Au cours d'un atelier d'orientation ouvert, hier, à Dakar, le ministère de la Culture a lancé les travaux devant aboutir à un plan stratégique de développement du cinéma, de l'audiovisuel et de la création numérique. Pendant trois jours, professionnels et autorités vont définir les axes d'une industrie créative appelée à devenir un véritable levier économique et culturel.
Le ministère de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme a procédé, hier, à l'ouverture officielle de l'atelier d'orientation du Plan stratégique de développement du cinéma, de l'audiovisuel et de la création numérique au Sénégal (2026-2030). Prévu sur trois jours, ce cadre de réflexion regroupe l'ensemble des acteurs du secteur autour d'un objectif qui est celui de bâtir une feuille de route ambitieuse et partagée pour l'avenir de l'industrie de l'image au Sénégal.
« Nous sommes réunis pour poser les jalons de l'industrie créative sénégalaise pour les cinq prochaines années », a déclaré le directeur de la Cinématographie. Germain Coly a souligné que le document en gestation doit servir de référence stratégique pour le développement du cinéma, de l'audiovisuel et des métiers de la création.
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Pour les autorités, le contexte est favorable. Le Sénégal, à l'image du continent africain, dispose d'un potentiel économique réel dans le secteur de l'image, avec des marges de progression importantes. « Les revenus actuels du secteur peuvent être multipliés par quatre, à condition d'optimiser nos structures », a estimé Coly, évoquant un écosystème en plein dynamisme, porté par des volontés politiques affirmées et des mécanismes déjà mis en place pour soutenir la filière.
Une construction collective autour de quatre piliers Mais ce développement ne saurait se faire sans une adaptation technologique. Le directeur de la Cinématographie a insisté sur la nécessité d'intégrer pleinement le numérique et l'intelligence artificielle dans les modèles de production et de diffusion, afin de maintenir la compétitivité du cinéma sénégalais sur les scènes régionale et internationale.
Pensé comme un espace de construction collective, l'atelier réunit les professionnels du secteur pour qu'ils définissent eux-mêmes les grandes orientations stratégiques à l'horizon 2030, avec une projection plus large vers 2050, en cohérence avec le référentiel des politiques publiques nationales.
Quatre piliers structurent les travaux. Le premier concerne la formation et le patrimoine, avec un accent mis sur la transmission des savoirs, la recherche et la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle nationale. Le second axe porte sur l'économie et le cadre légal, avec pour objectifs la modernisation de la fiscalité, la sécurisation juridique et l'optimisation des mécanismes de financement.
Le troisième pilier s'intéresse au marché et à la diffusion, notamment à travers l'amélioration de la distribution des oeuvres, l'accès aux plateformes numériques et le renforcement de la présence du cinéma sénégalais dans les festivals. Enfin, la gouvernance et la méthodologie de travail complètent cette architecture stratégique, afin de structurer durablement le secteur. Le secrétaire d'État à la Culture, aux Industries créatives et au Patrimoine historique, Bacary Sarr, a rappelé les enjeux profonds de cette démarche.
Selon lui, le plan stratégique en préparation intervient à un moment charnière, marqué par l'irruption du numérique et de l'intelligence artificielle dans les pratiques cinématographiques à l'échelle mondiale. Pour autant, a-t-il souligné, « le cinéma sénégalais que nous voulons est un cinéma ancré dans nos valeurs, capable de raconter nos récits, de transmettre nos identités et de participer à leur construction ». Un cinéma qui est aussi une économie, portée par une jeunesse créative en quête de formation, de financements, d'infrastructures et d'un cadre réglementaire adapté.
À travers cet atelier, l'État entend ainsi jeter les bases d'un maillage national des infrastructures cinématographiques, à Dakar comme dans les régions, afin d'offrir aux jeunes talents des espaces de formation, de création et de diffusion. « Il nous faut réfléchir sur les mécanismes pour que le cinéma puisse fonctionner dans un cadre réglementaire, dans une stratégie, mais également dans des mécanismes de financement qui permettent de relancer et de faire en sorte que notre cinéma puisse fonctionner de manière correcte », a affirmé M. Sarr. Mais, a-t-il insisté, le cinéma a aussi besoin d'infrastructures. A
Vers la création d'un Centre national de la cinématographie
L'État envisage la création d'un Centre national de la cinématographie, afin de transformer le cinéma en une véritable industrie culturelle et économique, a annoncé le ministre de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme, lors de l'ouverture de l'atelier d'orientation du Plan stratégique de développement du cinéma, de l'audiovisuel et de la création numérique. Selon Amadou Ba, cet atelier ne constitue pas un événement isolé, mais s'inscrit dans une dynamique plus large qui culminera avec la tenue prochaine des États généraux de la culture, appelés à définir collectivement les grandes orientations de la politique culturelle nationale.
Les conclusions issues des trois jours de travaux viendront ainsi nourrir cette réflexion d'envergure. Il a rappelé les performances remarquables du cinéma sénégalais sur la scène internationale, citant notamment deux Tanit d'or et un Tanit d'argent à Carthage, deux Étalons d'or de Yennenga, un Ours d'or et un Ours d'argent à la Berlinale, ainsi qu'un Grand Prix du Jury à Cannes, sans oublier l'essor des séries télévisées sénégalaises sur les marchés africain et international.
Derrière ces distinctions, a-t-il toutefois souligné, se cache une réalité plus fragile : celle de producteurs confrontés à l'insuffisance des infrastructures de diffusion, à la faiblesse des mécanismes de financement et à l'étroitesse du marché. Prenant des risques considérables, ils constituent pourtant le maillon central de la chaîne de valeur du cinéma, assurant le lien entre création artistique et viabilité économique, ce qui appelle, selon le ministre, un soutien renforcé de l'État.
S'appuyant sur un rapport de l'Unesco publié en 2021, M. Ba a indiqué que le cinéma et l'audiovisuel génèrent actuellement 5 milliards de dollars de revenus en Afrique, un potentiel qui pourrait atteindre 20 milliards de dollars par an si les conditions structurelles et infrastructurelles comme le financement, la formation et les politiques publiques adaptées étaient réunies.