Sénégal: A Kaffrine, un secteur culturel plombé par le manque d'infrastructures

Kaffrine — Le potentiel culturel de Kaffrine (centre) ne souffre d'aucun doute en dépit du manque d'infrastructures culturelles, présenté comme un frein à l'animation culturelle de cette région. Il s'y ajoute d'autres contraintes en termes de financements et de formation par exemple, qui plombent le développement artistique du Ndoucoumane et entrave le potentiel créatif.

La région de Kaffrine, connue pour être la capitale du Ndoucoumane, en référence à l'ancien royaume de Kahone, regroupe quatre départements - Kaffrine, Birkelane, Malem Hodar et Koungheul -, tous confrontés aux mêmes difficultés structurelles en matière de promotion et de diffusion culturelle.

La région demeure "presque oubliée sur le plan culturel", comme l'attestent les résultats du dernier recensement et de la cartographie du secteur culturel réalisés en 2025, déplore le directeur du centre culturel régional de Kaffrine, Abdourahmane Diallo.

"Le recensement révèle qu'aucune salle de spectacles dédiée n'existe dans toute la région", souligne M. Diallo.

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Il fait observer que cette situation contraint les acteurs culturels à tenir, en plein air généralement, la plupart de leurs manifestations, festivals, concerts, journées culturelles ou autres cérémonies rituelles.

Malgré tout, le centre culturel régional de Kaffrine, créé en 2008, joue un rôle d'accompagnement jugé essentiel.

En tant que service déconcentré du ministère de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme, il oeuvre à la promotion de la culture locale à travers la valorisation des expressions artistiques régionales.

"Fidèle à sa mission, le centre culturel régional assiste et accompagne les artistes et structures culturelles par des formations, des ateliers, des espaces de création et des actions de promotion de la lecture publique, d'animation culturelle et de préservation du patrimoine", rappelle-t-il.

Formalisation des structures informelles

Un recensement effectué du 1er août au 15 septembre 2025 a permis d'identifier plus de 100 structures culturelles et une trentaine d'événements de la région, couvrant des domaines variés tels que la musique, la danse, le théâtre, les arts plastiques, l'audiovisuel, le cinéma, le patrimoine, la mode et la photographie.

La région ne compte toutefois qu'un seul centre de lecture et d'animation culturelle (CLAC), actuellement en construction à Fass Makhtar, en plus de trois bibliothèques fonctionnelles.

Les autres bibliothèques recensées sont essentiellement scolaires et limitées aux lycées et collèges, a relevé le directeur du centre culturel régional de Kaffrine.

"Ce travail de recensement vise à dresser un état des lieux exhaustif du secteur culturel régional, à identifier les potentialités de création d'emplois et de richesses, tout en mettant en évidence les défis majeurs, notamment le manque de formalisation des structures et l'insuffisance de financements", explique M. Diallo.

Les structures culturelles recensées sont majoritairement des associations et des entreprises individuelles, traduisant une forte dynamique associative, surtout en milieu rural et périurbain.

Il résulte de l'enquête conduite à ce sujet que 79 structures (60,3 %) sont formalisées, contre 52 (39,7 %) non formalisées.

"Cette proportion est encourageante, mais elle souligne la nécessité d'un accompagnement accru des structures informelles, notamment dans les zones rurales", note le directeur du centre culturel régional de Kaffrine.

Parmi les structures identifiées, figure la Fédération régionale des acteurs culturels de Kaffrine (FERACK), une structure qui joue un rôle clé dans le réseautage, la coordination et la représentation collective des acteurs culturels auprès des institutions publiques et des partenaires, bien qu'elle ne soit pas encore formalisée.

Un riche patrimoine culturel et historique

La région de Kaffrine se distingue par une vitalité culturelle mêlant traditions locales (cérémonies rituelles, expressions orales) et formes contemporaines telles que le hip-hop, le cinéma ou la mode urbaine.

"Au total, plus de 30 événements d'envergure ont été déclarés, attirant plus de 20 000 participants. Ces manifestations se répartissent entre festivals, concerts et spectacles, expositions, projections, formations et actions de renforcement de capacités", a-t-il mentionné.

Pour renforcer la visibilité de ces activités, le centre culturel régional envisage la mise en place d'une plateforme numérique collaborative, incluant un calendrier culturel partagé, ainsi que des partenariats avec la presse pour une meilleure couverture médiatique, a-t-il annoncé.

Malgré les difficultés, Kaffrine dispose d'un important potentiel culturel et patrimonial, notamment la gare ferroviaire de Kaffrine, le site mégalithique de Wanar, classé patrimoine mondial de l'UNESCO, ainsi que plusieurs autres sites historiques répartis dans la région.

M. Diallo plaide pour la "construction effective" du centre culturel régional de Kaffrine et de centres de lecture et d'animation culturelle (CLAC) à Malem Hodar et Koungheul.

De même milite-t-il pour l'édification d'une bibliothèque moderne, la création d'un studio d'enregistrement, de salles d'ateliers et d'une esplanade multifonctionnelle à Kaffrine.

Dans une lettre récemment adressée au président de la République, Diamly Pène, un acteur culturel local, a déploré l'absence d'infrastructures culturelles adéquates à Kaffrine. Cette situation "freine le développement artistique local, prive la jeunesse d'espaces d'expression et étouffe un potentiel créatif pourtant bien réel", estime M. Pène.

Témoin de l'histoire culturelle de Kaffrine, Zalé Mangane, connu sous le nom de DJ Zalé, se souvient des lieux emblématiques, salles de danse, qui contribuaient à l'animation de la commune de Kaffrine il y a quelques années. Il a cité Mandaly Night-Club, Sunu Keur Night-Club, Jardin Night-Club ou encore Chez Mbodji.

Une époque marquée par une forte effervescence culturelle entretenue par la présence de DJ renommés et les descentes régulières de grands orchestres nationaux tels que Super Diamono d'Omar Pène, sans compter d'autres artistes comme Alioune Mbaye Nder ou Baba Maal.

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