C’était connu, entre la CEDEAO et les autorités de la junte, issues du coup d’État du 26 Novembre 2025 sous la houlette du général Horta INTAM, le courant ne passe pas, et pourtant tout y est passé (sans jeu de mots).
En effet, face à la volonté d’imposer la poursuite du processus électoral, qui était à son terme, ou à défaut l’instauration d’une transition de très courte durée, la CEDEAO s’était, il est vrai, heurtée au refus du pouvoir militaire, qui avait proposé à l’époque un agenda alternatif, tout en maintenant les principaux challengers d'Umaro Sissoko Emballo (c'est-à-dire Fernando Dias et Domingos Simoes Pereira, leader du PAIGC) en prison.
L’agenda dont il s’agit pour les nouvelles autorités militaires a été, quoiqu’on dise, très explicite, dès les premières heures du coup d’État. Il s’agit de réformes institutionnelles et de la mise en place d’un Conseil National de Transition pour valider le cadre juridique de la transition version junte. On ne parle plus d’élection. C’est ça la vérité.
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Sauf que, de l’intérieur, le pouvoir militaire à Bissau n’arrive pas à former un gouvernement, à la mesure de la transition qu’il veut dérouler, même si, sur la médiation ou la pression de la CEDEAO, il faut le noter, certains prisonniers politiques étaient libérés, dont les deux ténors de l’opposition.
Mais le Hic, c'est que ces derniers refusent d’intégrer un gouvernement de transition dit inclusif, dirigé par les militaires, en maintenant leur revendication de victoire à la présidentielle (ils étaient alliés). Du coup le processus déclenché par la CEDEAO pour apaiser la situation, et poursuivre les discussions pour un agenda consensuel de la transition à court terme est bloqué.
En effet, voilà trois mois que le double scrutin (présidentiel et législatif), jugé globalement conforme par les observateurs de la CEDEAO et de l’Union africaine, a eu lieu, malgré son interruption brutale à la veille de la proclamation des résultats officiels, pour les raisons que l’on sait.
Dès lors, faute de disposer des documents électoraux, donc des résultats, la mission de haut niveau dépêchée par la CEDEAO à Bissau a omis d’intégrer, la résolution de deux questions essentielles.
D’abord, c’est en l’absence du président sortant (hors du pays) dans le processus de règlement de la crise, dont lui et son camp sont en partie responsables, pour avoir, d’autorité, décidé les différents reports et entorses à la loi électorale ayant conduit au scénario inédit qu’on a connu.
Ensuite, le sort réservé aux résultats électoraux (si tant est qu’on les retrouve) doit faire l’objet d’un consensus, si d’aventure ils comptent comme base objective pour la formation d’un gouvernement inclusif de transition. Ce n’est pas encore le cas, car les 3 postes attribués au PAIGC ont été rejetés sur le principe.
Pour l’heure, il faut admettre que l’interruption du processus électoral au moment crucial de la veille de la proclamation des résultats provisoires a introduit un biais irréversible dans le schéma de transition. Cet état de fait rend quasiment obsolètes les solutions classiques empruntées jusque-là par la CEDEAO, et laisse le processus entre les mains de la junte, sans aucune perspective à très court terme.