Une alliance inédite a été scellée, le 5 février dernier, entre la Mauritius Brazilian Jiu Jitsu Federation (MBJJF) et la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) au siège de celle-ci à Vacoas. L'objectif : faire de l'oiseau « Olive White-eye » - ou oiseau à lunettes -l'emblème de l'Open Africa 2026.
Alors que le logo de la MBJJF arbore traditionnellement un lion, c'est un tout autre combattant qui sera mis à l'honneur du 7 au 9 août prochains lors de la 7e édition de Open Africa sur le sol mauricien. La MBJJF a choisi de troquer - pour cette occasion- le prédateur de la savane pour l'oiseau à lunettes, une espèce endémique aussi rare que méconnue à Maurice.
L'initiative est née d'une volonté de lier le sport à la citoyenneté. Jean Hugues Gardenne, Fund Raising Manager à la MWF, raconte : « Sena Olath et Tawfiq Jaunbocus, de la MBJJF, sont venus nous voir pour nous parler de l'Open Africa 2026. Ils voulaient promouvoir la diversité et l'environnement à travers cet événement, en créant une mascotte capable de sensibiliser les athlètes et le public à la protection des espèces. »
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La Crécerelle avait été envisagée (combattant naturel), mais comme il est déjà l'oiseau national, c'est finalement l'Oiseau à lunettes, également rare, qui a été retenu pour son caractère bien trempé. « Il est territorial et aime bien se bagarrer », précise Jean Hugues Gardenne.
Photo de famille des membres de la MBJJF et de la MWF au siège de celle-ci à Vacoas.
Le parallèle avec le Jiu-Jitsu est frappant. Sharonne Maulette, présidente de la MBJJF, rappelle avec humour qu'en JJB, la corpulence ne fait pas tout : « Un combattant à l'apparence de lion peut parfois mordre la poussière face à un adversaire plus modeste. Le fondateur de la discipline, Carlos Gracie, était lui-même d'apparence chétive. »
Tawfiq Jaunbocus, entraîneur national de la MBJJF, abonde dans ce sens : « L'oiseau à lunettes est très territorial et combatif. De même, nos pratiquants défendent leurs clubs et leur pays. Il est crucial d'éduquer nos athlètes pour en faire des citoyens responsables, conscients que nous avons des animaux en voie de disparition.»
Malgré sa combativité, l'oiseau mène un combat inégal contre l'extinction. On le trouve à l'Île aux Aigrettes (une quarantaine d'individus seulement), mais aussi à Bel Ombre ou Avalon. Julia Vurdapa Naicken, Senior Field Staff, et sa collègue Issabelle Désiré, Fauna Coordinator, sont unanimes : « Il y a encore beaucoup de travail à faire. »
Le Dr Vikash Tatayah, Conservation Director à la MWF, tire la sonnette d'alarme sur les menaces qui pèsent sur l'espèce : « L'oiseau à lunettes se bat pour sa survie, pour sa nourriture, face à des compétiteurs. Son habitat le long des rivières est menacé par le développement, le dragage et les espèces envahissantes. De plus, sur l'Île aux Aigrettes, le corbeau est devenu un prédateur féroce. Il faudrait penser à l'éradication des corbeaux qui menacent aussi le cardinal de Maurice et le pigeon des mares. »
L'oiseau à lunettes, bien de chez nous, est une espèce menacée (crédit Jacques de Spéville).
Ce n'est pas la première fois que le sport mauricien se mobilise. Le Dr Tatayah rappelle le succès de la mascotte "Krouink" (la Grosse Cateau Verte) lors des JIOI 2019, qui avait boosté la notoriété de l'oiseau. Cette année, l'espoir est que l'Open Africa permette de lever les fonds nécessaires pour sauver l'oiseau à lunettes. En août prochain sur le tatami, les athlètes ne lutteront pas seulement pour une médaille, mais porteront sur leurs épaules le destin de l'un des oiseaux les plus rares au monde.