Cameroun: Issa Tchiroma accusé d'abandonner ses partisans après l'élection

10 Février 2026

Ben Modo ne mâche pas ses mots. Le promoteur immobilier vient de décocher une salve de critiques contre Issa Tchiroma Bakary, présenté par ses supporters comme le véritable vainqueur de l'élection présidentielle du 12 octobre 2025. Le reproche ? Un silence assourdissant et un abandon pur et simple de ses partisans dans la période post-électorale.

Pour Ben Modo, l'ancien ministre serait aujourd'hui politiquement affaibli, entouré de conseillers parfaitement conscients de cette fragilité mais incapables d'en parler ouvertement. Pire encore, le promoteur immobilier ressuscite une vieille hypothèse : la création d'un groupe de pression armé censé défendre par la force ce que les urnes n'auraient pas validé.

Une stratégie armée jugée irréaliste

Cette perspective fait grincer des dents chez de nombreux observateurs. Les arguments contre sont implacables : Issa Tchiroma a bénéficié d'un soutien national diversifié, rendant impossible l'identification d'un adversaire interne précis à combattre. De plus, monter un mouvement armé demande des ressources colossales, expose à des risques judiciaires et sécuritaires majeurs, sans aucune garantie de débouché politique.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Le Cameroun connaît déjà les ravages de la confrontation armée. La crise anglophone, qui dure depuis 2016, a provoqué des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés, et une dévastation économique dans les régions concernées. Aucune résolution politique n'en est sortie, seulement un traumatisme collectif profond.

Dans ce contexte, l'option militaire apparaît comme un suicide politique et humain. Plusieurs analystes estiment que le silence d'Issa Tchiroma ne traduit pas une faiblesse, mais au contraire une retenue politique calculée. Refuser l'escalade, c'est aussi refuser d'envoyer ses partisans au casse-pipe pour un résultat incertain.

Les divisions stratégiques de l'opposition

Ce débat révèle une fracture profonde au sein de l'opposition camerounaise. D'un côté, ceux qui plaident pour une pression directe, voire musclée, sur le régime. De l'autre, ceux qui privilégient la prudence, conscients que le rapport de force est largement défavorable et que toute radicalisation pourrait servir de prétexte à une répression massive.

Issa Tchiroma se trouve à un carrefour stratégique. Son silence peut être interprété de deux manières diamétralement opposées : soit comme une capitulation, soit comme une stratégie d'évitement des pièges tendus par le pouvoir. Dans un pays où les manifestations sont systématiquement réprimées et où les leaders d'opposition finissent souvent en prison ou en exil, la discrétion peut aussi être une forme de survie politique.

L'équation impossible de l'opposition

Le vrai dilemme de l'opposition camerounaise ne réside pas dans le courage ou la lâcheté de ses leaders, mais dans l'absence de leviers efficaces. Le régime contrôle l'appareil sécuritaire, la justice, les médias d'État et dispose d'un soutien international solide. Face à cela, quelle marge de manoeuvre reste-t-il ?

La lutte armée ? Elle s'est révélée catastrophique dans les régions anglophones. Les manifestations de rue ? Elles sont écrasées avant même de commencer. Le dialogue politique ? Il est systématiquement refusé ou vidé de sa substance. Dans ce contexte, le silence d'Issa Tchiroma pourrait simplement refléter l'impasse stratégique dans laquelle se trouve toute l'opposition.

Les critiques de Ben Modo soulèvent néanmoins une question légitime : jusqu'où peut-on attendre sans disparaître complètement du paysage politique ? L'immobilisme prolongé risque de démobiliser les partisans, de démontrer l'inefficacité de l'opposition, et de conforter le régime dans sa certitude qu'il peut tout se permettre sans conséquence. Mais existe-t-il vraiment une troisième voie entre la radicalisation suicidaire et la résignation passive ?

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.