À Kédougou, localité fille des collines, la richesse culturelle, avec les ethnies minoritaires et la beauté du paysage est connue de tous. Aussi, dans cette partie du pays, au niveau de la commune de Kédougou, des quartiers comme « Lèye Pellèle », (littéralement en bas de la colline), attirent l'attention par leur charme et la beauté. Même si, dans cette localité, les problèmes sont nombreux.
KÉDOUGOU - Au sud de la commune de Kédougou, en contrebas d'une petite colline et en bordure du fleuve Gambie, se niche « Leye Pellele », un quartier non officiel, dont le nom signifie littéralement « en bas de la colline ». Un espace paisible, verdoyant et humide, mais profondément marqué par l'oubli urbain. Ici, l'absence d'éclairage public, l'enclavement, l'insalubrité et l'insécurité rythment le quotidien des habitants, surtout en saison des pluies.
Les habitations y sont apparues dans les années 1970, sur un site qui abritait jadis le premier château d'eau de Kédougou, au lendemain de l'indépendance. Pourtant, malgré sa longue histoire, « Lèye Pellèle » reste aujourd'hui en marge des plans d'aménagement urbain, loin des cartes officielles, et des priorités municipales.
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Ici, la nuit semble tomber plus tôt qu'ailleurs. Dès le crépuscule, l'obscurité engloutit les ruelles. Aucun lampadaire ne balise les chemins, rendant chaque déplacement incertain. Les pas se font rares, les voix se taisent, et la peur s'installe.
« Quand la pluie tombe, on est complètement coupé du reste de la commune. On ne peut ni monter ni descendre. La mobilité devient impossible », confie un jeune habitant croisé à l'entrée du quartier, à la descente de la petite colline.
En hivernage, la situation se complique davantage. Les pistes étroites et pentues deviennent impraticables, isolant encore plus ce quartier déjà enclavé.
Sous l'ombre généreuse des manguiers, face au fleuve Gambie, Diéry Cissokho, installé à « Leye Pellele », depuis l'an 2000, se souvient des débuts. « Quand je suis arrivé ici, c'était des champs et des pâturages. Il n'y avait presque rien. Aujourd'hui, il y a des centaines de maisons, mais toujours les mêmes problèmes », regrette-t-il.
Diéry Cissokho décrit pourtant un cadre de vie rare à Kédougou. « On respire bien. La brise du fleuve te réveille le matin. Il n'y a pas de poussière, pas le bruit de la ville. Même en avril, quand il fait une chaleur d'étuve, nous dormons bien », dit-il.
Mais derrière cette quiétude naturelle se cache un profond sentiment d'abandon. L'accès au quartier demeure l'un de ses principaux handicaps. Une route centrale abrupte, mal entretenue, et des voies secondaires anarchiques rendent les déplacements difficiles.
« Quand il y a un malade, les taxis ne peuvent même pas descendre. Cette colline est un vrai handicap », déplore El Hadj, la cinquantaine.
Un quartier sans plan, livré à l'obscurité et aux eaux
La nuit, l'obscurité totale favorise l'insécurité et les pratiques insalubres. « Certains, malintentionnés, n'aiment pas la lumière. Ici, comme il fait sombre, on vient jeter les ordures la nuit, dans le fleuve, ou sur ses abords », ajoute El Hadj.
Autrefois zone de dépotoir et de pâturage, « Leye Pellele » essaie d'être urbain, mais sans encadrement. Si la majorité des maisons disposent de délibérations, le quartier n'est pas intégré au plan cadastral, ni dans un schéma d'aménagement de Kédougou, selon plusieurs témoignages.
Contrairement aux idées reçues, le fleuve Gambie ne constitue pas la principale menace. « L'affluent n'a jamais atteint nos maisons qui sont en hauteur. Le vrai problème, ce sont les eaux de ruissellement. Toute l'eau qui vient de la ville descend ici », explique Diéry Cissokho, dont la maison se situe à la lisière du fleuve.
Faute de canaux d'évacuation adaptés, plusieurs concessions sont régulièrement inondées durant l'hivernage, parfois pendant des jours à cause du ruissellement des eaux.
Pour Tolo Sylla, le constat est clair : la localité regorge d'atouts, mais reste invisible. « Ce quartier a tout pour être valorisé : la nature, l'eau, le climat. Mais sans routes, sans éclairage et sans reconnaissance administrative, les populations restent oubliées », souligne-t-il.
Les revendications des habitants sont pourtant modestes : éclairage public, axes praticables, sécurité et prise en compte institutionnelle. « On n'envoie même pas nos enfants à la boutique la nuit. Ici, après le coucher du soleil, c'est le silence total. Avec les crues du fleuve Gambie, les reptiles entrent parfois dans les maisons. Ce quartier peut aussi servir de refuge aux délinquants », alerte Tolo Sylla.
Les femmes aussi, subissent de plein fouet les conséquences de cette situation. Halimatou, ménagère, décrit un quotidien éprouvant. « Pendant l'hivernage, les eaux envahissent nos maisons. Les enfants tombent malades. Mêmes nos petits commerces sont éprouvés, car personne ne sort la nuit. C'est le noir total », déplore-t-elle, évoquant des investissements souvent perdus.