Cameroun: L'autoroute Yaoundé-Douala ou le sacrifice générationnel d'un peuple

11 Février 2026
tribune

Le théâtre de l'absurde a repris ses droits. Emmanuel Nganou Djoumessi, visage d'une gérontocratie passée maître dans l'art de la prestidigitation budgétaire, a de nouveau « discuté » avec les partenaires chinois. Le sujet ? La phase 2 de l'autoroute Yaoundé-Douala. Douze ans après le premier coup de pioche d'un chantier qui semble éternel, le bilan n'est plus une énigme : c'est une entreprise de pillage systématique, une mafia organisée qui s'apprête à embêter le peuple davantage sans que cette route n'aboutisse jamais.

L'arnaque de la « route de transition » de 1985 : Le tombeau du Renouveau

Pour comprendre le mépris du système RDPC, il faut déterrer le mensonge originel. L'actuelle route Yaoundé-Douala, inaugurée en 1985, n'était qu'une voie de transition, conçue pour supporter le trafic d'une autre époque. Depuis 41 ans, ce qui devait être provisoire a été érigé en norme définitive.

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Cette route ne transporte plus seulement des marchandises ; elle aspire des vies. Elle tue plus de Camerounais que n'importe quel conflit armé. Ce trajet est devenu un sanctuaire de désolation, semé de pièges invisibles et de cercueils de bitume. Il faut le dire avec effroi : ces routes de la mort alimentent l'énergie d'un système RDPC qui se nourrit littéralement du sacrifice de son peuple. Chaque accident à Boumnyébel, chaque carambolage à Pan-Makak, chaque vie fauchée sur cet « axe lourd » dont on ne compte plus les martyrs, est une offrande involontaire à l'inertie d'une machine politique qui recycle la souffrance pour maintenir son emprise. Les pièges sont entretenus, car le chaos justifie les budgets.

Une hémorragie financière sur le dos des vivants

L'histoire de la « nouvelle » autoroute est le récit d'un budget « élastique » destiné à engraisser les complices d'une mafia en col blanc. Voici les chiffres du gouffre que vous, Monsieur le Ministre, tentez de noyer sous des rapports techniques :

La Phase 1 (60 km) : Un scandale planétaire. Prévue pour 284 milliards de FCFA, elle a été dopée par des avenants pour atteindre près de 425 milliards. Soit plus de 7 milliards le kilomètre pour une route qui meurt brutalement en pleine brousse à Bibodi, loin de tout centre urbain.

La Phase 2 (141 km) : Le délire s'accélère. Alors qu'on annonçait 880 milliards, les projections de février 2026 crèvent déjà le plafond des 1 072 milliards de FCFA.

À ce prix, chaque mètre de bitume est payé au prix du sang et de la faim des écoliers camerounais. On annonce des budgets, on multiplie les retards, on invente des « imprévus » géotechniques, et on présente la note à un peuple déjà exsangue.

Interpellation directe : Nganou Djoumessi, l'Architecte du Vide

Monsieur Nganou Djoumessi, vous êtes l'incarnation de cet « homme magicien » fustigé par Fabien Eboussi Boulaga. D'une simple signature, vous et vos pairs vous octroyez des privilèges de contes de mille et une nuits, pendant que la jeunesse se fracasse sur l'asphalte brûlant.

Vous nous vendez aujourd'hui 36 mois de travaux supplémentaires pour la phase 2. Qui peut encore croire à la parole d'un ministre dont le système a fait du mensonge une religion d'État ? En 43 ans, le RDPC a figé le temps. Chez vous, il n'y a de permanent que l'identique, la monotonie de l'échec et l'atonie du développement.

La réalité du 10 février 2026 est celle-ci :

Des indemnisations évaporées qui poussent les pères de famille à la révolte.

Une jeunesse condamnée au métier dérisoire de mototaximan, zigzaguant entre les nids-de-poule de vos promesses.

Une instrumentalisation ignoble où l'on promet des fonds d'employabilité qui finiront, comme d'habitude, dans l'opacité des réseaux partisans.

Conclusion : L'aveu d'échec ou la démission

Ce n'est pas une route que vous construisez, c'est un monument à votre propre déchéance, bâti sur les os de ceux qui ont péri sur la route de 1985. Utiliser l'argent public pour financer des chantiers fantômes, tout en laissant le peuple se sacrifier sur une voie de transition périmée depuis un quart de siècle, est une profanation de la nation.

Le système RDPC doit avouer l'évidence : VOUS AVEZ ÉCHOUÉ. Arrêtez d'instrumentaliser la détresse populaire. Passer d'une route provisoire de 1985 à une autoroute fictive en 2026, au prix de milliers de milliards de dette et de vies sacrifiées, n'est pas de la gestion, c'est de la haute trahison. Le peuple camerounais n'attend plus vos décrets ; il exige la fin de cette tragédie mafieuse.

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