyage dure une éternité.

C'est plus loin que Ziguinchor-Dakar », lâche-t-il, mi- sérieux, traduisant le sentiment général. À 17 h 16 mn, nous atteignons Gogbala. Le décor change encore. Des montagnes surgissent à l'horizon, imposantes, presque théâtrales. Leur architecture naturelle capte les regards, et en l'espace de quelques instants, fait oublier la lassitude.

La Côte d'Ivoire se dévoile ici, dans une autre dimension, plus minérale, plus sauvage. Le voyage se poursuit, à travers une succession de villages bordés d'immenses plantations de bananiers, d'anacardiers et de manioc. Des paysages agricoles à perte de vue, témoignage de la richesse de cette terre. Les forêts traversées rappellent la puissance verte du pays, sa générosité naturelle, son poumon vital. En revanche, la distance reste implacable. Bouaké est franchie, puis Niakara. Kouto semble toujours hors de portée.

Samorikaha, la panne et l'épreuve de la patience

À Samorikaha, à seulement 27 kilomètres de la région de Korhogo, le voyage bascule. Il est 17 h 36 mn lorsque le bus tombe en panne. Un arrêt brutal, inattendu, dans ce petit village où le temps semble suspendu. Aucun mécanicien à l'horizon. La route, jusque-là complice, devient soudain adversaire. Il faut attendre. Espérer. Un bus de secours doit venir de Niakara, à 60 kilomètres de là. Le jour décline lentement. La nuit s'annonce. Les visages se ferment, mais la résignation est digne.

Chacun s'arme de courage, conscient que le voyage impose parfois ses propres règles. À 19 h 44 mn, enfin le bus de secours arrive. Un soupir collectif traverse le groupe. À 20 h moins 5, la route reprend. Quelques minutes plus tard, à 20 h 12, Korhogo apparaît, lumineuse, structurée, accueillante. Troisième ville du pays, elle offre un court réconfort, une respiration salutaire. Mais, l'épreuve n'est pas terminée.

Kouto, au bout de la nuit

À partir de Korhogo, le trajet prend une autre dimension. La fatigue est désormais totale. Le bus roule dans la nuit. Les corps s'abandonnent. Le sommeil devient profond, presque salvateur. À 00 h 22 mn, Kouto se révèle enfin. Ville festivalière, située à quelques kilomètres seulement de la frontière avec le Mali. À cette heure tardive, la commune dort. Les rues sont désertes et silencieuses. Mais la lumière jaillit des poteaux pour éclairer les coeurs. La délégation de Niamone arrive éprouvée, mais debout.

Fatiguée, certes, mais portée par la mission qui l'a menée jusque-là : prendre part au Festival Porlahla, rendez-vous culturel majeur, symbole de rencontres et de fraternité. Au terme de ce long périple, Kouto n'est plus seulement une destination. Elle devient l'aboutissement d'une traversée humaine, faite de patience, de paysages, de solidarité et d'endurance. Un voyage qui, déjà, mérite d'être raconté.

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