Ile Maurice: Congé menstruel toujours attendu

L'annonce de cette mesure qui concerne environ 8 000 Réunionnaises a été faite à la rentrée universitaire, fin janvier 2026. Les étudiantes de l'université de La Réunion peuvent désormais bénéficier d'un congé menstruel.

Cela justifie jusqu'à deux jours d'absence par mois, dans la limite de 15 jours par an, sans certificat médical. Ici, le débat existe, mais la mesure n'a toujours pas été traduite en action. Au meeting du 1er mai 2024, le congé menstruel avait été présenté comme l'une des promesses électorales du collectif d'opposition Parti travailliste-Mouvement militant mauricien-Nouveaux démocrates. Mais depuis, aucune disposition officielle n'a été adoptée.

Le sujet a toutefois refait surface lors des Assises du travail et de l'emploi, tenues les 23, 24 et 25 septembre 2025, où travailleurs et employeurs avaient exposé des positions contrastées. Les représentants des salariés plaident pour la reconnaissance d'un droit fondé sur la réalité biologique, proposant l'octroi d'un jour de congé menstruel par mois, soit 12 jours par an. De leur côté, les employeurs insistent sur la nécessité d'un encadrement strict, réclamant une justification médicale et l'intégration du congé menstruel au quota existant de congés maladie, afin d'éviter les abus et de préserver l'équilibre organisationnel.

Au-delà du débat politique et des considérations techniques, la question du congé menstruel renvoie à un enjeu plus large : la manière dont une société reconnaît, ou non, les réalités biologiques et sociales vécues par les femmes. Pour les défenseurs de cette mesure, il ne s'agit ni d'un privilège ni d'un traitement de faveur, mais d'un outil d'équité, capable d'améliorer à la fois le bien-être, l'inclusion et, à terme, la productivité.

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Selon Prisheela Mottee, de l'ONG Raise Brave Girls, l'impact d'un congé menstruel à Maurice serait «concret et profondément positif». «Les menstruations peuvent provoquer de fortes douleurs, de la fatigue et un inconfort réel. Reconnaître cette réalité, c'est faire un pas vers une société plus humaine.» Pour elle, prendre en compte ces difficultés permettrait aux étudiantes comme aux salariées de ne plus être contraintes de choisir entre leur santé et leurs responsabilités académiques ou professionnelles.

L'argument du «privilège» revient souvent dans le débat. Un raccourci que rejette fermement la militante. «La justice sociale ne consiste pas à traiter tout le monde de manière identique, mais à offrir des conditions équitables. Seules les femmes menstruent, et certaines en souffrent sévèrement. Ce n'est pas un choix», souligne-t-elle.

Elle insiste sur le fait que, tout comme les congés maladie ou les aménagements accordés pour des problèmes de santé spécifiques, le congé menstruel vise à corriger une inégalité biologique, sans créer d'avantage injuste. «Forcer une femme à être présente malgré la douleur ne bénéficie ni à elle, ni à l'institution, ni à l'employeur. Le repos permet de revenir plus concentrée, plus efficace et plus engagée.»

Si le congé menstruel figurait parmi les engagements de l'Alliance du changement, sa mise en oeuvre tarde toujours. «Nous espérons que cette promesse sera honorée. Les femmes représentent plus de 50 % de la population mauricienne. Ce serait un signal fort en faveurde l'égalité des genres», estime Prisheela Mottee. Elle reconnaît toutefois que la réforme nécessite des consultations approfondies avec les autorités, les employeurs, les institutions éducatives et la société civile. «Un tel changement demande du temps et une adaptation au contexte économique et social du pays. Mais cela ne doit pas devenir un prétexte à l'inaction.»

Au-delà de l'aspect légal, le congé menstruel est aussi perçu comme un levier pour briser les tabous. «En reconnaissant les règles comme une question légitime de santé, la société envoie un message clair : le corps des femmes mérite respect et considération», souligne la militante.

Elle insiste sur l'importance de l'éducation et du dialogue, tant à l'école qu'au sein des familles. «Les jeunes filles doivent pouvoir parler de la menstruation sans honte. Les mères ont un rôle clé, mais il est tout aussi important d'inclure les hommes et les garçons dans cette discussion.» Pour elle, la menstruation ne devrait ni diviser ni stigmatiser, mais ouvrir un espace de compréhension collective.

L'exemple de La Réunion et de plusieurs pays ayant déjà instauré un congé menstruel montre qu'une telle mesure est possible. Raise Brave Girls plaide depuis des années pour une reconnaissance médicale spécifique, notamment pour les femmes souffrant de dysménorrhées sévères ou d'endométriose, afin que ce congé ne soit pas déduit des congés maladie ordinaires. «Maurice doit apprendre à oser, à franchir le pas», conclut Prisheela Mottee, estimant que les établissements scolaires et universitaires pourraient constituer un point de départ, avant une extension progressive au monde du travail.

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