Sénégal: Gouvernance économique - Vers une refonte du Conseil présidentiel de l'investissement

10 Février 2026

Convoqué par la Primature, un atelier de concertation avec le secteur privé sur le Conseil présidentiel de l'investissement (CPI) s'est tenu, hier, lundi 9 février, à Dakar, pour refonder cet instrument de dialogue jugé trop souvent « événementiel ». L'objectif est de le transformer en un dispositif permanent et opérationnel, capable de répondre aux urgences des entreprises et aux ambitions de transformation du pays.

C'est un aveu d'échec qui a ouvert les travaux hier, lundi 9 février, à Dakar. L'État et le patronat sénégalais, réunis pour redéfinir les règles d'un dialogue public-privé trop longtemps inefficient, ont d'abord dressé le constat d'un instrument de gouvernance dévoyé.

Le Conseil présidentiel de l'investissement (CPI), autrefois salué comme un levier de réformes, s'est mué en « grand-messe sans grand intérêt », a reconnu, sans détour, le ministre secrétaire général du gouvernement, Boubacar Camara, chargé de piloter sa refonte. Cet atelier de concertation, organisé à la suite d'une instruction présidentielle, ne part donc pas de rien : il hérite d'un bilan en demi-teinte, de frustrations accumulées et d'une crédibilité à reconstruire. La session rénovée du CPI, prévue en mars 2026, se prépare ainsi sur les ruines d'un passé dont il faut se défaire.

L'intervention de M. Camara a posé un diagnostic sans concession sur l'évolution du CPI. « Dans le passé, il y a eu une bonne pratique, un cadre pour échanger entre l'administration et le privé pour voir comment faire pour promouvoir l'investissement. Cela nous a valu beaucoup de satisfaction. Nous avons été, à un moment donné, parmi les top 10 des réformateurs », a-t-il reconnu. Boubacar Camara a ensuite dressé un réquisitoire implacable : « Le passé, c'est, à un certain moment, une dénaturation de cet instrument qui était devenu une grand-messe sans grand intérêt.

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Le passé, c'est également le fait que beaucoup de plaintes ont été enregistrées de la part du privé. Le passé, c'est aussi qu'il n'y avait pas d'encadrement juridique ; il s'ajustait selon l'humeur des autorités politiques ». Ce constat d'échec relatif, associé à l'ambition du triptyque « redressement, impulsion, accélération » de l'Agenda national de transformation, sert de point de départ à la refonte engagée.

Les attentes du privé : visibilité, réformes et dialogue permanent

Face à ce diagnostic, la parole donnée au secteur privé a révélé des attentes précises et exigeantes. Baïdy Agne, président du Conseil national du patronat (CNP), s'est réjoui de la célérité de la concertation tout en formulant une série de demandes concrètes. « Le secteur privé se réjouit que cette rencontre se tienne moins d'une semaine après la décision du Conseil des ministres, traduisant ainsi la volonté du gouvernement de renforcer le dialogue public-privé », a-t-il déclaré.

M. Agne a, par la suite, énuméré les priorités des entreprises : « Premièrement, nous avons besoin d'avoir plus de visibilité sur les grandes réformes du Code général des impôts, du Code général des douanes, du Code des investissements. Deuxièmement, la question de la flexibilité à l'embauche se pose ainsi que celle sur le plafonnement des dommages et intérêts relatifs au licenciement dit abusif. Troisièmement, le secteur privé attend la relance des grands chantiers du Btp et d'infrastructures. Quatrièmement, je plaide pour la généralisation de la dématérialisation ».

Le président du CNP a insisté à ce que le futur CPI soit une « instance d'arbitrage et de décisions » et non « une grand-messe ». Ces mots de Baïdy Agne résument le cœur du problème : « l'instrument avait perdu son âme, sa régularité et son indépendance ». Le ministre inscrit sa refonte dans le cadre plus large du « redressement » et de l' « impulsion » visant à « nettoyer les canaux » des blocages administratifs. « Ce travail d'impulsion peut se résumer par la refonte de l'ensemble des textes qui encadrent nos relations.

Le Code des investissements est déjà réformé. La trajectoire des investissements n'est pas immuable. Le Code des douanes est en cours de réforme et pour celui des impôts, beaucoup de mesures sont en train d'être prises pour recadrer, avoir un environnement transparent, qui offre de la visibilité aux investisseurs », a-t-il précisé. L'enjeu est de passer d'une logique de procédure à une logique de service centrée sur le « créateur de richesse ».

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