Koubra Ali Abdoumi est élève en classe de Terminale scientifique au Lycée féminin bilingue d'Amriguébé, à N'Djamena au Tchad. Elle incarne cette nouvelle génération de jeunes Tchadiennes qui s'intéressent aux filières scientifiques.
Pour Koubra, la célébration de la Journée internationale des femmes et filles de science, chaque 11 février, est un symbole fort : celui de la liberté et de l'émancipation.
« Grâce aux sciences, je souhaite devenir le meilleur médecin possible, soigner chacun avec plaisir et contribuer au bonheur des personnes malades. », Koubra Ali Abdoumi, en classe de Terminale scientifique, Lycée féminin bilingue d'Amriguébé, N'Djamena au Tchad
« Avant, les femmes n'avaient pas la liberté de faire des études, et encore moins des études scientifiques à cause du regard de la société. Aujourd'hui, c'est différent », se réjouit-elle.
Passionnée de science depuis le collège, Koubra, 18 ans, souhaite poursuivre des études supérieures dans ce domaine. « Mes parents m'ont toujours encouragée et soutenue dans mes choix d'étude. Je voudrais devenir médecin, je n'ai jamais douté de mes capacités à réussir dans les sciences. Pour moi, il faut plus de modèles féminins pour permettre aux jeunes tchadiennes de s'engager dans ces filières », souligne-t-elle.
Koubra symbolise l'avenir des jeunes filles et jeunes femmes scientifiques du Tchad. Des parcours comme le sien sont précisément ceux que le Projet d'éducation des filles et d'alphabétisation des femmes (PEFAF) ambitionne de multiplier à travers le pays, afin que plus de jeunes filles soient scolarisées, poursuivent des études supérieures et s'orientent vers les filières scientifiques, longtemps perçues comme masculines.
Lancé en 2021, le projet, financé par la Banque africaine de développement, à hauteur de 9,27 millions d'euros, vise à promouvoir l'égalité et l'équité dans l'accès à une éducation de qualité pour les filles et à une alphabétisation fonctionnelle pour les femmes en vue de renforcer le capital humain du Tchad.
Au-delà du développement, de la rénovation et de l'équipement d'infrastructures scolaires à destination des jeunes filles, le projet vise également à améliorer la qualité de l'éducation et de la formation offertes aux filles, à travers notamment une meilleure prise en charge des questions de genre dans les services éducatifs, le renforcement des enseignements scientifiques, la modernisation des curricula concernant le changement climatique, la diversification des filières d'études pour mieux répondre au marché de l'emploi. Le projet entend également intensifier l'alphabétisation fonctionnelle auprès de 8 000 femmes dans les provinces de N'Djaména, Hadjer-Lamis, Ouaddai et soutenir l'insertion socio-économique d'au moins 5 000 femmes néo-alphabétisées.
Des initiatives sont également organisées pour valoriser l'excellence des filles, en particulier dans les filières scientifiques, et promouvoir l'attractivité de ces disciplines, notamment par la remise de kits informatiques aux lycéennes.
« La science a changé mon regard sur l'avenir. Je voudrais réussir dans les sciences et avoir un impact dans le secteur de la santé », Leila Mahamat-Bahir Terminale scientifique, Lycée féminin bilingue d'Amriguébé, N'Djamena au Tchad.
Leila Mahamat-Bahir, fréquente également le Lycée féminin bilingue d'Amriguébé. La science a changé son regard sur l'avenir : « Elle me permet de développer mon esprit et d'acquérir beaucoup de connaissances. Je voudrais réussir dans les sciences et avoir un impact dans le secteur de la santé ». Elle souligne toutefois des défis persistants : « Les projets comme PEFAF facilitent nos études grâce à la fourniture d'équipement comme des ordinateurs, mais beaucoup de jeunes filles talentueuses abandonnent les sciences en raison des problèmes familiaux, des mariages précoces, ou parce que dans certaines communautés la place des filles n'est pas à l'école ».
Solidaire de Koubra et Leila, ses camarades de classe, Awatif Youssouf Idriss, saisit l'occasion de cette nouvelle célébration de la Journée internationale des femmes et filles de science pour lancer un appel aux jeunes filles au Tchad. « J'encourage mes soeurs qui hésitent à suivre des filières scientifiques à ne pas se décourager. Elles peuvent réussir grâce au travail, à la recherche et aux travaux pratiques », conseille Awatif.
Dans un pays où l'analphabétisme est estimé à 68 %, les filles et femmes étant plus touchées jusqu'à 80% d'entre elles, l'enthousiasme de Koubra, Leila et Awatif augure d'un avenir meilleur pour les jeunes femmes tchadiennes. Leurs trajectoires témoignent de l'impact potentiel d'initiatives comme le Projet d'éducation des filles et d'alphabétisation des femmes, associées aux efforts du gouvernement et d'autres partenaires au développement pour transformer durablement le paysage éducatif et scientifique du Tchad.
Pour ces lycéennes ambitieuses et déterminées, la filière scientifique représente une voie privilégiée pour assurer leur réussite et favoriser leur épanouissement au sein de la société tchadienne. La Journée internationale des femmes et filles de science est célébrée chaque année le 11 février pour promouvoir l'accès et la participation pleins et égaux des femmes à la science. Proclamée par l'ONU en 2015, elle vise à briser les stéréotypes et à encourager les carrières féminines dans les domaines STEM (science, technologie, ingénierie, mathématiques) où elles sont sous-représentées.