Sénégal: Éducation, égyptologie et héritage de Cheikh Anta Diop - Les propositions du Pr Dème

9 Février 2026

Une réelle volonté politique est nécessaire pour l'introduction de l'oeuvre du Pr Cheikh Anta Diop dans les programmes scolaires. C'est ce que pense le Pr El Hadj Malick Dème, enseignant-chercheur au département d'Histoire de l'Ucad. Dans cet entretien effectué dans le cadre du 40e anniversaire de la disparition du défunt savant, le 7 février, le docteur en égyptologie, rappelle que des propositions concrètes ont été effectuées à propos.

M. Dème, le ministère de l'Éducation nationale a entamé la réforme des curricula. Quelle doit être la place de l'oeuvre de Cheikh Anta Diop dans cette initiative ?

Il est vrai que le sujet des contenus enseignés dans nos écoles s'est depuis invité dans le débat public sur fond d'échanges passionnants et légitimes. Mais la question de l'introduction de l'oeuvre du Professeur Cheikh Anta Diop dans les nouveaux programmes scolaires est exclusivement du ressort des autorités en charge du système éducatif. Ce serait aussi en fonction des objectifs que les initiateurs du projet auraient visés.

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En sciences sociales et humaines, si la finalité de la réforme des curricula est de former un citoyen décomplexé, responsable, averti et capable de participer de façon significative à la vie sociale de son pays, les travaux de Cheikh Anta devraient occuper une place centrale dans un tel projet éducatif.

Que préconisez-vous à ce sujet ?

Il y a déjà quelques années qu'un séminaire s'est tenu à Saly sur cette question. Tous les programmes scolaires (de la maternelle à la terminale) susceptibles d'exploiter la pensée de Cheikh Anta Diop ont été passés au peigne fin. Des propositions concrètes ont été avancées et un agenda élaboré. Tout devait, avant tout, passer par la révision des textes régissant les curricula et programmes et, ensuite, par l'élaboration des outils pédagogiques nécessaires sans oublier un programme de mise à niveau des personnels enseignants.

Pour avancer, il faut prendre immédiatement les textes nécessaires : c'est la condition sine qua non. Les équipes de rédaction des manuels doivent aussi être constituées sans délai. En attendant l'édition desdits manuels, des dossiers pédagogiques documentaires devraient avoir la priorité des équipes pédagogiques. Mais toutes ces actions nécessitent une réelle volonté politique, fondation sans laquelle rien ne peut être fait. Il est prévu un institut d'égyptologie à l'Ucad.

Où en est le projet ? Quel est, selon vous, l'intérêt de créer un tel établissement ?

En gestation depuis 2009, le décret organisant un institut d'égyptologie a été récemment réintroduit dans le circuit après sa mise en conformité avec les dernières réformes intervenues à l'Ucad. Le nouveau recteur, le Professeur Alioune Badara Kandji, est même dans de bonnes dispositions. Il a demandé un programme de base pour un démarrage effectif des enseignements d'un institut universitaire dédié à l'égyptologie.

L'utilité d'un tel établissement n'est plus à démontrer : Cheikh Anta ayant prouvé que la dimension égyptienne était indispensable pour la compréhension de l'histoire la plus ancienne de l'Afrique, un institut qui aurait pour tâche de consacrer ses activités à l'étude et à l'approfondissement des relations entre l'Égypte ancienne et le reste de l'Afrique devenait une nécessité. Il est d'autant plus nécessaire que l'égyptologie occidentale a rarement (pour ne pas dire jamais) regardé en direction de l'Afrique, malgré la géographie et la culture communes à l'Égypte et à l'Afrique. En somme, le retour de l'Égypte ancienne dans le giron africain passe inévitablement par l'implantation, à l'Ucad, d'un institut d'égyptologie auquel les nombreux travaux de son parrain et de ses continuateurs ainsi que la revue Ankh ( qui paraît régulièrement depuis 1992) assurent déjà des fondations très solides.

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