L'ouverture du 23e Congrès international et Exposition de l'Association Africaine de l'Eau et de l'Assainissement (AAEA) a été marquée par des messages forts des dirigeants du secteur, appelant à une mobilisation collective et à une transformation ambitieuse de la gouvernance de l'eau et de l'assainissement en Afrique.
Dr Cheikh Tidiane Dieye, ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement du Sénégal et Président du Conseil des Ministres africains chargés de l'Eau (AMCOW), représentant le Sénégal pour la période 2025-2027, a salué l'engagement personnel du Président Paul Biya du Cameroun pour la réussite de ce rendez-vous continental. Il a également rendu hommage au Comité local d'organisation, dirigé par le Président de l'AAEA, Blaise Moussa, et au Directeur exécutif de l'AAEA, Olivier Gosso, pour leur leadership constant.
Devant des centaines de décideurs, experts et partenaires, le Président de l'AMCOW a souligné que «L'AAEA constitue aujourd'hui une tribune stratégique à partir de laquelle l'Afrique s'exprime d'une voix forte et décomplexée sur les enjeux de l'eau et de l'assainissement. Dans un contexte marqué par le changement climatique, la croissance démographique, la pauvreté et l'urbanisation rapide, il est urgent de trouver des solutions durables et coordonnées.»
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À quatre ans de l'échéance des Objectifs de Développement Durable (ODO), notamment l'ODD 6 relatif à l'eau et à l'assainissement, le constat reste préoccupant : des millions d'Africains restent privés de services essentiels. Selon lui, «cette situation impose une mobilisation collective des États, du secteur privé, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des collectivités territoriales»
2,2 milliards de personnes sans eau potable, 3,2 milliards sans assainissement et 447 millions d'enfants privés d'eau à l'école
Le coeur de son message a porté sur la nouvelle Vision africaine de l'Eau 2063, adoptée lors de l'Assemblée générale de l'AMCOW à Dakar. Alignée sur l'Agenda 2063 de l'Union africaine (UA), cette vision trace une feuille de route ambitieuse autour de la gestion intégrée des ressources en eau, du financement, de l'innovation, du numérique et de l'utilisation de l'eau comme levier de développement économique et social.
Le Président de l'AMCOW a également rappelé que «le Sénégal joue un rôle central dans la construction d'une nouvelle gouvernance de l'eau à travers la coopération transfrontalière dans les bassins fluviaux, notamment via l'OMVS et l'OMVG. La Conférence des Nations Unies sur l'Eau, que nous co-organisons avec les Émirats arabes unis, rassemble près de 3 000 acteurs qui oeuvrent à la co-construction de solutions durables et à la reconnaissance de l'eau comme un bien public mondial».
Face aux chiffres alarmants, 2,2 milliards de personnes sans eau potable, 3,2 milliards sans assainissement et 447 millions d'enfants privés d'eau à l'école, il a plaidé ceci : "Il est essentiel de renforcer la synergie entre l'AAEA et l'AMCOW pour relier l'expertise technique des professionnels aux décisions politiques et aux réformes structurelles. L'eau et l'assainissement dépassent le cadre sectoriel : ils sont au coeur de la stabilité, de la résilience climatique, de la justice sociale et du développement économique du continent».
« Il est temps que l'Afrique prenne pleinement en main le destin de son secteur de l'eau et de l'assainissement"
Le Président de l'AAEA, Blaise Moussa, a appelé les États africains à «changer d'échelle» dans la gouvernance du secteur de l'eau et de l'assainissement. Selon lui, l'accès à l'eau potable et aux services d'assainissement relève de droits humains fondamentaux. «L'accès à l'eau potable et aux services d'assainissement adéquats relève des droits fondamentaux. Ils sont indissociables de la dignité humaine. Leur effectivité exige des décisions courageuses, des politiques publiques cohérentes et une mobilisation collective soutenue», a déclaré Blaise Moussa.
Face à la croissance démographique rapide et à l'urbanisation accélérée du continent, le Président de l'AAEA estime que l'Afrique ne peut plus subir les crises hydriques. «L'Afrique ne peut plus subir son destin hydrique. Elle doit désormais le maîtriser, l'anticiper et le gouverner», a-t-il insisté.
Il a annoncé que 2026 sera une année charnière pour l'institution et pour le secteur : « mNous souhaitons faire de l'année 2026 un moment fondateur, un véritable point de bascule marquant l'ouverture d'une nouvelle ère pour l'AAEA et pour l'ensemble du secteur de l'eau et de l'assainissement en Afrique».
Blaise Moussa a lancé un appel solennel aux chefs d'État et de Gouvernement africains pour un appui politique et financier plus structuré : «Nous appelons les chefs d'État et de gouvernement africains à une reconnaissance institutionnelle renforcée de l'AAEA, à son intégration effective dans les cadres stratégiques continentaux, ainsi qu'à des financements permanents et résolus pour accompagner ses missions».
Selon le Président de l'AAEA, l'eau ne doit plus être perçue comme une simple dépense sociale, mais comme un investissement stratégique capable de garantir la stabilité, la croissance économique et la paix sociale : «Il est temps que l'Afrique prenne pleinement en main le destin de son secteur de l'eau et de l'assainissement, pilier essentiel de la réalisation de l'ODD 6, levier stratégique de transformation économique et sociale et base de la santé et de la sécurité de nos populations.»
Plus de 400 millions d'Africains n'ont toujours pas accès à un service d'eau potable géré en toute sécurité. Plus de 800 millions sont privés de services d'assainissement de base"
Le Directeur exécutif de l'AAEA, François Olivier Gosso, a rappelé que l'accès à l'eau et à l'assainissement ne dépend pas uniquement de la ressource disponible, mais surtout de la capacité collective à anticiper, planifier et agir avec constance et courage. « Les grandes transformations ne naissent pas de déclarations, mais de la confiance, de la continuité et de l'action. Nous sommes ici pour parler de choix de société, pour décider si nous voulons continuer à gérer l'eau comme une urgence permanente ou comme un patrimoine stratégique à transmettre aux générations futures.»
Il a souligné l'ampleur de la crise : « Plus de 400 millions d'Africains n'ont toujours pas accès à un service d'eau potable géré en toute sécurité. Plus de 800 millions sont privés de services d'assainissement de base. Ces chiffres représentent des vies fragilisées, des écoles sans eau, des hôpitaux vulnérables. »
Le Directeur exécutif a enfin rappelé le rôle central de l'AAEA, qui a su évoluer, depuis sa création en 1970, pour devenir un acteur stratégique et panafricain, soutenu par des partenaires comme l'USAID, l'UNICEF, ONU-Habitat, la Banque islamique de développement (BID), la coopération allemande et la Fondation Gates. «Ce congrès ne doit pas être un simple espace de diagnostic. Il doit devenir un catalyseur de partenariats, un laboratoire de solutions et un accélérateur de résultats pour nos populations. L'eau et l'assainissement pour tous en Afrique ne sont pas un rêve, mais un objectif à notre portée, si nous transformons nos engagements en actes.»
Le 23e Congrès de l'AAEA s'ouvre ainsi sous le signe de la responsabilité collective et de l'action, avec l'ambition de faire de l'eau et de l'assainissement un pilier central du développement durable du continent africain.