Congo-Kinshasa: 31 ans après sa mort, la légende de la Sape Stervos Niarcos est toujours célébrée à Kinshasa

Ce mardi 10 février, quelques dizaines de sapeurs se sont recueillis sur la tombe du « pape de la Sape », l'artiste-musicien Adrien Mombele N'gantshie, alias Stervos Niarcos, mort il y a 31 ans jour pour jour. Sa chanson Religion ya Kitendi, sortie en 1989, a érigé la recherche vestimentaire en véritable sens de la vie.

Chapeau haut de forme et parapluie à plumes à la main, un sapeur prend la pose, juché sur un muret le long d'un boulevard au coeur de Kinshasa. Les sapeurs de la capitale congolaise ont commémoré, ce mardi 10 février 2026, la mémoire de leur idole. Depuis 31 ans, chaque année, des sapeurs de toutes tendances se retrouvent au cimetière de la Gombe, à Kinshasa, où il repose, pour célébrer la mémoire de celui qui est devenu une figure mythique de la Sape.

« C'est le père de tous les sapeurs au Congo, et même dans le monde », explique Djika Ziana, sapeur kinois, en exhibant fièrement sa veste et son sac en cuir à effet peau de crocodile. Plus qu'une mode, la Sape est « un art », estime Mathy Kass Adbe Chou, l'une des rares femmes sapeuses présentes ce mardi.

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Elle est venue de Brazzaville, la capitale jumelle située de l'autre côté du fleuve Congo. « Il y a des codes : il faut être bien propre, parfumé, porter des tenues de luxe et respecter les couleurs, trois maximum », détaille cette femme de 48 ans, vêtue d'une salopette noire d'une marque japonaise et coiffée de lunettes de soleil de créateur. « C'est important de bien s'habiller pour se faire remarquer, être invité partout et se voir proposer du travail », défend une autre sapeuse venue rendre hommage à Niarcos.

Icône de la mode et de la culture congolaise, Stervos Niarcos s'est illustré dans les années 1980 à une période où la Sape - un mouvement d'identité vestimentaire né à l'époque coloniale à Brazzaville lorsque des jeunes ont commencé à adopter et détourner les vêtements portés par les colons - et la musique participaient à l'émergence d'une esthétique commune. Reconnu pour son style vestimentaire affirmé, il a durablement influencé les codes de l'élégance et marqué l'imaginaire collectif.

Né le 31 mai 1952 à Léopoldville (aujourd'hui Kinshasa) dans une famille où son père était ministre, c'est très jeune qu'il découvre l'Europe et se passionne pour les vêtements de luxe, adoptant dès l'adolescence un train de vie exceptionnel.

Installé à Paris à partir de 1977, il ne retourne que rarement à Kinshasa, une distance qui contribue à nourrir la légende autour de son personnage, entre faste, mode et nuits parisiennes. Il y fait la connaissance de grandes figures de la musique congolaise de l'époque, comme Papa Wemba, Bozi Boziana, Antoine Evoloko ou encore Kester Emeneya, et développe ses talents de chanteur.

Une carrière d'auteur-compositeur

Auteur-compositeur, ses chansons sont interprétées par Bozi Boziana ou Papa Wemba, avec qui il sort l'album Champs-Élysées en 1984. Stervos Niarcos demeure une figure majeure de la mode et de la culture congolaise des années 1980, période durant laquelle la Sape et la musique façonnent une esthétique commune et influente.

Pourtant, en République démocratique du Congo, l'un des pays les plus pauvres au monde, où 85% de la population vit avec moins de trois dollars par jour, dépenser des fortunes en vêtements griffés peut sembler extravagant. Mais pour certains, comme cette femme venue rendre hommage à Stervos Niarcos, « être sapeur, c'est d'abord aimer la dignité ».

Stervos Niarcos a également connu des démêlés judiciaires en France. Emprisonné au centre pénitentiaire de Fresnes dans une affaire de stupéfiants, c'est là qu'il tombe malade, avant de mourir le 10 février 1995 à l'hôpital de la Salpêtrière.

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