Sénégal: Première édition des « Grandes rencontres du Soleil » - Les défis de l'agriculture passés au crible

11 Février 2026

« Agriculture, souveraineté alimentaire et économie rurale ». Tel est le thème de la première édition des « Grandes rencontres du Soleil ». Cet évènement, organisé par le quotidien national, a réuni, hier, mardi 10 février, des acteurs du secteur pour faire le diagnostic et définir les priorités agricoles dans un contexte marqué par la politique de souveraineté alimentaire.

Élever le niveau du débat public et donner la parole aux véritables acteurs du développement socioéconomique. C'est l'objectif des « Grandes rencontres du Soleil » dont la première édition a été lancée hier, mardi 10 février. Axée autour de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, la cérémonie de lancement a été présidée par le ministre de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Élevage, le Dr Mabouba Diagne, en présence de plusieurs sommités du secteur agricole.

Ce choix porté sur l'agriculture vient confirmer la volonté du quotidien national de braquer ses rayons sur les priorités du moment et de camper le débat sur les enjeux de l'heure. À travers le triptyque « agriculture, souveraineté alimentaire et économie rurale », plusieurs spécialistes du domaine ont livré des analyses, dans une optique d'orienter les priorités et de tracer la voie vers une économie agricole plus prometteuse.

Ce panel de haut niveau a également permis de faire la cartographie des difficultés et de trouver des solutions durables, porteuses d'une nouvelle ère pour le secteur agricole. Entre autres défis identifiés, l'accès à l'eau et au foncier, la question du financement et la modernisation des infrastructures agricoles. Selon M. Diagne, pour arriver à mettre en place un système agricole moderne, les besoins en financement sont estimés à près de 3.000 milliards de FCfa.

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« Si nous voulons nourrir la population et créer des emplois, il nous faudra investir massivement dans l'agriculture. Et c'est de la chaîne de valeur dont nous parlons », a-t-il déclaré lors de la cérémonie d'ouverture. Modernisation Lors de sa prise de parole, le directeur général de l'Agence nationale d'insertion et de développement agricole (Anida), le Dr Sémou Diouf, a présenté une radioscopie de la situation agricole en milieu rural. Il estime que la modernisation du secteur implique des efforts supplémentaires compte tenu de certaines réalités socioculturelles qui rendent difficile l'accès au foncier.

« Le foncier agricole doit être modernisé pour permettre aux producteurs de disposer de titres dans l'optique de pouvoir lever des financements pour booster le secteur », a précisé M. Diouf. Il a ajouté aussi que l'agriculture pluviale ne peut pas, à elle seule, porter nos ambitions de souveraineté alimentaire. Cette forme culturale, qui se déroule dans une courte période de quatre mois au maximum, doit céder la place à la production annuelle.

Cela implique également la mécanisation pour espérer atteindre des rendements plus élevés. « Nous avons hérité de systèmes essentiellement dépendants de la pluie. Donc, 90 % des agriculteurs au Sénégal ne travaillent pas si la pluie ne marche pas. À défaut d'une maîtrise de l'eau, nous ne cultivons pas. 80 % de nos terres agricoles sont portées par l'agriculture familiale avec des outils rudimentaires », a-t-il sensibilisé. Depuis sa création, l'Anida a aménagé près de 582 fermes agricoles où plus de 47.000 personnes sont enrôlées.

Bien que des avancées significatives soient notées, la modernisation de l'agriculture fait appel à une plus grande mobilisation des ressources humaines et financières ainsi que des infrastructures.

Outre la production, le gouvernement mise sur la formation de producteurs hautement qualifiés, capables de répondre aux besoins nationaux en termes de rendement et de qualité. Cette volonté, incarnée par des initiatives comme le Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac), est un moyen efficace pour promouvoir les compétences et créer des emplois ruraux. Le secteur privé national, levier de financement Pour le Dr Cheikh Ahmadou Bamba Ngom, coordonnateur du Prodac, la nouvelle politique agricole du gouvernement veut fixer les jeunes et les femmes.

L'idée, dit-il, c'est d'offrir des opportunités aux jeunes et femmes qui ont opté pour évoluer dans le secteur agricole. C'est une manière pour le Sénégal de combiner agriculture à grande vitesse et production locale. En effet, ces deux leviers peuvent accélérer la marche vers la souveraineté nationale à l'horizon 2050. Avec des hubs allant de 1.000 à 5.000 hectares, les programmes chargés de la mise en oeuvre des politiques publiques agricoles doivent trouver de nouveaux mécanismes de financement.

Aujourd'hui, l'agriculture fait partie des secteurs d'activité les plus touchés par le changement climatique. Une situation qui nécessite de gros investissements dans la recherche. « La carte variétale permet de déterminer les types de cultures adaptés à chaque zone géographique. Elle se mesure en termes de fertilité et d'accès à l'eau », a précisé Mbaye Sylla Khouma, président du Conseil d'administration de l'Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra).

Booster la recherche Le challenge est de pouvoir s'appuyer sur la recherche afin de booster ce secteur aux énormes potentiels socioéconomiques. La recherche devra aussi intégrer la technologie pour accélérer la modernisation de l'agriculture. Cette méthode consiste à accélérer le renforcement des capacités et à promouvoir l'autonomisation des producteurs. En sus de la production, l'État doit investir dans la transformation et la conservation des produits agricoles et animaliers.

Pour Habib Thiam, président de la Confédération des opérateurs de la filière arachidière (Copega), le Sénégal doit pouvoir travailler au moins deux saisons par année pour atteindre ses objectifs agricoles. « Il ne suffit pas seulement de produire pour arriver à la souveraineté alimentaire. Il faut aussi améliorer et transformer cette production qui va déboucher à une consommation durable », a-t-il invité. Au nom des industriels, Alla Sène Guèye a orienté le débat sur la question managériale de ce secteur porteur.

Dans sa logique économique, le binôme industrie et agriculture forme le rempart sur lequel repose la souveraineté alimentaire. « L'idéal, c'est d'aller vers les filières qui peuvent aider à mettre en place une agriculture compétitive. L'État doit investir dans l'industrialisation. La souveraineté alimentaire, c'est d'abord la souveraineté industrielle », a argumenté le président de la Fédération nationale des industriels du Sénégal (Fnis).

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