Le Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice se réunira aujourd'hui pour la deuxième fois sous la présidence de la nouvelle gouverneure, Priscilla Muthoora Thakoor. Lors de sa première réunion, le 12 novembre dernier, le Comité avait opté pour le statu quo, maintenant le taux directeur à 4,5 %. Cette décision avait été interprétée comme une posture d'attente prudente, dans un contexte d'inflation en reflux et de croissance encore soutenue par l'élan post-Covid.
Quelques mois plus tard, le paysage macroéconomique s'est sensiblement assombri. La croissance montre des signes de fragilité, l'inflation amorce une remontée et l'environnement monétaire international devient plus instable. La marge de manœuvre de la politique monétaire s'en trouve réduite, rendant l'arbitrage du MPC d'autant plus délicat.
La question est simple, mais lourde de conséquences : faut-il relever le taux directeur pour contenir une inflation qui repart, au risque d'accentuer le ralentissement économique, ou préserver l'activité et l'investissement, quitte à tolérer une inflation plus élevée dans un contexte mondial incertain ?
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Pour l'analyste financier Imrith Ramtohul, le statu quo demeure la meilleure option à ce stade. Selon lui, le MPC devrait maintenir le taux directeur à 4,5 % et adopter une approche attentiste, dans un contexte où «l'inflation globale s'est stabilisée à l'intérieur de la fourchette cible de 2 % à 5 %». Sur les douze mois se terminant en janvier 2026, l'inflation ressort à 3,8 %. Et d'ajouter que «la faiblesse du dollar américain et la baisse des prix du pétrole devraient contribuer à atténuer davantage les pressions inflationnistes dans les mois à venir».
L'analyste souligne également que «les bons du Trésor offrent actuellement un rendement réel positif, ce qui est favorable aux épargnants». À l'inverse, une hausse du taux directeur risquerait de «renchérir le coût du crédit, freiner l'investissement et la consommation, et peser à la fois sur le revenu disponible des ménages et sur les marges des entreprises».
D'autres spécialistes estiment toutefois qu'une légère hausse du taux directeur serait opportune afin de contrer les risques inflationnistes émergents et, surtout, de soutenir le taux de change de la roupie face au dollar. Un tel signal pourrait encourager les détenteurs de devises étrangères à convertir leurs dollars et euros en roupies, contribuant ainsi à réduire les tensions persistantes sur le marché des changes.
L'arbitrage du MPC est d'autant plus complexe que l'environnement monétaire international est marqué par une forte incertitude. Donald Trump a nommé Kevin Warsh pour succéder à Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale américaine à partir de mai. Combinée à la perspective de baisses de taux aux États-Unis, cette décision a accentué la volatilité du dollar et ravivé les ajustements sur les marchés financiers.
Parallèlement, plusieurs grandes banques centrales, dont la Banque centrale européenne et la Banque d'Angleterre, ont adopté une posture plus accommodante, tandis que seules quelques institutions, comme celles de l'Australie ou du Japon, ont amorcé un resserrement.
Autrement dit, les grandes banques centrales ne suivent plus la même trajectoire. Cette divergence influence les flux de capitaux, accentue les mouvements de change et fragilise les devises des petites économies ouvertes. Pour Maurice, cela se traduit par un risque accru d'inflation importée et par des pressions persistantes sur la roupie, renforçant l'importance du signal envoyé par la politique monétaire de la Banque de Maurice.
Dans ce contexte, la question de la confiance dans la monnaie locale devient centrale. «Il faut redonner de la crédibilité à la roupie», insiste un spécialiste financier, qui évoque l'existence d'un marché parallèle des devises. Un constat partagé par le propriétaire d'une chaîne de supermarchés : «Nous devons de plus en plus passer par des Foreign Exchange Dealers, quitte à payer une roupie de plus que le taux officiel. Cette situation dure depuis des mois et devient intenable. Il faut que la Banque de Maurice intervienne pour éliminer ce marché parallèle.»
Signaux contrastés
Sur le plan interne, les indicateurs macroéconomiques envoient des signaux de plus en plus contrastés. Les dernières projections font état d'une croissance faible, attendue autour de 3,2 % en 2025, contre 4,9 % en 2024. Ce ralentissement marque la fin du cycle de rattrapage post pandémie et reflète une normalisation progressive des moteurs traditionnels de l'économie mauricienne.
Le tourisme, après un rebond spectaculaire l'an dernier avec plus de Rs 103 milliards de recettes, fait face à une demande extérieure moins dynamique, pénalisée par le ralentissement européen et l'incertitude géopolitique. La consommation domestique reste, elle aussi, sous pression, affectée par l'érosion persistante du pouvoir d'achat, dans un contexte où les salaires peinent à compenser la hausse cumulative des prix observée ces dernières années.
Parallèlement, l'inflation refait surface. À 3,9 % en janvier, elle demeure modérée en comparaison internationale. Mais c'est sa trajectoire qui inquiète. Après une année 2024 marquée par des facteurs désinflationnistes favorables - recul des prix alimentaires, normalisation des chaînes logistiques, détente sur les marchés de l'énergie - ces soutiens s'estompent progressivement. L'inflation devient plus diffuse, plus persistante et potentiellement plus difficile à contenir.
Pour la Banque de Maurice, le dilemme est d'autant plus sensible que la politique monétaire agit avec des délais. Une réaction tardive pourrait contribuer à ancrer des anticipations inflationnistes plus élevées, tandis qu'un resserrement prématuré risquerait d'accentuer le ralentissement économique et de fragiliser des secteurs déjà vulnérables.
Les partisans d'un relèvement du taux directeur mettent en avant la nécessité de préserver la crédibilité anti-inflation de la banque centrale. Après plusieurs années de chocs inflationnistes largement importés, la capacité de l'institution à maintenir la stabilité des prix demeure un actif stratégique. Une inflation qui double en l'espace d'un an, même à partir d'un niveau bas, constitue un signal qui ne peut être ignoré.
À l'inverse, les défenseurs du statu quo estiment qu'une hausse des taux serait mal calibrée. Malgré sa remontée, l'inflation reste contenue et largement influencée par des facteurs exogènes sur lesquels la politique monétaire dispose de leviers limités. Surtout, avec une croissance à peine supérieure à 3 %, l'économie mauricienne n'est clairement pas en situation de surchauffe.
Face à ces incertitudes, plusieurs options s'offrent à la gouverneure. Une hausse prudente et limitée du taux directeur, de l'ordre de 25 points de base, permettrait d'envoyer un signal sans étouffer l'activité. Le maintien du statu quo, assorti d'un ton plus ferme dans le communiqué du MPC, préserverait la croissance à court terme tout en préparant les marchés à une action future.
Enfin, une approche clairement dépendante des données - inflation sous-jacente, taux de change, conditions financières - renforcerait la transparence et la prévisibilité de la politique monétaire.
Au-delà de la décision sur le taux directeur, la réunion de février constituera surtout un test de crédibilité et de leadership pour Priscilla Muthoora Thakoor. Dans un monde marqué par la fragmentation géo-économique et la volatilité des marchés, l'équilibre entre stabilité des prix et soutien à la croissance relève plus que jamais de l'orfèvrerie.
Le MPC de février ne sera peut-être pas spectaculaire, mais il sera révélateur de la philosophie monétaire qui guidera la Banque de Maurice dans les années à venir et les signaux que celle-ci compte envoyer aux opérateurs économiques.